ARCHE DES COMBATTANTS


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 BIOGRAPHIE D'ALEXANDRE LE GRAND

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BUFFY1
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MessageSujet: BIOGRAPHIE D'ALEXANDRE LE GRAND   Dim 26 Fév - 11:19

ALEXANDRE LE GRAND



(356-323 Av. J.C.)

BIOGRAPHIE

Alexandre le Grand fut grand, à bien des égards, y compris dans le nombre de ses biographes admiratifs. Nous allons essayer de composer une biographie plus humaine. Nous allons essayer de connaître l’homme, dans tout son génie extraordinaire, dans tous ses défauts, et cela depuis sa naissance.

Alexandre naît à Pella aux environs du 20 Juillet en 356 avant J.C., d’Olympias, fille d’une noble famille d’Epire (terre des Molosses), et de Philippe II Roi de Macédoine. Philippe de Macédoine quitte son lit, c’est alors qu’Olympias fait un rêve étrange. Elle décide d’aller consulter l’oracle de Dodone pour en connaître la signification. Ce temple est considéré à l’époque, comme un des plus vieux du monde. Deux colombes posées sur la main de Zeus, ont pris leur vol dès qu’il eut chassé son père Cronos, et prit le pouvoir. Elles se posèrent, l’une sur un chêne à Dodone, l’autre sur un palmier dans l’oasis de Siwa (en Cyrénaïque). Les prêtres lui donnent la signification de son rêve : « l’enfant que tu engendreras appartiendra à la lignée de Zeus, et à celle d’un mortel. Cela signifie que le sang d’un Dieu s’est mêlé au sang d’un homme en ton sein ».

L’accouchement d’Olympias est long et difficile. Grâce à l’assistance de la sage-femme, de Nicomaque son médecin, et d’Artémisia sa nourrice, Alexandre vient au monde alors que son père, qui guerroie, prend d’assaut la ville de Potidée.

La dynastie des Argéades  règne sur la Macédoine depuis Héraclès. Olympias donne le jour, un an plus tard à une fille qui reçoit le nom de Cléopâtre. Alexandre adore sa sœur. Son enfance bercée entre les soins d’Olympias, de ses suivantes et de sa sœur, se passe sereinement. A six ans, il commence à rechercher la compagnie de son père. Il s’invite aux conseils de guerre, car son père est toujours en train de guerroyer. Philippe va avoir comme premier précepteur, Léonidas, d’un caractère plutôt hargneux et sévère. C’est un élève studieux, curieux d’histoire et de religion, moyen en lettres et en mathématiques.

Philippe a comme condisciples, les enfants de nobles macédoniens attachés à la maison du souverain. Perdiccas, Séleucos qui est petit et fluet, bon mathématicien. Lysimaque et Léonnatos qui sont les plus indisciplinés. Ptolémée est plus âgé qu’Alexandre, passionné de lecture et d’écriture, grand admirateur d’Aristophane, et de son « Lysistrata ». Héphestion est également de ses amis. Malgré une mère abusive, Alexandre progresse. Les professeurs, les entraîneurs sportifs et les précepteurs se multiplient. Il devient un élève studieux ainsi que ses camarades, lorsqu’ils abordent l’Iliade. Cet enseignement lui propose divers modèles tel que l’héroïsme, la résistance à la douleur, le sacrifice de sa vie, ainsi que le respect de la parole donnée. Il s’y conforme non par discipline, mais par inclination naturelle. Visitant sous la direction de son père, les mines d’or de Pangée – dans laquelle les mineurs esclaves, vivent comme des bêtes – il décide de modifier le destin d’une fillette squelettique. Elle ne parle pas le macédonien, et il la nomme Leptine. Elle va le suivre jusque dans la mort.

Le groupe d’étudiants s’enrichit de la présence de Cratère et d’Eumène, qu’ils nomment Monsieur le secrétaire général, ainsi que de Péritas, un jeune chiot recueilli après que sa mère eut été tuée par une lionne. Alors qu’il atteint ses dix-sept ans, son père l’envoie à Miéza poursuivre son instruction. Il lui donne comme maître, le célèbre Aristote de Stagire, fils du médecin Nicomaque qui l’a mis au monde. Perdiccas, Eumène, Philotas, Séleucos, Lysimaque, Léonnatos, Callisthène, Ptolémée et Héphestion, le suivent également dans sa nouvelle vie.

Sous le magistère d’Aristote, Alexandre développe son goût pour la philosophie et l’attrait des belles choses. Il fait la connaissance de Lysippe de Sicyone, un grand sculpteur, ainsi que de ses élèves Archélaos et Charès. La vie à Miéza est organisée de façon rigoureuse. Réveillé avant le lever du soleil, Alexandre, accompagné de ses condisciples, prend un petit déjeuner - dont la recette figurait déjà dans l’Iliade – à base d’œufs crus, de miel, de vin et de farine. C’est le « gobelet de Nestor ». Les études avancent, les entraînements militaires, les cours de stratégie font d’Alexandre un beau gaillard. Son père, à la fin de sa formation, vient avec un cadeau. Cinq hommes accrochés à des longes en cuir tentent de contrôler la formidable puissance d’un cheval. Il est plus noir qu’un corbeau avec sur le front, une étoile blanche. Alexandre déclare qu’il veut le dresser lui-même. Devant les spectateurs médusés, il parle à ce cheval qui de lui-même l’accepte sur son dos. Il l’appelle Bucéphale. Ce cheval connaîtra la même gloire éternelle que son maître. Son père, admiratif lui dit « Mon fils, il te faut chercher un autre royaume. La Macédoine est trop petite pour toi ». Alexandre a alors quinze ans.

Les études finies, Philippe présente son fils à l’armée macédonienne rassemblée, et le nomme commandant de la Pointe. Ses condisciples le suivent dans cette nouvelle affectation. Ils deviennent son « état-major particulier », la troupe d’Alexandre, « ses hommes ». Il remplace son père parti guerroyer, dans l’administration du royaume. De ce fait, il détient à seize ans le sceau des Argéades. Ce faisant,  il comprend que  le pouvoir politique est bien plus difficile à manier, que les armées sur un champ de bataille. Sa mère commence à s’impliquer dans la direction de l’Etat. Elle projette de faire assassiner Amyntas (son cousin plus âgé de cinq ans, et éventuel prétendant au trône). Alexandre éloigne Amyntas en « mission diplomatique » Il prend ses distances avec sa mère, qui ne cessera jusqu’à sa mort de « faire le ménage » autour de lui.

Les négociations entre la ligue athénienne menée par Démosthène, et le roi de Macédoine sont au point mort ; la guerre devient inévitable. Philippe demande à son fils de le rejoindre avec sa cavalerie à Chéronée. Cette bataille de Chéronée (1) va être le « baptême du feu » d’Alexandre,  il a dix-huit ans. Il passe la Pointe en revue, puis il harangue ses hommes : « rappelez-vous, soldats !! La phalange est l’enclume, la cavalerie le marteau, et la Pointe est la tête du marteau », puis il va vers Ptolémée, et lui délivre le mot d’ordre, que tous les soldats vont se transmettre de bouche à oreille : « Phobos kai Deimos », « Les chevaux du dieu de la guerre ». Les macédoniens alignent vingt-cinq mille fantassins et cinq mille cavaliers. Face à eux, la Ligue Athénienne, menée par Démosthène, compte le fameux bataillon sacré des Thébains, vêtus de manteaux rouges – formé pour l’essentiel de couples d’homosexuels – qui a une réputation méritée, de courage et d’ardeur au combat. La bataille est féroce. Alexandre s’occupe, à la tête de la Pointe, du bataillon sacré thébain. Tous les hommes du bataillon sont massacrés jusqu’au dernier, fidèles à leur devise : ne jamais reculer. A midi la bataille est terminée. Deux mille Athéniens jonchent le sol, Démosthène s’est enfui. Alexandre panse de ses mains, Démade le célèbre orateur athénien. Grâce à ce dernier, Athènes, malgré un ultime discours enflammé de l’incorrigible Démosthène, donne son accord aux conditions offertes par les macédoniens. Profitant de la paix retrouvée Alexandre visite Athènes. Il se repaît de la vision de tous ces lieux chargés d’histoire et de culture.

A son retour à Pella les choses se gâtent. Olympias n’admet pas la volonté de son père Philippe de se remarier avec une jeune donzelle – Eurydice -, fille du général Attale. Le père et le fils commencent à s’éloigner l’un de l’autre. Dix mille statères d’or sont frappés à l’effigie d’Alexandre pour commémorer la victoire de Chéronée. Il va visiter Corinthe avec son père. Il rencontre à cette occasion un petit vieillard chétif, adossé contre une jarre, se chauffant au soleil. Alexandre s’adresse à Diogène – car c’est lui – et lui dit : « Je suis Alexandre de Macédoine. Je serais désireux de t’offrir ce que tu peux désirer ». « Tout ? Lui demande Diogène ». « N’importe quoi affirme Alexandre ». « Bon, alors écartes toi de mon soleil !! ».

Le mariage de Philippe est décidé ; le projet est rondement mené. La mère et le fils légitime doivent assister au mariage du père. Là, l’atmosphère va se détériorer sérieusement, lorsqu’Attale – le père de la mariée – profère les mots qui fâchent : « Je bois au couple royal, à la virilité de l’époux, et à la beauté de la mariée. Puissent les dieux donner un héritier légitime au royaume de Macédoine ». Alexandre en proie à une colère terrible, apostrophe Attale, l’insulte, et menace de l’égorger « comme un cochon ». Philippe brandit son épée, et se jette sur le jeune homme. La noce est paniquée. Il s’exile avec Olympias et Héphestion, sur les terres d’Epire. Ptolémée, Perdiccas, Léonnatos, Cratère, Lysimaque et Séleucos le rejoignent.

Sous l’influence d’Eumène, le secrétaire, Alexandre et ses amis rentrent enfin en grâce. Ils rejoignent Pella. Philippe, qui a consulté l’oracle de Delphes en prévision de la campagne qu’il compte mener contre les Perses, est profondément déprimé, la Pythie a délivré son message « Voici le taureau couronné ; la fin est proche, le sacrificateur est prêt ». Mais les noces de Cléopâtre sont prévues. Olympias quitte le palais de Boutroutos avec son frère Philippe qui va épouser sa fille. Elle rejoint également Pella. Eurydice la nouvelle épouse de Philippe qui lui a déjà donné une fille, met au monde un garçon peu avant les noces de Cléopâtre. Puis celles-ci arrivent. La cérémonie minutieusement mise au point par Eumène se déroule dans le calme, lorsque Philippe est poignardé par Pausanias,  un de ses gardes, devant tous les invités. D’aucuns y voient la main d’Olympias qui est volontairement absente lors des faits. Néanmoins, c’est bien elle qui fait empoisonner le fils d’Eurydice, et de Philippe. Eurydice va se laisser mourir d’inanition avec sa fille Europe. Alexandre lui fait édifier un magnifique tombeau. Il prend le pouvoir, soutenu par la totalité de l’armée. Attale qui refuse de rentrer à Pella, est tué les armes à la main.

Aux premiers vents de printemps, en 334 avant J.C., quarante mille hommes, accompagnés de cinq mille cavaliers, passent en Asie. Alexandre laisse Antipatros régent du royaume – et non Olympias –. Il lui confie le sceau des Argéades. Il part avec Leptine, Bucéphale, et son chien Péritas.

Il débarque avec ses troupes sur la côte de Mysie à Sestos, non loin d’Ilion, l’héritière de l’ancienne Troie. Les hypogées qui parsèment la plage, renferment les ossements d’Achille, de Patrocle et d’Ajax. Sa première visite est pour le sanctuaire d’Athéna Ilias, pour s’y recueillir. L’édifice contient une foule de souvenirs de la guerre d’Homère. Satisfaisant à une tradition ancienne, Alexandre se déshabille entièrement devant ses troupes. Complètement nu, il court trois fois autour du tombeau d’Achille. Héphestion fait de même autour de celui de Patrocle. A chaque tour, plus de quarante mille hommes hurlent

Alalalaï !!

Puis il se rhabille, et passe l’armée en revue. Celle-ci se compose de :

- 32.000 hommes d’infanterie classique
- 3.000 « écuyers »
- 7.000 alliés grecs
- 10.000 pézétaïroï
-  5.000 Thraces et Triballes auxiliaires
barbares du Nord.
- 7.000 mercenaires grecs, d’infanterie lourde
- 2.800 hétaïroï de cavalerie lourde
- 2.800 cavaliers thessaliens
- 4.000 auxiliaires
- 500 hommes de la Pointe, fine fleur de la cavalerie.

Alexandre donne le signal ; l’armée s’ébranle en direction de son premier combat. L’état-major perse a choisi une position favorable à son armée. Le Granique dont les berges sont raides, argileuses, malaisées pour la cavalerie et l’infanterie lourde. Il se trouve que le général grec a la même idée. Il expose lors du conseil de guerre, ses instructions. « Pas de feux de camp, réveil des troupes avant l’aube sans bruits inutiles, la cavalerie franchira le fleuve la première, se regroupera puis attendra que l’infanterie aie traversé. Les Perses seront encore endormis. Nous lancerons une charge de cavalerie suivie par l’infanterie lourde. Je mènerai la Pointe au contact des Perses ». A l’aube, après le gobelet de « Nestor » Alexandre se fait vêtir par ses ordonnances. Dans l’obscurité totale, l’armée s’ébranle vers le fleuve qui n’est gardé, côté perse, que par quelques éclaireurs mèdes et scythes. Les cavaliers macédoniens s’engagent dans le fleuve, Alexandre au milieu du fleuve donne le signal, et les trompettes lancent la charge. Douze mille chevaux  s’élancent tête contre tête, soufflant et martelant le sol dans un bruit de tonnerre. Du côté perse, les chevaux Nyséens de la cavalerie menée par le satrape Spithridatès ébranlent la terre à leur tour, puis les mercenaires grecs menés par Memnon, leur emboîtent le pas. Alexandre blessé d’un coup de hache, le visage en sang, tue le général perse. Les mercenaires grecs se font massacrer. Memnon gravement blessé à la cuisse, enseveli sous les morts,  va profiter de l’obscurité pour s’éloigner dans la nuit. La première bataille d’Alexandre est un succès.  Le sculpteur Lysippe va exécuter un chef d’œuvre : une statue représentant les vingt-cinq hétaïroï de la Pointe tués au combat.

L’armée s’ébranle à nouveau en direction de Milet. Les Perses concentrent une flotte de trois cents navires pour couper le ravitaillement de l’armée macédonienne. Alexandre évente le piège, et rassemble sa flotte hors de portée des Perses en la tirant au sec sur les plages. Milet confiante en la présence des Perses défie Alexandre, qui décharge ses machines de guerre. Le siège de Milet va commencer. Milet, détruite par les Perses deux cents ans plus tôt pour rébellion, a été reconstruite par l’architecte Hippodamos. Le peintre attitré d’Alexandre vient juste de terminer son grand œuvre : Alexandre sur Bucéphale en train de charger. « Ni massacre, ni viols, ni mise à sac » !!  Milet tombe sans effusion de sang.
Puis l’armée se met en route en direction d’Halicarnasse, où l’attendent les Perses, et Memnon, de nouveau sur pied. Ada, Reine de Carie, la soixantaine bien portée, veuve, offre à Alexandre sa ville d’Alinda qui contrôle Halicarnasse. Elle fait mieux, elle adopte Alexandre comme son fils. La ville de Myndos, qui a un port,  s’offre à Alexandre qui a bien besoin de cette possibilité pour pouvoir débarquer ses machines de siège. Perdiccas à la tête d’un fort détachement tombe dans une embuscade montée par les habitants de Myndos. Des renforts lui permettent de se dégager, et de rejoindre le roi pour le siège d’Halicarnasse. Les béliers commençant à battre la muraille, plusieurs pans de muraille s’écroulent autour de la porte de Mysala. Perdiccas, sans ordre, lance une attaque de nuit avec ses hommes. C’est un massacre, trois cents hommes sur deux mille, y laissent leurs vies. Alexandre et Memnon se rencontrent en tête à tête, pour discuter de la restitution des morts. Puis la bataille reprend ; elle est extrêmement meurtrière. Le roulement de tonnerre du tambour de Chéronée, convie Parménion à lancer la contre-attaque avec ses troupes fraîches. Les troupes fatiguées de Memnon commencent à faiblir puis se débandent. Le satrape Orontobatès et le tyran Pixodaros qui se sont retranchés dans les forteresses du port, les évacuent de nuit en barque.  Halicarnasse est prise. Pendant l’hiver, les opérations sont ralenties, mais cela n’empêche pas Alexandre de soumettre la Pamphylie, et la Pysidie, nous sommes en 334 avant J.C.   Au cours de l’été – 333, Memnon meurt, probablement empoisonné. Darius III prend le commandement de son armée, alors qu’Alexandre se rend à Gordion, pour une visite au sanctuaire de la Grande Mère des Dieux. Il est mis au défi de défaire le fameux nœud gordien  - qui relie le joug au timon du char du roi Midas -, par les prêtres du sanctuaire. Alexandre comprenant qu’il lui sera impossible de défaire ce nœud, le tranche avec son épée. Aristandre le devin, s’attriste de ce geste réputé néfaste.

Le Grand Roi se dirige vers le gué de Tapsaque, à la tête de toute son armée qui compte environ cinq cent mille hommes, pour barrer la route de l’armée macédonienne à la hauteur des portes syriennes. Alexandre, au sortir d’un déjeuner va se baigner dans le fleuve Cydnos. Sans doute victime d’une hydrocution il frôle la mort. Il se remet lentement ; pendant ce temps Darius se poste à Issos, dans le dos de l’armée macédonienne qui est coincée dans un étroit couloir, entre la mer et les montagnes. A ce moment, il se passe un fait tragique. Les Perses renvoient à Alexandre des hommes qu’ils ont fait prisonniers, et à qui ils ont fait couper les mains à certains, les pieds à d’autres. Les grecs deviennent enragés. Un bruit de tonnerre les mène au combat, le tambour géant de Chéronée.

Alalalaï !!

Les hétaïroï se jettent dans la mêlée. A moins de cent pieds de distance de Darius, Alexandre à la tête de la Pointe est blessé à la cuisse par une flèche. Il l’arrache. Quand il relève les yeux, son adversaire a pris la fuite. La bataille d’Issos est une victoire pour Alexandre. Le camp perse est pillé ; la somptueuse tente de Darius devient la propriété du vainqueur. Dans la foulée, la reine mère, l’épouse de Darius, ainsi qu’une partie de ses trois cent soixante-cinq concubines deviennent ses prisonnières. Les femmes prisonnières seront traitées avec tous les égards dus à leur position. Outre ces femmes, l’armée fait main basse sur le trésor du roi fugitif. Ce n’est pas rien : deux mille six cents talents d’or, cinq cents mines d’argent, trois cent vingt-neuf flûtistes et harpistes, trois cents cuisiniers, soixante-dix goûteurs de vin, treize pâtissiers, quarante parfumeurs, et pour couronner le tout, la veuve de Memnon avec ses deux enfants.

Quittant ses quartiers de Damas, l’armée se remet en route, atteint Sidon où elle est accueillie avec joie. Tyr ne se montre pas aussi accueillante, ses dirigeants jettent par-dessus les murailles ses envoyés. Alexandre entre alors dans une de ses rages légendaires. Après l’avoir prise, il fait raser la vieille ville. Les pierres servent à construire la jetée qui relie la terre ferme à la forteresse. Ce n’est pas une affaire aisée car les Tyriens sont coriaces. Mais fin 332 avant J.C. Alexandre envoie à nouveau des parlementaires, dont son premier mentor Léonidas. Les Tyriens les crucifient après les avoir torturés. Là, c’est la goutte de trop qui fait déborder le vase. Alexandre au comble d’une rage démentielle ordonne une attaque générale. Deux mille prisonniers sont crucifiés. Léonidas, le didaskale (3) de sa jeunesse, descendu de sa croix, est incinéré ; ses cendres sont ramenées dans sa patrie. Puis l’armée reprend sa route vers Gaza, qui est commandée par un eunuque nommé Batis, où il faut à nouveau recourir aux armes. Alexandre est à nouveau blessé par un dard tiré d’une catapulte, qui transperce le bouclier et la cuirasse, puis se fiche dans l’épaule. Les soldats voyant le roi livide emmené à l’arrière, pensent qu’il est mort. Ils commencent à reculer. Le blessé ordonne au médecin d’ôter la pointe, de cautériser, et de recoudre. Puis il repart galvaniser ses troupes. Le roi est vivant !! Le roi est vivant !!  Hurle Léonnatos.


Alalalaï !!


Répondent les soldats, en redoublant d’ardeur. Alexandre se fait blesser une deuxième fois d’un coup de bouclier à la cuisse gauche. Il est ramené à l’arrière, tandis que la bataille continue. Gaza résiste toujours, mais ses murs s’écroulent. Enfin l’armée macédonienne prend la ville, massacre Batis. Ses habitants sont vendus comme esclaves.

Dès qu’Alexandre est en mesure de voyager, l’armée se dirige vers l’Egypte qu’elle atteint à Péluse, sur la rive orientale du Nil. Elle y découvre les crocodiles, ainsi que les hippopotamoi (chevaux de fleuve), puis prend la direction d’Héliopolis et de Memphis. Les prêtres lui posent la question « es-tu ce fils, né loin du Nil, que nous attendons depuis longtemps ? » « Comment pourrais-je le savoir, demande Alexandre ? ». « Seul le Dieu Ammon peut le déclarer. Tu auras ta réponse à travers l’oracle de Siwah (2). C’est là que tu dois aller !! ».

Alexandre fonde Alexandrie, à qui il donne la forme d’un manteau macédonien. Il en confie la construction à Deinocratès. Puis il dirige son armée vers l’Ouest, vers la cyrénaïque. L’oasis de Siwah leur apparaît deux jours plus tard. Là, le roi est déjà attendu par les prêtres d’Ammon, qui l’accueillent. Le Dieu lui confie : « ton père est Zeus Ammon, ce jour est une autre naissance, dans une vie qui ne s’éteindra pas !! ». Puis il rebrousse chemin, et se dirige vers l’est, Memphis, Péluse, Gaza, Thapsaque, Nisibe. Ce retour est endeuillé par la mort d’Hector, un des fils de Parménion, qui tombe dans le Nil revêtu de sa cuirasse, où il se noie.

Darius, pendant ce temps a rassemblé une armée immense, car il prévoit de se mesurer à Alexandre. Ce dernier, fidèle lecteur de Xénophon, va prendre le même itinéraire que les « Dix mille ». L’armée macédonienne passe l’Euphrate à Thapsaque, sur un pont de bateaux construit par le génie. Darius incendie les récoltes, et les villages jusqu’à Babylone, créant ainsi un problème d’approvisionnement à l’armée macédonienne. Puis près du village de Gaugamele, c’est la bataille titanesque des deux armées qui se solde par la victoire d’Alexandre. Nous sommes en  été -331 avant J.C. L’armée se remet en route vers Babylone, qu’elle atteint en décembre de la même année. Les Macédoniens découvrent l’existence du naphte – qui à l’époque coule naturellement à la surface -. Alexandre et son armée entrent dans Babylone sans combat, accueillis par les prêtres de Mardouk. Il crée la ville d’Alexandrie Charax. Suse lui ouvre ses portes ; Alexandre se comporte de plus en plus en roi avisé, en réorganisant les terres conquises, en favorisant les mariages mixtes, en adoptant certaines coutumes perses. L’armée s’ébranle à nouveau en direction de Persépolis, la capitale de l’empire, fondée par Darius le Grand. Diadès de Larissa, son ingénieur en chef construit un pont sur l’Araxe en un jour, et l’armée s’engage sur la terre perse. C’est alors que se produit un spectacle affreux. Un groupe d’hommes vient à sa rencontre couvert de chiffons innommables, agitant leurs mains ou leurs moignons. Alexandre et Eumène leur demandent qui ils sont. Ces hommes leur répondent en grec !! Certains ont les mains tranchées, d’autres les jambes, certains ont été ébouillantés, ou ont eu les yeux crevés. Alexandre entre alors dans une de ses rages célèbres. Il fait raser Persépolis avec ses trésors inestimables. La ville est mise à sac et brûlée, le trésorier récupère une fortune invraisemblable de cent vingt mille talents.

Puis l’armée quitte les ruines de Persépolis pour le Nord, en direction de la Parthie (l’Afghanistan de nos jours) ; son général apprend que Darius en raclant ses fonds de tiroirs l’attend à Ecbatane. Pour finir, Darius va refuser le combat. Il s’enfonce avec son armée dans les confins de l’empire. C’est alors qu’un fait extraordinaire se produit : Les proches du roi Darius destituent le roi, l’enchaînent, le poignardent, et s’enfuient. Alexandre, qui arrive sur les lieux, recueille le dernier souffle de Darius, en lui promettant de le venger. C’est à présent une affaire personnelle. Alexandre fonce sur les traces des meurtriers. Entre-temps, il rencontre la princesse royale Stateira. Il la demande officiellement en mariage. Le mariage est célébré selon le rite macédonien. Toutefois les assassins de Darius ne sont jamais bien loin dans les pensées d’Alexandre. Ses espions les localisent en Bactriane. Il crée la ville d’Alexandrie d’Arachosie. Alexandre change d’idées, et de caractère. Devenant de plus en plus raffiné, cela ne plait pas à certains de ses généraux, qui trouvent que l’influence de la culture perse est en train de l’amollir.

Puis il se remet en route, laissant Stateira dans son palais. Un des assassins de Darius, un nommé Bessos, s’est attribué la couronne sous le nom de Satibarzanès. L’armée serpente dans les vallées des premiers contreforts de l’Himalaya. Elle arrive devant la ville d’Artacoana, capitale des Aryens. Là, se trouve la forteresse de Satibarzanès. Ce dernier obtient un combat à mort avec le champion des macédoniens qui n’est autre que Léonnatos. Ce dernier tranche un bras, puis la tête de son ennemi. Artacoana se rend en fin de journée, elle est débaptisée, et se nomme Alexandrie d’Arie. C’est alors qu’une conjuration met au point un attentat contre la personne d’Alexandre. Philotas au courant ne dit rien, et les choses suivent leur cours. Les conjurés ne le savent pas, mais leur projet a été entendu par un jeune page, Ceballinos, qui l’a rapporté à Eumène. Devant l’armée entière réunie, les conjurés doivent faire face à leurs accusateurs. L’armée émet à l’unanimité un verdict de culpabilité. Philotas, fils de Parménion,  est exécuté  par les archers du roi. Il tombe en criant

Alalalaï !!

Le prince Amyntas est exécuté le dernier. Alexandre à son grand regret doit également éliminer Parménion son père. Eumène dans le quatrième livre de son Journal écrit : «  Le septième jour du mois de Pyanopsion, le Général Parménion a été tué par ordre du roi, sans avoir commis aucune faute … rien ne pourra souiller sa mémoire, il vivra à jamais dans notre souvenir ».

Une bonne nouvelle l’atteint ; son épouse, la princesse Stateira lui apprend qu’elle est enceinte. Il crée Alexandrie Eschate, Alexandrie d’Oxus et Alexandrie du Caucase non loin de Nicée. Son armée descend vers l’Arachosie (le Pakistan d’aujourd’hui), traverse l’Indus sur un pont construit par Diadès, sur les traces de Bessos, l’un des assassins de Darius,  à Embolima.

Bessos est enfin livré par deux de ses lieutenants. Le nez et les oreilles coupés, il est traîné au bout d’une corde, jusqu’ à Bactres où il doit être jugé. La princesse Stateira fait une fausse couche, Alexandre perd un fils. Il va à présent affronter des batailles de mouvement, il inflige une cuisante défaite à ses ennemis. Le roi scythe, Dravas,  se rend, et offre sa fille en mariage à Alexandre. Ayant bu l’eau d’un étang, Alexandre tombe malade (sans doute la malaria). En Sogdiane, non loin des monts du Pamir, l’armée rencontre les Amazones. Personne dans l’armée ne comprend leur langue. C’est alors que Leptine s’avance, et traduit pour le roi. Le tatouage sur l’épaule de Leptine, un cerf couché au bois imposants, se retrouve sur le pectoral de l’Amazone. Alexandre questionne Leptine : « que t’as t- elle dit ? »  «  Elle t’attend sous sa tente pour concevoir un fils, ou une fille à qui elle donnera sa couronne !! » Puis il fonde Alexandrie de Margiane. Il y laisse une garnison de cinq cents macédoniens qui ont pris femme. C’est pourquoi beaucoup d’Afghans et de Pakistanais ont encore le nez grec de nos jours. Puis l’armée descend vers Alexandrie du Caucase en direction de Taxila (cette ville existe toujours, avec une architecture grecque, des oliviers millénaires et des ruines). Les Scythes Massagètes sous les ordres de Spitamenès (un des meurtriers de Darius) massacrent par surprise un détachement macédonien aux environs de Bactres. La riposte est immédiate, l’armée de Spitamenès est détruite. Au cours d’une soirée arrosée, Cleïtos le Noir qui est saoul, perd son calme, et insulte Alexandre, qui le tue d’un coup de lance. Au hasard d’une bataille, Alexandre rencontre Roxane (petite étoile), fille d’Oxyartès, un Sogdien. Eperdu d’amour pour cette beauté, il l’a demande en mariage. Ainsi naît un amour célèbre.

C’est alors qu’une deuxième conjuration se dessine. Deux pages, Hermolaos et Epimenès envisagent d’assassiner Alexandre. Ce dernier veille dans sa tente, en lisant l’Inde de Ctésias, gardé par les deux pages conjurés. Péritas referme ses crocs sur la main qui tient le poignard. Les pages sont lapidés le lendemain à l’aube. A Taxila (non loin d’Islamabad), son roi nommé Taxile, offre à Alexandre vingt-cinq éléphants, et trois cents talents d’argent. Continuant sa marche vers l’Inde, il se heurte à Porus, un roi indien qui commande une armée de trente mille fantassins, quatre mille cavaliers, trois cents chars de guerre, et deux cents éléphants. La bataille fait rage pendant huit heures. Alexandre pleure, assistant aux derniers instants de Bucéphale mortellement blessé par un éléphant. Il lui fait construire une tombe majestueuse, et fonde une ville nommée Alexandrie Bucéphale. Non loin de là une autre ville, Alexandrie Nicée est construite. Après le suicide de Callisthène, c’est Ptolémée qui reprend le journal de marche de l’armée macédonienne.

Une bataille gagnée à Sangala coûte mille cinq cents tués à l’armée macédonienne, et dix-sept mille aux indiens. L’armée descend en Inde vers la cité des Brahmanes. En proie à la mousson, elle patauge, et son moral s’en ressent. Puis la fin des pluies arrive ;  l’état-major pense qu’ils sont arrivés non loin des sources du Nil, et qu’il suffit de descendre le cours du fleuve pour arriver à Alexandrie. Chaque détachement de l’armée est convié à envoyer les hommes issus de provinces maritimes. Bientôt un millier de navires à trente rameurs, sont lancés au milieu des vivats. Alexandre embarque avec Roxane, la flotte suit. Elle est accrochée par des guerriers venant de la cité des Malliens. Péritas vient au secours d’Alexandre blessé par un javelot, en grand danger d’être tué. Il est lui-même blessé d’un coup de javelot dans le flanc. Il meurt tout contre son maître. L’extraction du javelot planté entre la clavicule et l’omoplate du roi, s’avère longue et douloureuse, le poumon est percé, et du sang s’écoule de sa bouche. Péritas est incinéré avec les honneurs militaires, car il est mort au combat pour protéger son maître. Léonnatos crie : Pézétaïroï présentez armes !! Pendant que l’âme de Péritas s’envole, se séparant d’Alexandre, pour la première fois depuis le jour de sa naissance. Après quatre jours d’inconscience, Alexandre ouvre enfin les yeux. Son premier mot est « Péritas ». Apprenant qu’il n’est plus, de grosses larmes roulent sur ses joues amaigries. Avec l’aide de Philippe son médecin, de Roxane et de Leptine, deux mois après sa blessure le roi se lève. Mais le moindre effort lui cause une immense fatigue. C’est alors qu’à peine rétabli, Alexandre exige de passer l’armée en revue malgré l’opposition de son médecin. Il galvanise ses troupes. Les Indiens lui ont appris que l’Indus se jette dans l’Océan à Pattala, donc l’armée va continuer de descendre le fleuve sur ses bateaux. Arrivés à l’Océan, Néarque et Onésite suivront la côte et l’armée marchera le long de celle-ci. Non loin de Cocala (Calcutta), il fonde la ville d’Alexandrie des Orites et son port. L’armée remonte par voie de terre les rivages de la Gédrosie (l’actuel Pakistan), pénètre en Carmanie (l’actuel Iran). La ville de Pura ouvre ses portes à l’armée qui a faim et soif. Alexandre et Néarque se retrouvent devant les troupes qui hurlent leur joie

ALALALAÎ !!!

Alexandre fonde la ville d’Alexandrie de Carmanie, puis se dirige vers Persépolis. Dès qu’il est reposé de ses tribulations, il châtie les satrapes et administrateurs macédoniens qui ont failli à leurs charges. Calanos, son mage indien, décide de rejoindre l’imperturbable infini. Il choisit pour cela le feu. Cinq mille Pézétaïroï revêtus de leur tenue de parade, lui rendent un dernier hommage en assistant à son immolation volontaire sur le bûcher traditionnel. Son leg post mortem : «  Aucune conquête n’a de sens, aucune guerre ne mérite d’être menée. En fin de compte, la seule terre qui nous reste est celle où nous serons ensevelis ». Alexandre quitte Persépolis pour Suse où il arrive au cœur de l’hiver. Il réunit la maison des Argéades à celle des Achéménides en épousant la princesse Barsine ; Héphestion épouse sa sœur Drypétis. La vieille reine mère Sisygambis a un mot facétieux : « Il n’y a pas mieux qu’un lit pour jeter les bases d’une paix durable ». Une dizaine de milliers de mariages mixtes ont lieu, et Alexandre honore la même nuit ses deux épouses. Il guerroie dans la région soumettant des tribus réfractaires à sa politique. Héphestion meurt des suites d’une indigestion. Son médecin, Glaucos, est exécuté. Lors d’une promenade au bord de l’Euphrate, le roi perd son chapeau qui tombe à l’eau. C’est un événement funeste dans la croyance de ce temps.

Le roi est très fiévreux, son état empire malgré les soins de son médecin et de ses proches. Il s’éteint dans les bras de sa famille et de ses amis, à l’âge de 33 ans, en Juin de l’année 323 avant J.C.  Il rejoint Bucéphale, Péritas, la longue cohorte de ses généraux, et de ses hommes qui ont vécu à ses côtés une incroyable aventure.

Notes

(1) Cette bataille va être rythmée par le roulement profond d’un tambour géant.
(2) Située dans le sud de la Libye actuelle
(3) Son mentor.

Bibliographie :
Alexandre le Grand, Valerio Manfredi, le grand livre du mois, 1998.
Œuvres, Xénophon, 3 tomes traduits par P. Chambry, Garnier, 1932
Histoire d’Alexandre le Grand, Quinte-Curce
Anabase, Arrien


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BIOGRAPHIE D'ALEXANDRE LE GRAND
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