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 BATAILLE NAVALE DE TSUSHIMA

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MessageSujet: BATAILLE NAVALE DE TSUSHIMA    Sam 25 Fév - 22:24

Le 5 février 1904, Monsieur Kénino, ambassadeur du Mikado, quitte Saint-Pétersbourg tôt dans la matinée. Quelques heures plus tard, la flotte japonaise attaque Port Arthur et Chemoulpo où se trouve la flotte russe du Pacifique, sans déclaration de guerre préalable (1).

Port Arthur est gouverné par le vice-roi de Manchourie, l’amiral Eugène Alexeïef . Entouré d’une cour nombreuse, il se conduit comme un mandarin, et au gré de ses humeurs met en disgrâce tel ou tel officier qui le contredit. Il devient au fil des ans suffisant et autoritaire. Siégeant dans son palais de la Montagne Haute, il règne sur tout, décide de tout, mais ne contrôle rien. Ce faisant, les commandants de navires obéissent passivement à ses ordres sans se permettre une quelconque observation. En fait la situation de la flotte russe avant l’attaque japonaise est misérable. Le port insuffisamment dragué, oblige les navires de se serrer dans le seul endroit où les fonds sont suffisants (2), à marée basse. Il y a pire. La flotte ne peut sortir du port qu’à marée haute, compte tenu qu’elle doit franchir une passe étroite. Le délai de préavis de sortie des bâtiments est de 24 heures. Afin de pallier à cet inconvénient, les stratèges de la Montagne Haute font mouiller des bâtiments de guerre dans la rade extérieure.

Dès le début de l’attaque japonaise, la marine russe perd une dizaine de bâtiments (3). Le 7 février, les Japonais débarquent des troupes à Chemoulpo. Le 9, ils se dirigent vers Séoul. L’amiral Togo (4) s’approche de Port Arthur avec ses gros cuirassés et noie l’ensemble de la base sous un déluge d’obus de 305. Le Tsar furieux, destitue l’Amiral Stark et le remplace par l’amiral Makarof. Ce dernier arrive à Port Arthur en ruines, et arbore sa marque sur le Pétropavlovsk, puis tente une sortie pour infliger quelques pertes aux Japonais. Pris à partie par trois croiseurs lourds, le Pétropavlovsk (5) explose sous les coups de l’artillerie lourde nippone. L’amiral Makarof disparaît avec son équipage. Le contre amiral Witheft (6) remplace Makarof, et met sa marque sur le cuirassé Tsarévitch.

Le tsar décide d’envoyer la flotte de la Baltique au secours de Port Arthur et de Vladivostok. Il nomme l’amiral Zinoveï-Pétrovitch Rojestvensky pour commander cette flotte. Compte tenu de l’état d’impréparation de cette flotte, des moyens extraordinaires sont mis en œuvre. Sous équipée en matière d’armement, l’état fait appel à un marchand de canons qui lui fournir tout ce qui lui manque. Basil Zaharof, va fournir tout ce que dont la flotte à besoin, et surtout ces nouveaux émetteurs Slaby-arco britanniques (7) avec leurs techniciens qui vont former les marins russes. A la mi juin, huit cargos lourdement chargés accostent au quai de l’Arsenal, où ils vont être déchargés en un temps record. Les spécialistes civils qui étaient des ouvriers français en provenance des arsenaux de Brest et de Lorient, furent ventilés sur les différents navires. Un des problèmes, fut de ventiler les munitions. En effet, les navires étaient tous de constructions disparates, et on trouvait des canons de tous calibres. Des 305, des 254, des 203, des 152, des 150, des 120, des 127, des 75, des 77 allemands, des 47 et des 20 mm. Un autre problème fut celui de la consommation des chaudières. Il y a par exemple des chaudières françaises Belleville, Normand et Niclausse. Chaque type de chaudière fonctionne avec un réglage différend, et un type de charbon prédéfini.

Le général nippon Nogui attaque par voie de terre pour investir Port Arthur. Le tsar craignant un encerclement total de la base donne l’ordre à l’amiral Whiteft de forcer le blocus naval. Le Tsarévitch, qu’il commande, pilonné par l’artillerie lourde japonaise, explose et sombre avec tout son équipage. Le Péresvet (Cool arrive à s’en retourner vers son port, mais ce n’est plus qu’une épave en feu qui jette l’ancre à Port Arthur. Le reste de l’escadre a été coulé. Le tsar ordonne le départ de l’escadre de la Baltique pour le 14 octobre 1904.

Le 22 septembre les fantassins du général japonais Nogui, attaquent et font tomber la plus importante fortification du port, le fort stratégique de la Montagne Haute, sous les ordres du général Kondratenko. Les fantassins russes contre attaquent en vain. Le fort est complètement investi le 27 novembre (9).

Le 6 octobre, la flotte se rassemble à Libau pour être passée en revue par le tsar Nicolas II. L’amiral Rojestvensky met sa marque sur le K.S. Kniaz Souvarof. Le cuirassé tiré par trois remorqueurs décolle du quai, cule légèrement, puis « machines en avant lente » il s’écarte du quai pour un voyage qui va couvrir la moitié du monde pour sa rencontre avec l’amiral Togo. En tête l’éclaireur Almaz, suivi des éclaireurs Svetlana et Jemtchoug, puis vient le vieux cuirassé Dimitri Donskoï (marque contre amiral Enquist), suivis du remorqueur Rouss (ex Rolland), du navire citerne d’eau potable Météor. A quelques milles en arrière trois cuirassés : l’Ossliabia (marque du contre amiral Felkersam), le Sissoï-Véliky, le Navarin, l’Amiral Nakhimof et le navire atelier Kamchatka. Derrière la division de torpilleurs (Bystry, Bodry, Bravy) suivent l’Oural, l’Irtych (chargé de munitions), le remorqueur Svir, le Korea (chargé de vivres), le navire-hôpital Orel. Devant l’Orel, les cuirassés Souvarof, Alexandre III, Borodino, l’Aurora, les croiseurs Oleg et Izoumroud, les transports Malaya et Anadyr (charbonnier) et enfin le brise glace Yermak. 7.000 hommes sont en route vers la guerre.

Le gouvernement russe a, par les voies diplomatiques, avisé les puissances occidentales de la route suivie par la flotte de la baltique afin qu’aucun navire ne cherche à couper la file des navires de guerre, sous peine de destruction.

Deux jours de mer et déjà des pannes rendent l’amiral furieux. Le Sissoï Véliky a deux chaudières en panne, le Bystry barre bloquée, l’Orel barre bloquée, le Prozorlivy barre bloquée. Le premier charbonnage a lieu au cap Skagen. Le prochain est prévu à Vigo. Aux alentours du Dogger Bank, le 21 octobre 1905, de nuit, des chalutiers sont identifiés par erreur comme torpilleurs. La flotte ouvre le feu. Des chalutiers anglais sont coulés, six hommes tués. Des navires russes ont reçu des obus d’autres bâtiments qui ont tiré n’importe où. L’aumônier de marine Athanase décède de ses blessures à bord de l’Aurora.

La flotte arrive à Vigo, et retrouve des charbonniers allemands qui vont l’approvisionner. Puis elle lève l’ancre pour se rendre à son prochain point de charbonnage, Tanger. A la hauteur du détroit de Gibraltar la deuxième division de l’amiral Felkersam est entrée en Méditerranée pour emprunter le canal de Suez. La flotte appareille de Tanger en pleine tempête en direction de Dakar. Le 12 novembre l’escadre commence à charbonner par une chaleur d’enfer. Dans les soutes la température ne descend pas au dessous de 50°. Dans les machines les ventilateurs brassent un air à 70°. Toutes les demi-heures, un contingent de soutiers et de mécaniciens vient sur le pont respirer, se doucher et boire des litres d’eau. Le vice gouverneur du Gabon vient rendre visite à l’amiral Rojestvensky. La musique du Souvarof joue la Marseillaise, puis l’hymne russe. Après un vin d’honneur, le vice gouverneur inspecte le navire accompagné de l’amiral et de son état major en grande tenue. L’escadre reste au mouillage de Libreville quatre jours, le temps de reposer les équipages et de procéder aux réparations.

Le 1er décembre, l’escadre quitte Libreville pour Great Fish Bay (la baie du grand poisson) où elle a rendez vous avec les charbonniers pour un nouveau charbonnage. Pour le passage de la Ligne, les festivités ont lieu sur tous les navires, d’autant qu’aucun homme n’a déjà passé cette fameuse ligne. Ce sont tous des têtards.

Le 5 décembre 1904, l’escadre arrive à Great Fish Bay, et en repart le 6 après avoir charbonné, en direction de Angra Pequena, qui est le port de Lüderitz-Bucht, possession allemande. Elle y jette l’ancre le 11 décembre. Le temps étant exécrable, ils doivent attendre le 13 pour commencer les opérations. Le 14, les soutes sont pleines. Le 16, au petit matin, l’escadre lève l’ancre et se dirige vers Madagascar. L’escadre affronte une grosse tempête, et le jeudi 29 décembre, l’escadre mouille entre le cap Masoala et l’île Sainte Marie. A l’escale elle reçoit le courrier en provenance de Russie et les ordres du tsar. L’amiral apprend avec consternation que l’escadre de Port Arthur est détruite (10), et que le Tsar lui ordonne d’attendre l’amiral nouvellement promu Nébogatof qui commande la 3ème escadre (10). Cette formation devra quitter Libau dans les meilleurs délais. Le 5 janvier 1905, l’amiral décide de quitter son mouillage pour gagner Diego-Suarez pour charbonner. L’amiral Felkersam qui a emprunté la Méditerranée, et le canal de Suez avertit l’amiral Rojdestvenski, qu’il attend à Nossi-Bé, l’arrivée de deux croiseurs (l’Izoumroud et l’Oleg).

Le samedi 7 janvier, jour du Noêl russe, une messe est dite par le père Martzlof sur le pont du Souvarof. L’amiral négligeant les ordres de Saint Pétersbourg décide d’appareiller le 10 janvier. Toutefois, un ordre formel arrive ce jour là de Russie ordonnant à l’amiral d’attendre une nouvelle escadre de vieux rafiots (12), partis de Libau le 16 novembre. Compte tenu de leur vitesse, ils n’arriveront pas à Nossi Bé avant la mi-février. L’amiral qui ne décolère pas, décide de reporter son départ au 20 janvier 1905. Un dernier coup du sort atteint l’amiral : la direction de la Hambourg Amerika Linie qui gère la flotte de charbonniers nécessaires à la flotte russe, l’avertit qu’elle interdit à ses charbonniers de quitter l’île de Madagascar. Nossi-Bé est isolé, et pour envoyer une dépêche à Saint-Pétersbourg, il faut aller jusqu’à Diego Suarez, ou à Majunga. En fait, les Anglais interdisent aux Allemands de livrer du charbon Cardiff issu de leurs mines aux russes. Les Allemands vont devoir livrer du charbon Rhur (13). Ce changement de qualité va créer de gros problèmes techniques car les chaudières ont été réglées au Cardiff. D’autre part, les charbonniers répugnent à accompagner l’escadre vers l’Est en raison des risques de guerre avec le Japon.

L’amiral va occuper cette attente forcée en organisant des exercices de combat, et de tir. L’escadre subit des épidémies de malaria, de dysenterie et même d’otites. La discipline se relâche de plus en plus. Les marins qui descendent à terre, perdent tout leur argent et même leurs bottes dans les jeux de hasard. La ville n’est qu’immense bordel. Quelques cas d’insubordination et même de révolte sont signalés, toujours à cause de la nourriture parfois infecte. L’amiral envoie ses navires de ravitaillement acheter des vivres frais sur tous les point de la côte de l’île (14). Le 28 janvier, l’amiral prend connaissance des émeutes de Saint-Pétersbourg survenues le 22 (15). Ces nouvelles font rapidement le tour de l’escadre, et le moral des marins s’effondre rapidement. L’amiral va y parer en instituant des exercices sans fin, et des régates de baleinières.

Enfin tombe la nouvelle que Port Arthur a capitulé après 219 jours de siège. La victoire est si écrasante que les Japonais refusent d’accorder les conditions demandées par les vaincus. Les pertes s’élèvent à 31.550 hommes dont 8.000 marins. D’autre part, la Mandchourie est en passe d’être également perdue. Se pose un autre gros problème : celui de la nourriture. Les travaux de galériens auxquels sont soumis les équipages leurs donnent une faim d’ogre, et leurs estomacs russes ne se satisfont pas de la nourriture locale. L’amiral affrète un navire français au départ de Marseille, qui apporte à Nossi-Bé de la farine, des conserves, du thé, du vin et du savon. Deux autres ravitailleurs en provenance d’Odessa, apportent de la farine, du beurre, du blé, des pommes de terre et du sucre.

L’amiral Rojestvensky, surmené, tombe malade le 15 février, et doit garder la chambre deux jours. Le 17, le fondé de pouvoir de la Hamburg Amerika Linie (nommé Von Butchen), vient annoncer à l’amiral que les charbonniers sont autorisés à fournir leur charbon à sa flotte. Le 1er mars, un télégramme arrive de Saint-Pétersbourg, qui intime à l’amiral d’attendre sur place l’arrivée de la division de Nébogatof, et de ne prendre aucune décision pour la suite des opérations. Enfin, le 11 mars, monsieur Von Butchen informe l’amiral qu’il a reçu comme instructions de ravitailler l’escadre, à condition que ses cargos soient à 6 milles derrière les navires de guerre. Ceux-ci devront stopper, et laisser les cargos les rattraper pour pouvoir charbonner. Les 6 milles deviendront 12 lors du passage auprès des côtes japonaises. La journée du 13 mars est consacrée à une révision générale. Ce sera la dernière. Le 15 mars, le ravitailleur Regina rejoint l’escadre, et toute la nuit les navires s’approvisionnent en vivres frais.

Le 16 mars 1905 à 15.00, l’escadre appareille en direction de son prochain charbonnage : Iles Seychelles. Deux avisos français en provenance de Diego Suarez (16), rendent les honneurs à l’escadre russe qui défile devant eux. Le 21 mars l’escadre met en panne à quelques milles de l’ïle du Cerf dans l’archipel des Seychelles, et commence les corvées de charbonnage. Pour économiser le combustible, il est pris la décision de prendre en remorque des torpilleurs. Les soutiers retrouvent la même température de 70° dans les machines, et souffrent de travailler dans cette chaleur à brasser le poussier Rhur. L’eau de mer est à 24,5 °. Le samedi 25 mars, en pleine nuit le Sissoï Véliky et le Nakhimof signalent qu’ils sont en panne. L’amiral exaspéré, rugit « le prochain qui s’arrête, je le coule ». Il vient à peine de prononcer ces mots, que le Kamchatka hisse le signal « avarie ». L’amiral salue les officiers de quart, déclare « j’en ai assez vu pour aujourd’hui », puis il retourne dans ses quartiers.

L’escadre arrive le 26 mars dans l’archipel des Chagos où elle doit charbonner. Si le charbonnage se passe plus ou moins bien dans une mer formée, au moment du départ le Gromky signale qu’il ne peut mouvoir sa barre. Une gabare poussée par les flots a heurté le gouvernail et l’a endommagé. Cinq heures de travail de galérien après, la réparation est finie. L’escadre peut mettre en route. Elle laisse deux matelots scaphandriers baltes du navire atelier Kamchatka, qui ont été assommés par les vagues, et ont coulé dans la fosse indienne de Diego Garcia.

Du fait de la mer forte, le charbonnage des Chagos n’a pu être mené à son terme, aussi l’escadre doit refaire un nouveau charbonnage à Addu Atoll. Le charbonnage expédié par belle mer, l’escadre lève l’ancre et se dirige vers Kam Ranh, via le détroit de Malacca. Au débouché du détroit la flotte passe devant la forteresse de Singapour tenue par les Anglais. Le 14 avril, l’escadre mouille dans la baie de Camh Ranh. Le 21 avril, un télégramme enjoint à l’amiral Rojestvensky d’attendre les « fers à repasser » de Nébogatof. L’épisode de Madagascar se répète, mais l’état d’esprit des Français a changé. L’amiral de Jonquières à bord du Descartes, est venu prier l’amiral de quitter le mouillage de Camh Ranh. Un problème n’arrivant pas seul, les charbonniers allemands préviennent l’amiral qu’ils ne pourront aller plus loin. Donc les navires russes devront charger le maximum de charbon pour pouvoir rallier Vladivostok. L’escadre quitte la baie de Camh Ranh, et va mouiller à quarante milles au nord, dans la baie de Wanfong. L’escadre russe est à nouveau priée de quitter ce mouillage par le gouverneur d’Anam. Les navires sortent de la baie, font un tour au large et reviennent mouiller deux jours plus tard. L’amiral est obligé d’envoyer des ravitailleurs à Saïgon pour acheter des vivres frais et du charbon.

Le dimanche 14 mai, l’escadre de Nébogatof rejoint l’escadre de Rojestvensky. Les deux escadres lèvent l’ancre, destination le détroit de Corée. En route l’amiral Felkersam dont la marque est battante sur l’Ossliabia meurt. Le commandant Behr prend la suite, mais la marque de Felkersam reste battante, par décision de l’amiral Rojestvensky.

Le 26 mai 1906 au matin, l’escadre russe prend sa formation de combat avant d’embouquer le détroit de Corée. L’amiral ordonne une vitesse de 6 nœuds, et fait prendre la formation de marche sur deux colonnes. L’escadre passe la baie de Nagasaki à l’aube du 27 mai, non loin de l’îlot de Tsushima, dans le brouillard matinal. Lorsque le soleil perce, les croiseurs de Togo sont en vue. L’équipage est rappelé aux postes de combat.
L’amiral rejoint le blockhaus de commandement (17). A 09.30 il ordonne de pousser la vitesse à 11 nœuds.. A 11.30 l’Orel tire (sans ordre) son premier coup de 305. L’amiral fait cesser le tir. A 12.00 l’escadre est en vue de Tsushima, mais l’ennemi a disparu. L’amiral ordonne la vitesse de combat.

A 13.00 l’escadre de Togo est en vue. En tête le Mikasa arborant la marque de l’amiral Togo. A 13.50 l’amiral Rojestvensky donne l’ordre d’ouvrir le feu. Le premier coup de canon part du Souvarof, séparé du Mikasa de 7.000 mètres. Toute la flotte russe ouvre le feu. Les cuirassés japonais bien positionnés concentrent leur feu sur le Souvarof et l’Ossliabia. L’Ossliabia a l’état d’épave fumante sombre à 14.30 (18). L’Asama croiseur japonais touché abandonne le combat. Le Mikasa ayant coulé l’Ossliabia, concentre son feu sur le Souvarof. Les obus de 305 japonais sont d’une puissance qui étonne les officiers russes (19). Le Souvarof encaisse plusieurs obus japonais dont un détruit le blockhaus tuant un grand nombre d’occupants et blessant l’amiral Rojestvensky. Le Yakoumo prend la relève du Mikasa et parvient à toucher à nouveau le Souvarof. L’amiral est à nouveau blessé (20). Un obus touche le gouvernail, et le Souvarof commence à tourner en rond. Les mécaniciens réparent l'avarie, et le navire reprend sa route. Vers 16.00 le Souvarof pilonné n’est plus qu’une épave en feu, ses canons muets. L’amiral inconscient est évacué sur le Bouyny (commandant Kolomeytsef). Les survivants évacuent le Souvarof qui commence à se coucher. Alors que le Bouyny s’échappe dans la fumée, une pièce de 75 continue de tirer contre les navires japonais qui écrasent l’épave sous un déluge d’obus. Dans le soleil couchant, le Souvarof disparaît dans les flots. Les Japonais prennent pour cible le Borodino. Un obus ayant touché une soute à munitions le navire se désintègre.

Le Bouyny étant à court de combustible, l’amiral est transféré sur le Bédovy. Ce dernier est pris en chasse par les torpilleurs japonais qui filent aisément 31 nœuds. Le commandant Baranov songe à les attaquer à la torpille et au 75, mais considérant l’état de l’amiral et d’autres facteurs, le capitaine de Vaisseau Clapier de Colongue (21), propose la reddition. Il fait arborer le pavillon blanc du déshonneur sur le Bédovy qui ralentit et se laisse arraisonner par le torpilleur japonais Sanazami, commandé par le lieutenant de vaisseau Aïba. Le Sanazami prend le Bédovy en remorque, puis se dirige vers le port de Sasebo.

L’amiral Rojestvensky est hospitalisé pour être opéré. Le médecin-chef a désigné un jeune enseigne de vaisseau qui parle anglais. L’enseigne Mikatouma, va servir d’interprète à l’amiral tout au long de son hospitalisation. Les pertes énormes russes annoncées par les Japonais (22), affectent l’amiral. Il assiste avec les rescapés de son état-major à l’immersion du capitaine de vaisseau Ozerov, commandant du Sissoï-Véliky, mort de ses blessures. Le 18 octobre 1905 l’amiral Togo rend visite à l’amiral Rojestvensky. Il lui annonce que la paix vient d’être signée et qu’il est libre.

Vers la mi-novembre les prisonniers habillés de neuf sont emmenés à Nagasaki par train, où ils embarquent sur un navire japonais qui les mènent à Vladivostok. Le voyage de retour par le Transsibérien est un calvaire pour ces hommes légèrement vêtus.

Devant le conseil de guerre l’amiral à son entrée est applaudi par les assistants. Il est acquitté à l’unanimité. Il va être traîné dans la boue par les journaux russes et encensé par la presse étrangère, y compris japonaise. Il va démissionner de la Marine, et meurt le 1er janvier 1909 d’une crise cardiaque. Le capitaine de vaisseau Clapier de Colongue est condamné à mort. La sentence est commuée en radiation des cadres.

A Saint Pétersbourg des médailles furent frappées, et à Cronstadt une cathédrale fut élevée à la gloire des marins russes tombés dans la mer du Japon. Elle fut détruite en 1917, pendant la révolution bolchevique.

Notes :

1.- Le Japon a toujours attaqué sans déclaration de guerre, comme à Pearl Harbor.
2.- Les prises d’eau situées sous la coque aspirent la vase, et il s’ensuit des pannes répétées des circuits de refroidissement.
3.- L’Ekaterinoslavl saisi, le poseur de mines Ienessei qui saute sur une de ses propres mines, le Boyarine qui saute à son tour sur une mine en portant secours à l’équipage du premier, le Moukden, le Rossia, l’Argoun, le Mandchouria, le Mikhaïl. Le Koéetz et le Variag se sabordent.
4.- Parent de l’amiral Togo, héros de l’attaque sur Pearl Harbor.
5.- à 09.43, le 12 avril 1904, le Pétropavlovsk saute sur une mine russe. Les torpilleurs sauvent 73 matelots et 7 officiers, parmi lesquels le grand-duc Cyrille, et l’amiral Makarof. 600 hommes périssent, ainsi que 31 officiers. Le célèbre peintre de marine Vérétschaguine est du nombre.
6.- L’amiral Whiteft est un officier d’état major, et n’a pas la réputation d’un grand tacticien.
7.- La Russie est en froid avec l’Angleterre, et ne peut acheter directement ces matériels qui équipent déjà les navires japonais.
8.- Commandant, capitaine de vaisseau Boysmann. L’amiral Whitheft a été déchiqueté par un obus de 305. Le commandement va être exercé successivement par 13 officiers au fur et à mesure des morts. Le dernier était un enseigne de vaisseau de 1ère classe, auquel l’empereur permit d’ajouter « Trenatstyï » (le treizième) à son nom de famille.
9.- Les artilleurs japonais s’emparent des obusiers de 280 qui n’ont pas été détruits, et bombardent ce qui reste de l’escadre russe bloquée dans le port.
10.- Les cuirassés Poltava, Retvizane, Péresvet et Pobeda sont coulés. Les croiseurs Pallada et Bayane, coulés, ainsi que le mouilleur de mines Amour et la canonnière Guiliak. Le cuirassé Sévastopol (capitaine de vaisseau Essen) quasiment détruit, continue de tirer sur l’ennemi.
11.- la 3ème escadre est composée de vieux navires de guerre hors d’age, surnommés « fers à repasser ».
12.- trois croiseurs auxiliaires, le Rion, le Dnepr et le Don. Ils sont dotés d’une artillerie ridicule de 2 canons de 127 et de 4 canons de 75.
13.- Le « Rhur » plus petit, brillant se consume beaucoup plus vite que le « Cardiff ». Il produit du mâchefer, ce qui oblige les mécaniciens à gratter les grilles des chaudières.
14.- Les comptes font apparaître que le coût exorbitant de ces achats de vivres, équivaut à l’achat d’un torpilleur neuf.
15.- Ce jour là 15.000 ouvriers des usines et des arsenaux, accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants se présentent devant le Palais d’Hiver, menés par un prêtre (le père Gapone). Ils désirent remettre une lettre au Tsar. Devant les grilles gardées par la troupe, la foule chante des cantiques. Lorsqu’ils veulent faire entrer une délégation, le grand-duc Serge Alexandrovitch donne l’ordre de tirer. Il y a aura plus de mille morts. Cette triste journée sera nommée « dimanche rouge ».
16.- Commandés par le capitaine de vaisseau Adrien Merveilleux du Tertre.
17.- Entrée en chicane constituée de plaques de blindage de 300mm d’épaisseur, fixées à 750mm des cloisons.
18.- sur les 890 hommes du navire seuls 385 sont repêchés. Le commandant Behr n’est pas du nombre.
19.- Les Russes tirent des obus de rupture français qui ne dégagent presque aucune fumée d’explosion et donc rendent difficiles les corrections de tir. Les japonais utilisent des obus explosifs utilisant une nouvelle formule d’explosif.
20.- Blessure hémorragique légère au crâne, clavicule cassée avec blessure ouverte.
21.- descendant d’un français de l’armée de Condé.
22.- sur les 16.171 hommes de l’escadre, 5.045 sont morts au combat dont 208 officiers. 5.848 naufragés ont été recueillis et sont internés au camp de prisonniers de Koumanota à Sasebo. Tous sont blessés.
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