ARCHE DES COMBATTANTS


Site historique destiné aux fanas d'histoire militaire française et internationale, de l'antiquité à nos jours
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 BIOGRAPHIE DES CHEVALIERS DU TEMPLE

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
BUFFY1
Admin


Messages : 240
Date d'inscription : 25/02/2017
Age : 74
Localisation : 65000

MessageSujet: BIOGRAPHIE DES CHEVALIERS DU TEMPLE   Dim 26 Fév - 12:02

]Non nobis, Domine, non nobis, sed Nomini Tuo da gloriam

« Pas à nous, Seigneur, Pas à nous, mais à Ton Nom, seul, donne la Gloire »
(1er verset du psaume 115 – Devise de l’Ordre du Temple)

LES CHEVALIERS DU TEMPLE

22 Janvier 1129 - 13 Octobre 1307

BIOGRAPHIE

Genèse de l’Ordre

Le premier hôpital de l’histoire voit le jour au cours du 4ème siècle, en Cappadoce, construit par saint Basile à Césarée de Cappadoce. Il est suivi par la fondation d’un hôpital à Rome sous l’impulsion de sainte Fabiola. Il est suivi par saint Benoît qui fonde l’abbaye du Mont Cassin (Monte Cassino) ainsi que l’ordre des bénédictins. Ceux-ci installeront dans tous leurs couvents des infirmeries, embryons des futurs hôpitaux. En Orient, sous le règne du calife omeyyade al Walid, puis par le célèbre Haroun Al Rashid sont fondés des hôpitaux – les plus modernes pour l’époque - à Damas, Bagdad, la Mecque, Médine. Aux environs de l’an mil s’établit le Xenodochium de Jérusalem, tenu par les chevaliers de Saint Jean de Jérusalem. Quand cette ville est conquise par Saladin, cet hôpital est jugé parfaitement tenu, et va devenir un hôpital musulman (il prend alors le nom d’ Al Salihani). Il est détruit en 1458 par un tremblement de terre.

Revenons à la genèse de la création des chevaliers du Temple.  Le 15 Juillet 1099, la ville de Jérusalem est conquise par les croisés qui la mettent à sac. Gérard Tenque prend possession de son hôpital, et y fait transporter le plus de blessés possible. Godefroy de Bouillon se rendant en visite officielle à l’hôpital, se fait présenter le personnel soignant. Il fait don à l’hospice de deux de ses fiefs : Montboon en Brabant, et Hessilia en Palestine. Gérard remercie, mais lui demande des volontaires pour l’aider dans sa tâche. Quelques chevaliers répondent à son appel dont Raymond du Puy. L’Ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem vient de naître. Puis Godefroy meurt. Son frère Baudouin prend la succession. C’est vers cette époque que l’Ordre se constitue en organisation monastique et militaire. Monastique, car ses membres prononcent les vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance à la règle de Saint Benoît. Militaire, car il recrute ses chevaliers dans la noblesse. Par la force des choses, l’ordre va très tôt ajouter à sa vocation hospitalière une fonction combattante.

Pour mémoire, les Hospitaliers vont construire et gérer des forteresses – dont certaines encore en bon état – telles le Krak, Margat, Belvoir, Le Sare, Bath-Gibelin et Belmont. Rapportons ici une légende – peut-être vraie - : Saladin déguisé en pauvre hère, se rend à l’hôpital d’Acre et demande à être soigné. Un médecin franc s’occupe de lui, et lui demande avec sollicitude ce qu’il faut pour qu’il recouvre la santé : « il me faudrait le cœur de Moriel (le cheval personnel du Grand-Maître), car ce cœur me rendra mes forces ». Le Grand-maître en est informé. Il ordonne la mise à mort de son coursier. Le boucher commis au sacrifice voit son bras arrêté par le « mendiant » qui demande à être présenté au Grand-maître, à qui il déclare « Sachez, O Grand-maître des Chevaliers de l’Hôpital, que je ne suis nul autre que Saladin…...Je connaîtrai désormais le respect dû à votre Ordre », puis il s’en retourne parmi les siens.

Soigner les pèlerins est une chose, mais leur permettre d’arriver au terme de leur pèlerinage, puis de s’en retourner en sécurité en est une autre. Il devient clair qu’il faut une présence militaire continuelle, que les chevaliers de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem ne peuvent fournir, n’étant pas assez nombreux. C’est alors qu’un chevalier nommé Hughes de Payns (ou Payens selon les orthographes) fonde l’Ordre des Templiers sur les bases de la milice appelée « Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon ». Son quartier général se situe dans les écuries du Temple de Salomon (d’où l’appellation du Temple). C’est une armée de moines soldats prête à attaquer l’infidèle toujours et partout. Gérard meurt, et Raymond du Puy prend la suite. Les chevaliers de Saint Jean (appelés couramment Johannites) se battront aux côtés des Templiers jusqu’en 1291. Il faut citer pour mémoire la présence au cours des différents combats des chevaliers teutoniques appartenant à un ordre exclusivement militaire, uniquement réservé aux nobles allemands.

En 1129, le 22 janvier, est créé l’Ordre du Temple qui luttera jusqu’à la perte définitive des lieux saints en 1291. Les chevaliers du Temple vont guerroyer en tous temps, et en tous lieux avec la fermeté et la discipline qui fera l’admiration de tous, y compris de leurs ennemis. Leur devise « Détruire ou convertir » fera frémir les cœurs, amis ou ennemis.  

Dans tous les pays de la chrétienté, on peut reconnaître du premier coup d’œil un chevalier à sa musculature. Tous les chevaliers utilisent les mêmes armes. Ils combattent selon les mêmes codes. Les futurs Chevaliers du Temple vont introduire une notion de discipline stricte – mot inconnu chez nos Gaulois d’alors - ; ils vont promouvoir l’entraînement aux armes, jumelé à l’exercice de la piété, chose inconnue jusqu’alors. Ils s’entraînent jusqu’à six heures par jour. Manier la grande épée à poignée d’acier, munie d’une lame longue de quatre pieds, et large de trois pouces (1.45 m X 6 cm), qui pèse jusqu’à quatorze livres (entre 7 et 9 kg) est un exercice très fatigant. Désarçonné, une fois à terre, le chevalier doit pouvoir se relever avec une cotte de maille de 27 kg et manier cette épée d’une seule main (et être ambidextre) pendant de longues minutes. D’où la fameuse « carrure de chevalier » reconnaissable même par un néophyte (hanche étroites torse musculeux, jambes très musclées, bras démesurément musclés). Pour la plupart ils sont illettrés, mais peuvent donner leur vie sans se poser de question, à condition d’être menés au combat par un des leurs, en qui ils ont toute confiance.

La cérémonie d’intronisation de l’Ordre de la Renaissance – qui de nos jours a subsisté lors de la totemisation d’un scout – suit un rituel très précis. L’impétrant est introduit dans une pièce peu éclairée, en chemise et pieds nus. Il est agrippé par des mains qui lui font éviter un coup mortel, et le placent devant une fosse où l’on voit au fond un crâne et deux tibias entrecroisés (le fameux crâne et les tibias des pirates). Un homme encapuchonné lui demande : « Que portes-tu ?  Je ne sais ; C’est un linceul, tu sais ce que c’est ? Oui Monseigneur c’est le suaire que porte un homme mort dans sa tombe ; Sais-tu pourquoi tu le portes ?  Non Monseigneur ; regarde à tes pieds !!  Le futur templier voit le crâne et les tibias au fond de la fosse. Tu es mort et ton corps a été étendu dans sa tombe, la Lumière est réapparue, et tu es revenu à la vie. Tu es né de nouveau, tu es devenu une autre personne, tu fais partie à présent de notre confrérie. Puis l’homme encapuchonné poursuit : « Ton ancienne vie se trouve maintenant derrière toi, terminée et abandonnée. Tu viens de reprendre vie dans l’Illumination pour œuvrer à la recherche de la vérité, et à la restitution que ce que nous avons commencé. Je te souhaite donc la bienvenue mon frère !! Tu vas maintenant revêtir les vêtements de l’initié !! ».

Tous les assistants vêtus de blanc, éclairent la salle. Ils s’approchent, lui retirent son linceul, et le parent de riches vêtements d’un blanc éclatant. Le jeune chevalier vient d’être « Elevé ». Il a connu la dualité du noir absolu puis de la blancheur immaculée, qui sont les couleurs de l’Ordre. Nous venons de parcourir la première partie de la vie d’Hughes de Payns qui va devenir, beaucoup plus tard, le fondateur officiel de l’Ordre du Temple. Pendant sept ans il va continuer à s’entraîner avec sa « doublure », Geoffroy de Saint Omer, afin de devenir un modèle pour les autres chevaliers. Il faut noter que Hughes était anormalement instruit pour un chevalier de l’époque. En effet l’enseignement ésotérique de l’Ordre ne lui était pas étranger.

Puis le Pape Urbain, lors du concile de Clermont lance la première croisade. Les foules s’ébranlent en direction de la terre sainte en hurlant « deus vult » (Dieu le veut). Les chevaliers cousent la croix sur leurs manteaux, et emboîtent le pas à la multitude. Nous sommes alors en 1095. Ce pape vient de donner le départ à un chaos sans nom, dont le tonnerre se répercutera durant des siècles. Hughes de Payns se dirige d’abord vers Toulouse, puis vers le port de Dyrrachium (Durazzo) d’où, avec ses compagnons, il s’embarque pour Constantinople. Là il est accueilli par l’Empereur Alexis Comnène. Puis l’armée, de quatre mille hommes de pied, trois cents chevaliers, et trente mille fantassins, remarquablement disciplinée se met en route vers les lieux saints. Ils enlèvent Nicée, Edesse et assiège Antioche. Antioche !! Triste ville, où la famine et les fièvres rendent la vie intolérable. Six mille hommes et chevaliers périssent de faim pendant les huit longs mois de siège. Puis le 3 juin, Antioche tombe dans la nuit grâce à la corruption. Un garde soudoyé ayant ouvert une porte. Puis ils arrivent devant les murs de Jérusalem en 1099. Hughes a commencé de perdre ses illusions. En quatre ans, il a vu des horreurs sans nom. Des pèlerins pour qui rien n’avait été prévu en fait de ravitaillement et d’hébergement, mourir de faim et de froid, se livrer au cannibalisme (ils ont pillé la ville de Belgrade et massacré des milliers de Hongrois). Plus tard, ils vont se faire tailler en pièces par des rezzous musulmans, alors qu’ils suivent des prêtres illuminés et fanatiques, qui ne veulent pas écouter les voix de la raison des chevaliers. Aucun d’entre eux ne foulera le sol des Lieux Saints.

Pour l’heure, les futurs Templiers sont devant Jérusalem. Leurs trébuchets et autres mangonneaux expédient des quartiers de roches (certains ont la taille d’un cheval) qui ébranlent les murailles. Un large pan de mur s’écroule, et les chevaliers à pied, entrent dans la ville sous un déluge de flèches. Hughes est enseveli par l’écroulement d’un mur de soutènement. Il se dégage péniblement, puis entre seul dans la ville livrée au massacre général, à la recherche de ses compagnons. Il va utiliser ses armes contre des croisés qui se livrent à des atrocités sur des femmes enceintes. Outré par ces procédés inhumains, et dégradants, commis au nom de Dieu, il part méditer dans le désert, pendant que l’on nettoie la ville de ses milliers de cadavres. Il se pose la question : Dieu voulait-il cela ?  Quatre-vingt-dix mille êtres humains ont été tués sans nécessité ce jour-là. Godefroy de Bouillon refuse la couronne de Jérusalem (il préfère le titre d’Avoué du Saint Sépulcre), Hughes de Payns revient en France.

Il retourne en terre sainte en 1107, puis sur les bases de l’Ordre de la Renaissance (qui devient en Terre Sainte l’Ordre des Chevaliers du Saint Sépulcre), l’Ordre de l’Hôpital décide de créer une milice du Christ chargée exclusivement de la protection des pèlerins. Cette milice du Christ voit le jour sous le commandement de Hughes de Payns son fondateur. Il va mener de concert deux œuvres : l’une militaire qui consiste à patrouiller sans relâche les routes empruntées par les pèlerins, fournir des troupes aguerries et disciplinées pour les combats. L’autre plus secrète à trait à la recherche de trésors, chercher des informations sur l’enseignement du Christ, qui se trouveraient dans les souterrains de cette ville. Il va obtenir comme base arrière, les anciennes écuries du roi Hérode situées dans l’enceinte du Temple de Salomon. Hughes prend contact avec le Patriarche Gormond de Picquigny qui est le légat du Pape en Terre Sainte. Celui-ci embauche les sept chevaliers (1), et les charge de former une milice qui assurera la sécurité des chemins qui couvrent les possessions franques en Terre Sainte. Cette « patrouille du Patriarche », composée de « vieux » (ils ont la trentaine),  provoque l’hilarité des jeunes chevaliers qui n’ont aucune expérience du combat. Ils sont vêtus d’une futaine brune qui recouvre leur cotte de maille, mais ces experts du combat sont merveilleusement armés. Ils sont suivis de sergents, et de Turcopoles (auxiliaires locaux), qui se déplacent rapidement. Ils nettoient sans états d’âme, très rapidement les chemins, des rezzous et des bandits. Ils bâtissent une place forte qu’ils nomment Château Pèlerin. Gormond de Picquigny les encourage à prononcer les vœux monastiques. Ceci étant chose faite, ils cousent la croix pattée rouge sur leurs manteaux, leurs écus et leur tabard. Leur appellation complète devient la suivante : « Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon ». La coutume les nomme Chevaliers du Temple, tout simplement, car leurs quartiers se situent dans les vestiges du Temple de Salomon. Leur renommée est faite à compter du jour où ils sauvent dame Morfia de Malatya, ex-comtesse d’Edesse devenue Morfia de Jérusalem de par son mariage avec Baudouin II (Roi de Jérusalem), en 1102, d’un rezzou de musulmans qui allaient l’enlever, après avoir massacré son escorte. Hodierne, une de ses filles, épousera Raymond II Comte de Tripoli. Elle donnera le jour à Raymond III de Tripoli, que nous retrouverons à la bataille des Cornes de Hattin.

Hughes de Payns repart en Occident en 1127 avec cinq de ses compagnons, consulter le Pape Honorius II, et Bernard de Clairvaux afin d’obtenir une reconnaissance de l’Ordre ainsi qu’une consécration officielle de l’Eglise. Il veut aussi recruter de nouveaux chevaliers, et si possible collecter des dons qui feront vivre l’entreprise. Ils vont écumer l’Anjou, le Poitou, la Normandie, la Flandre, la Champagne et même l’Angleterre. Hughes participe au Concile de Troyes en 1129, qui crée officiellement l’Ordre du Temple, et le dote d’une règle propre qui est celle de Saint Benoît, avec quelques ajouts issus de la règle de Saint Augustin, sous réserve qu’elle soit validée par le Patriarche de Jérusalem. La règle est établie par Bernard de Clairvaux, en tenant compte de la spécificité de l’Ordre. Conventuel en Europe et militaire en Orient.

Le Pape Innocent II le 29 Mars 1139, dans sa bulle « Omne datum optimum » attribue des privilèges à l’Ordre du Temple. Ils ne sont pas minces ; Les Templiers ont droit à la protection apostolique, et à posséder leurs propres chapelains. Ceci va les faire entrer en conflit avec le clergé séculier, qui voit une partie de ses revenus passer dans les poches de l’Ordre. Le Pape Eugène III enfonce le clou, en fulminant « promulguant »  la bulle « Militia Dei » qui permet à l’Ordre de construire ses propres oratoires, de percevoir des dîmes, d’enterrer ses morts dans ses propres cimetières, et d’étendre la protection apostolique à tous leurs biens. Hughes de Payns devient le premier Maître (il n’y a jamais eu de « Grand-maître ») de l’Ordre, il sera suivi de 22 autres en 183 ans d’existence (les numérologues soulignent le chiffre 3, – 8+3+1 - de la Sainte Trinité).  

L’Ordre dont le Saint Patron est Saint Georges (inhumé à Lydda en Israël), va pouvoir recruter. Comme les conditions d’admission ne sont pas restrictives, beaucoup d’hommes vont se présenter spontanément dans les monastères Templiers - ils ne s’appelleront commanderies, que lorsque l’Ordre aura disparu, et que ses biens auront été transférés au bénéfice de l’Ordre de l’Hôpital en France (et non à l’étranger) -. Les laïcs de la noblesse et de la paysannerie libre pouvaient être enrôlés, s’ils répondaient aux critères de l’Ordre. L’entrant prononçait ses vœux qui étaient définitifs, s’il satisfaisait aux points incontournables fixés par la règle, à savoir : Etre âgé de plus de 18 ans (article 58), ne pas être fiancé (article 669), ne pas faire partie d’un autre ordre (article 670), ne pas être endetté (article 671), être en parfaite santé mentale et physique, être un homme libre et enfin ne pas être excommunié (article 674). En cas de mensonge prouvé sur l’un des points de la Règle, le candidat est renvoyé.

Il faut noter qu’il y a eu des frères mariés (fratres conjugati) qui s’enrôlaient pour une période déterminée, puis retournaient ensuite dans leurs foyers. Pour les distinguer des Templiers soumis à la règle (manteau blanc), ils portaient un manteau noir ou brun. Les frères servants plus instruits que les Templiers de base (casaliers ou de métier), étaient des sergents trop vieux pour combattre ou affligés d’une infirmité. En Orient, il y a aussi dans les rangs des Templiers, des Turcopoles qui sont des hommes natifs de la région, très souvent de père musulman et de mère grecque ou arménienne. Les troupes de Saladin les exterminent en priorité, pour deux raisons : ils servent les Templiers, et sont à leurs yeux des renégats.

Les Templiers sécurisent les routes de Jaffa à Jérusalem, de Jérusalem au Jourdain, Bethléem, Nazareth, le Mont des Oliviers, la vallée de Josaphat, le Jourdain, la colline du Calvaire et le Saint Sépulcre à Jérusalem. Ils participent aux croisades, et à la protection des souverains qui viennent en Terre Sainte y combattre l’infidèle. Ils épaulent le roi Raymond VII durant une attaque au cours de la deuxième croisade (1147). Pendant la deuxième croisade (1189-1192), ils assurent l’avant-garde (et les Hospitaliers l’arrière garde), de l’armée de Richard Cœur de Lion. Au cours de la cinquième croisade, ils protègent l’armée royale de Louis IX devant Damiette. L’Ordre, et c’est là une erreur grandissime, a renfloué de temps à autre, les caisses royales qui se trouvaient vidées par une gestion par trop laxiste des trésoriers royaux. Il va payer les rançons astronomiques des princes faits prisonniers par les mahométans. La reconnaissance n’est pas un mot courant dans le vocabulaire d’un grand, qu’il fut de cette époque ou de la nôtre. Philippe IV le Bel (on ne devait pas parler de la beauté de son âme sans doute) ne manifestera aucune pitié pour s’approprier les biens des Templiers qui renfloueront son trésor à la limite de la dévaluation.

La vie d’un Templier en terre de France s’écoule de manière réglée et monotone. Il se lève au point du jour, s’habille de sa tenue de moine (robe de bure à capuche sans croix), puis va assister à la première messe de laudes. Ensuite il se rend au réfectoire où il va prendre son petit déjeuner composé d’une écuelle de lait ou de soupe aux pois, avec un bout de pain. Ceci fait, il va s’habiller pour « faire des armes » toute la matinée, jusque vers midi où il va assister à l’office religieux de tierce (l’Ordre ne respecte pas la Liturgia horarum de laudes, tierce, sexte, none, vêpres et complies), et va rejoindre ensuite le réfectoire où un frère va lire pendant le repas, des passages de la règle de l’Ordre. Le repas terminé en silence, une heure de temps libre, puis reprise de l’entraînement à cheval ou à pied. En fin d’après-midi il a une heure de libre avant le repas du soir suivi de l’office de complies. Puis il va se coucher dans sa cellule. On peut comprendre que ces hommes jeunes, en pleine possession de leurs moyens, ne rêvent que de partir en Terre Sainte,  où des aventures plus exaltantes les attendent.

Lors d’une « relève », le chevalier désigné, réunit ses effets personnels dans un sac qu’il attache à la selle d’un cheval de bât qui porte également ses armes (à l’exception de son épée, qu’il garde toujours sur lui), vérifie que ses aides (sergent et hommes d’armes laïcs) sont équipés et fin prêts, puis se range avec les autres chevaliers qui partent aussi. Ils vont cheminer de prieuré en prieuré jusqu’à Marseille, ou Aigues-Mortes, ou Collioure ou encore Saint Raphaël, afin de s’embarquer sur un navire de l’Ordre, la « Bonne Aventure » ou « la Rose du Temple ». Après deux à trois bonnes semaines de navigation, il touche terre à Acre où se trouve un bâtiment conventuel. Là, il va être affecté avec sa suite, à une unité de Templiers à Jérusalem, au Château Pèlerin, ou encore à Acre même, où il va retrouver la formation de Turcopoles qui lui a été affectée. Il va effectuer à partir de son point d’attache, des « caravanes » de plusieurs jours en quadrillant sa portion de piste à surveiller sans relâche, dormant à la belle étoile, et vivant comme un bédouin. Il va apprendre la frugalité, le prix de l’eau, le calme du désert, l’art du camouflage, et ce sixième sens qui fait d’un néophyte, un soldat d’élite. Il est débarrassé des réunions de chapitre, des messes à répétition. Il peut se donner à fond dans son nouvel emploi, pour lequel il a été formé. Il a le crâne rasé pour des raisons d’humilité, mais surtout pour l’hygiène.
L’habillement du chevalier, et de ses hommes, emprunte beaucoup plus à la coutume locale qui protège de la chaleur, mais l’équipement de combat est celui de base. Au bout de quelques jours de caravane, il sent plus mauvais que son cheval, car il n’a pas d’eau pour se laver. Lors de son retour de patrouille, il fait son rapport au Maître puis regagne sa cellule de moine après un bon bain pour laver sa crasse et le sang séché de ses ennemis pourfendus. Son armement consiste en un chapeau de fer sur une calotte de cuir, une épée à bout rond, tranchante des deux côtés. Elle est faite pour frapper « de taille » et non d’estoc. Il a aussi un haubert sur des braies, un gambison de cuir, un casse-tête à pointes, et un écu portant les couleurs de l’Ordre, le tout pesant une cinquantaine de kilos.  Pour porter tout cela, un cheval de bataille qui est souvent un percheron, seule race de cheval capable de porter un tel poids au combat, qui peut durer quelquefois plusieurs heures.

Des trafiquants de tous poils commercent avec tous ceux qui ont de l’argent. Ils vendent des armes modernes aux mahométans, et rapportent en occident les tissus de coton, le mohair, le taffetas, la mousseline, le café, les artichauts, les aubergines, les citrons, les oranges, les épices, les rosiers et les échalotes (qui poussent bien sûr à Ascalon). Urbain III va même promulguer une bulle interdisant ce type de négoce très lucratif (qui heureusement ne sera que peu respectée), sous peine d’excommunication.

Les Templiers seront de tous les combats – ils perdront plusieurs centaines des leurs -, et lorsque Saint Jean d’Acre tombera aux mains des musulmans le 28 mai 1291, ils n’auront plus de raison d’être. Les Chevaliers du Christ n’ont plus de Lieux Saints, ni de pèlerins à protéger. Toutefois, ils constituent un état dans l’état – un état bien organisé, riche et armé -. Le roi de France qui est jaloux de ses prérogatives, forme le dessein de les éliminer. Pour cela il fait valoir au Pape leur inutilité à présent que les Lieux Saints sont perdus. Les Templiers sont fait prisonniers au cours d’une rafle gigantesque, qui a lieu le vendredi 13 octobre 1307. Clément V promulgue dans la foulée, une bulle « Vox in excelso » qui supprime l’Ordre « Le dit Ordre du Temple, son habit et son nom ».

Leur procès, qui est un summum en fait de duplicité et de mauvaise foi, envoie une bonne centaine d’entre eux au bûcher. On a recours aux bonnes vieilles méthodes, qui vont faire leurs preuves pour envoyer plus tard Jeanne d’Arc au bûcher. Le Grand Inquisiteur de France se surpasse. Sous la torture, les moines soldats avouent tout et n’importe quoi. Le Maître Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay nieront jusqu’à la fin toute compromission de quelque sorte que ce soit. Ils sont donc remis à la justice laïque. Ils sont brûlés sur l’Ile aux Juifs le 18 Mars 1314. Le roi Philippe le Bel et le Pape Clément mourront la même année. A noter que le Pape Clément à absous « secrètement » de Molay, et de Charnay avant leur mort, ce qui sous-entend qu’il voulait se laver les mains de cette ignominie, et en rejeter l’entière responsabilité sur le roi de France. En l’occurrence la justice immanente est bien plus efficace que celle des hommes.

Les moines soldats de l’Hôpital qui deviendront au fil des siècles, Chevaliers de l’Ordre de Malte, n’auront plus rien de religieux, ni de militaire au sens donné par la règle des Templiers.

Les mahométans auront réussi à vaincre, plus par la division des nobles croisés qui ont continué à s’entre-déchirer, au lieu de réellement prendre fait et cause pour la défense des Lieux Saints, sans idée sous-jacente de pouvoir et de profit.

(1) Les sept chevaliers fondateurs de l’Ordre du Temple sont les suivants :

* Hughes de Payns (originaire de Payns en Champagne)
* Geoffroy de Saint Omer (originaire de Saint Omer en Flandre)
* André de Montbard (originaire de Bourgogne)
* Payen de Montdidier (originaire de la Somme en Picardie)
* Geoffroy Bisol (originaire de Frameries dans le Hainaut)
* Rolland (originaire de Provence)
* Archambault de Saint Amand

Bibliographie :

Les grands ordres de chevalerie, A. Chaffanjon, Paris 1970
P. Coles, La lutte contre les Turcs, Paris 1969
Ghislain de Busbecq, Lettres, Paris 1748
La guerre au Moyen Age, Philippe Contamine, 1980.

© VAE VICTIS - LH GALEA - 2015
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
BIOGRAPHIE DES CHEVALIERS DU TEMPLE
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Quelques liens « secrets » entre la secte des ismaéliens des « hashashimes » et les Chevaliers du Temple
» Arn, chevalier du Temple
» Le temple d'Angkor Vat: un complexe trois fois plus vaste
» La Présentation de Jésus au Temple, Saint Théophane Vénard, commentaire du jour "Syméon prit l'enfant..."
» Identité des chevaliers de Saint-Jacques-Des-Guerets

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
ARCHE DES COMBATTANTS  :: BIOGRAPHIES-
Sauter vers: