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 L’EXPÉDITION DES DARDANELLES

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BUFFY1
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MessageSujet: L’EXPÉDITION DES DARDANELLES   Sam 25 Fév - 23:42

1915

L’EXPÉDITION DES DARDANELLES

Fin 1913, une mission militaire allemande de 70 officiers, sous les ordres du général Liman von Sanders (1) entreprend de réorganiser l’armée ottomane (2).
Modernisée et renforcée par des unités nouvelles, la flotte turque devait conquérir la suprématie navale en Mer Noire.
En Juillet 1914, la Sublime Porte sollicite son admission au sein de la Triple Alliance (3).

Le 13 août 1914, les croiseurs allemands Goeben et Breslau franchissent les Dardanelles, en violation du Traité de Paris. Ils vont être incorporés au sein de la flotte turque (commandée par l’amiral Souchon) sous les noms de Sultan Yahvouz et Medeli. L’amiral von Usedom reçoit la mission d’organiser la défense des détroits. Les réservistes allemands résidants en Turquie, sont incorporés dans les formations ottomanes.

L’état de guerre ne devient officiel que le 2 novembre 1914, après le rappel des ambassadeurs alliés, par suite de l’échec des négociations avec le gouvernement des Jeunes Turcs (4).

Les amirautés anglaises et françaises décident alors d’opérer une démonstration navale avec forcement des détroits, permettant la liaison avec la Russie. Le 19 février 1915, après des opérations de draguage et des bombardements des forts turcs de la presqu’île de Gallipoli, la flotte franco-anglaise, commandée par l’amiral Carden, s’avance en ordre de bataille. Le bombardement des forts à l’aide de l’artillerie de marine ne parait pas donner les résultats escomptés, aussi l’amiral commandant l’expédition remet l’opération au lendemain, puis à nouveau renvoyée à cause de l’état de la mer.

Reprises le 25 février, les opérations doivent être de nouveau suspendues. Les Turcs renforcent leurs positions, mouillent des mines et installent des filets de barrage. Les détachements alliés envoyés à terre pour tâter la force de l’ennemi, se heurtent à une vive résistance.

L’amiral Carden met au point une démonstration navale pour le 18 mars 1915, qui doit être décisive. Les dragueurs nettoient le premier barrage de mines à l’entrée des détroits, tandis que des reconnaissances sous marines sont effectuées jusqu’en mer de Marmara. En désaccord avec l’amirauté sur le plan d’attaque, il démissionne de son poste. Le commandement passe à l’amiral John de Robeck.

Le matin du 18  mars, le Queen Elisabeth ouvre le feu sur les positions turques, aussitôt suivi de toute la flotte. Les forts turcs sont pilonnés par l’artillerie lourde de 305 et de 380. Dix bâtiments de ligne pénètrent dans les détroits, suivis par six autres cuirassés et les torpilleurs d’escorte.

L’amiral Guépratte commandant la division française, s’avance en tête et remonte lentement le courant, en réduisant au silence les forts turcs par un tir précis de son artillerie. Les artilleurs turcs causent néanmoins de sérieux dommages à la flotte qui défile lentement devant leurs pièces. L’amiral de Robeck donne l’ordre aux quatre cuirassés français de rejoindre la ligne de bataille. Le Bouvet heurte une mine dérivante, et coule en 45 secondes avec la quasi-totalité de son équipage. Le Gaulois heurte lui aussi une mine. Avec sa proue ouverte sur 7 mètres, il va s’échouer sur l’île aux Lapins. Le Suffren, l’Inflexible et l’Océan sautant à leur tour sur des mines, doivent être abandonnés.

L’amiral britannique donne l’ordre à la flotte de se replier sur Moudros en laissant la surveillance des détroits aux torpilleurs.

La Grande Bretagne est scandalisée par cette défaite causée par un « petit » ennemi. Le War  Council réuni en urgence met au point une autre opération avec cette fois ci, la collaboration de l’armée de terre. Un Corps expéditionnaire franco-anglais de 60.000 hommes est constitué à Alexandrie. L’ancien chef d’état major de Lord Kitchener, le général Ian Hamilton va en prendre le commandement. De son côté le maréchal Liman von Sanders, aidé par le colonel Mustapha Kemal, profite de ce calme temporaire pour réorganiser la défense des détroits, et la formation des fantassins turcs récemment mobilisés.

La flotte alliée quitte Alexandrie, et se dirige vers les détroits afin de débarquer ses troupes au sol. A l’aube du 25 avril, les troupes sont transbordées sur des chalands et des canots que des vedettes remorquent par files tout prés du rivage. Après une courte préparation d’artillerie, les hommes sont débarqués sur les points choisis. Les premières vagues sont décimées par les feux d’innombrables mitrailleuses bien camouflées. Les français enlèvent le fort de Koum Kaleh, puis le village lui-même. Les britanniques prennent pied en six points différents en dépit de très lourdes pertes. Des flancs du charbonnier River Clyde, volontairement échoué sur la plage de Sedd Ul Bahr, les fusiliers chargent en rangs serrés.

Au matin du 28 avril, la division française vient appuyer la droite des troupes anglaises en chargeant à la baïonnette, en direction de Kérévés Déré. Enver Pacha, ministre de la guerre turc, donne l’ordre de rejeter à la mer les forces alliées, avant qu’elles n’aient eu le temps de se fortifier. Commandés par Mustapha Kemal, les bataillons turcs attaquent à l’arme blanche, sans souci des pertes, les lignes alliées. Dans la nuit du 1er au 2 mai, puis au cours de celle du 3 au 4 mai, 18 bataillons attaquent vigoureusement. Malgré leur infériorité numérique, les troupes alliées résistent victorieusement, causant à l’ennemi de lourdes pertes. Toutefois les efforts incessants des Turcs arrivent à enfoncer les lignes en plusieurs endroits. Mais les renforts alliés qui débarquent, sont jetés immédiatement dans la mêlée.

Le 8 mai, le général Hamilton reprend l’offensive, après un violent bombardement de la flotte. Les torpilleurs longent la côte et prennent en enfilade les positions turques avec leur artillerie, et leurs mitrailleuses lourdes. Sur la droite du front, le général Bailloud enlève à la baïonnette la redoute Bouchet ainsi que diverses positions du Kérévés, tandis que sur la gauche, les Australiens s’avancent vers Krithia. Une fois sur place, ils repoussent de violentes contre attaque dans lesquelles tombent plusieurs milliers d’Anatoliens. Il y a tellement de cadavres sur le champ de bataille, que le maréchal Liman von Sanders demande un cessez le feu de 45 heures pour enlever tous ces corps.

Par de nombreuses actions locales, les troupes françaises, sous les ordres du général Gouraud,  consolident leurs positions sur Kérévés Déré. Elles s’emparent définitivement de la redoute du « haricot » malgré une résistance acharnée des Ottomans. Le front est fixé, et comme en France la guerre de position prend le pas sur la guerre de mouvement. Les alliés sont bloqués sur cette presqu’île, en face de retranchements fortifiés qui les empêchent d’avancer sur Gallipoli. Les troupes alliées sont en outre ravagées par la dysenterie et la jaunisse, tandis que les troupes turques de leur côté, font face à une épidémie de typhus.  

Côté naval, l’escadre s’est embossée dans la rade de Moudros (port principal de l’île de Lemnos) derrière des filets pare torpille. Les cuirassés Triumph et Majestic sont néanmoins torpillés par les sous marins allemands U-21 et U-37. Ces sous marins livrent par ailleurs, une chasse impitoyable aux transports de troupes.

Début octobre, une division est prélevée sur les effectifs des troupes françaises, puis dirigée sur Salonique. Elle constituera le premier élément de l’Armée d’Orient qui portera secours à la Serbie envahie (5). Toutefois la jonction des armées austro allemandes, permet à la Turquie d’envoyer sur le front de Gallipoli de nouvelles batteries d’obusiers allemands, qui vont maintenir sous leur feu les alliés.

Le général Munro, préconise une évacuation totale de la presqu’île. Lord Kitchener fait adopter cette mesure par le War Council. Il est temps car le froid très vif fait des ravages parmi les troupes trop légèrement vêtues.

L’évacuation du front de Suvla-Gaba-Tépe est la première étape de cette gigantesque opération (6) qui fait date dans les annales militaires. Plus de 100.000 hommes, 200 canons, plusieurs milliers de voitures accompagnées de leurs mules sont embarqués en quelques jours sans attirer l’attention des Turcs. Seule une violente attaque turque, le 8 janvier 1916, compromet un instant l’évacuation d’Hellès. Au soir du 8 janvier 1916, tandis que les batteries alliées pilonnent les positions turques, les dernières troupes anglaises se présentent comme à la parade pour embarquer. Les Français les ont précédés deux jours auparavant.

Le 9 janvier 1916, les équipes de sabotage alliées mettent le feu à tous les équipements et munitions qui n’ont pas pu être embarqués. Restent sur place deux obusiers de 140, et quatre de 240 qui ont été mis hors d’usage.

Ainsi se termine cette opération qui, si elle avait réussi, eut écourtée la guerre de trois ans et sauvé des millions de vies (7).

Notes

1.- Préparée par le général von der Goltz, conseiller militaire du Sultan. Le général Liman von Sanders est nommé inspecteur général de l’armée turque. Von der Goltz sera nommé commandant du corps d’armée de la Mer Noire. Fin 1913, la mainmise allemande sur la Turquie est totale.
2.- Un jeune colonel nommé Mustapha Kemal s’y fera remarquer.
3.- La Turquie est sous l’autorité du Sultan Méhémet V depuis avril 1909
4.- Gouvernement des « Jeunes Turcs » dirigé par Enver Pacha, ministre de la guerre.
5.- Ce sera un des éléments initiateurs de la victoire alliée.
6.- Dépassée par l’évacuation de l’armée de Courlande en 1945.
7.- Lord Kitchener dira à Sir Ian Hamilton : « Si Constantinople tombe, vous n’aurez pas gagné une bataille, mais vous aurez gagné la guerre ».
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