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 BATAILLE D'AZINCOURT

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BUFFY1
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MessageSujet: BATAILLE D'AZINCOURT   Dim 26 Fév - 12:12

BATAILLE D’AZINCOURT  (25 Octobre 1415)

La Guerre de Cent ans ne fut pas une guerre continue, mais une succession de batailles. Elle commence en fait lors du mariage d’Aliénor d’Aquitaine (1) avec le comte d’Anjou, duc de Normandie, Henri Plantagenêt. Elle amène dans sa dot, le fief d’Aquitaine. Cette dot, lorsque le prince anglais devient roi deux ans après son mariage, fait de Henri (par ailleurs duc de Normandie), le vassal du roi de France. Cette guerre, ponctuées de batailles, d’émeutes, d’épidémies de peste, de soulèvements, d’exactions et d’atrocités de toutes sortes commises par les « compagnies » ou les routiers, va user plusieurs rois de valeur inégale, et plonger la France dans une récession dont elle mettra longtemps à se relever.

Les Français qui ont, quelque soixante-neuf ans plus tôt, lors de la bataille de Crécy, vu leur chevalerie mise à mal (2) par des archers et des piétons anglais, ne se rappellent plus cette défaite. Ils vont rééditer en plus désastreux, leur malheureuse tactique. Les Anglais ont développé au cours du siècle précédent, alors que les bouches à feu ne sont pas encore employées dans la guerre d’alors (3), des unités d’archers – principalement gallois – qui sont munis d’un arc en bois d’if, dont la corde est en chanvre (4). Ils constituent l’artillerie légère qui manque face à la cavalerie lourde mise en ligne par les Français. Leur tactique est simple : occuper une hauteur (ce qui ralentit la charge de cavalerie), se protéger derrière des pieux et des haies, tirer sur les destriers puis lorsque les chevaliers sont à terre, les piétons les achèvent, ou les font prisonniers à rançon.

Azincourt constitue ce que l’on pouvait faire de pire dans l’art de la guerre, compte tenu des expériences passées. Dès septembre, les Anglais ont débarqué environ six mille hommes près d’un village côtier, nommé Chef de Caux, il prennent la ville de Harfleur tout à côté, pour garantir leurs arrières, puis s’enfoncent dans le pays en direction de la Somme qu’ils ravagent. Les Français les poursuivent, puis tentent de leur barrer la route de Calais, vers laquelle ils se replient chargés de butin.

Le lieu situé entre les collines d’Azincourt, et Tramecourt a été fraîchement labouré. De plus il pleut des cordes. Les deux armées qui se font face, passent la nuit sur leurs positions. Du côté de l’armée française commandée par le connétable Charles 1er d’Albret, le terrain en bas de la colline, est encore plus boueux. La plupart des chevaliers n’ont trouvé aucun endroit pour se mettre au sec, aussi ils passent la nuit sous la pluie glaciale, sur le dos de leurs montures. Au petit matin, hommes et chevaux sont fourbus, englués dans une boue épaisse. Le tableau de Sir John Gilbert dépeint bien l’état des chevaliers français au petit matin.  La bataille s’annonce mal car les Anglais, dont l’armée est principalement composée d’infanterie, ont préparé les haies d’épineux et de pieux, devant leur arme miracle : les archers. Les chevaliers vont devoir charger dans la boue profonde en montant la colline.

Treize mille cinq cents Français vont affronter six mille Anglais. Henry V place des archers en coin, et d’autres sur ses flancs pour éviter d’être tourné. Ses combattants à pied sont placés au centre. Le roi se place en tête, entouré de sa garde. Le Duc d’York commande l’aile droite, le sire de Camoys l’aile gauche, et le duc d’Erpyngham les archers. En face d’eux, la masse imposante de la chevalerie française qui se groupe pour l’attaque. Cette multitude qui tient à montrer ses couleurs, se voit obligée de remiser les étendards, car ils empêchent de voir le champ de bataille. Elle repousse en arrière les chevaliers peu titrés, afin d’avoir à elle seule la gloire de la victoire.

Les négociations menées par les deux parties n’aboutissant pas, la bataille est inéluctable. Vers 10 heures du matin, les Anglais prient, genou en terre. Henry V fait avancer ses troupes – à l’exclusion des archers – de six cents mètres pour les placer à l’endroit le plus étroit du champ de bataille. Il réduit ainsi la capacité de la charge de cavalerie lourde, et permet ainsi à ses archers de cribler (5) les cavaliers.

La chevalerie entassée sur trois rangs lance la charge ; tout de suite les chevaux lourdement chargés, fatigués d’une nuit sans repos réel, glissent dans la boue, et s’abattent les uns sur les autres. L’ordre revenu, les Français lancent une deuxième charge qui finit dans le même désordre. Deux autres charges connaissent le même sort. Il faut noter qu’à chaque charge, les archers anglais abattent un bon nombre de chevaliers qui se sont approchés de leurs positions. Les corps des hommes et des chevaux ajoutant à la défense des positions anglaises. Derrière l’avant-garde sont massés les quatre mille hommes de pied, certains en armure (6), commandés par les comtes d’Aumale, de Dammartin et de Fauquemberques. Les chevaux blessés, libérés de leur fardeau, courent en tous sens en ajoutant au désordre. Les soldats à pied s’avancent pour engager le combat. Ils arrivent même à faire reculer les troupes anglaises. Toutefois les archers obscurcissent le ciel de leurs traits. Englués dans la boue qui ralentit leurs mouvements, obligés de se protéger des flèches qui tombent dru, les chevaliers ne peuvent même plus lever leurs armes. Les Anglais en profitent, enfoncent la ligne française, et le massacre commence. Les coutiliers anglais égorgent les chevaliers à terre sans faire de quartier. Les rescapés refluent vers la deuxième ligne qui est en train de s’ébranler créant ainsi une confusion extrême.

Les Anglais commencent à faire des prisonniers à rançon. Ils sont quelque centaine qui ont rendu leur épée, et qui attendent, lorsque le Seigneur d’Azincourt, Rifflart de Palmasse et Robinet de Bournonville attaquent avec six cents paysans, le camp des  Anglais. Ils y sèment le trouble, pillent les bagages royaux, s’emparent même de l’épée royale, d’une couronne et d’une partie du trésor royal. Henry V craignant de devoir se battre sur deux fronts au cas où les chevaliers prisonniers viendraient à reprendre les armes, ordonne de les exterminer.
Les soldats protestent, car ils voient de somptueuses rançons leur passer sous le nez, mais le roi menace de faire pendre ceux qui n’exécuteront pas ses ordres. Les chevaliers prisonniers sont égorgés, massacrés jusqu’au dernier (7). Ceci fait, Henry V se retourne contre la troisième ligne qui commence à charger, et la met en fuite. Ysambart d’Azincourt se replie également avec ses hommes et son butin royal.
A 17 heures, la bataille est terminée. Le lendemain matin, Henry V donne l’ordre d’achever tous les blessés qui gisent encore sans soins, sur le champ de bataille.

Le bilan de cette bataille qui se place aux deux tiers de la guerre de Cent Ans est désastreux. La chevalerie française est décimée. Elle ne jouera plus de rôle prépondérant au cours des futurs affrontements. Elle a perdu six mille chevaliers dont le connétable, plusieurs ducs (Jean 1er d’Alençon, Edouard III de Bar, Antoine de Bourgogne), cinq comtes, quatre-vingt-dix barons, le conseiller et chambellan du roi Charles VI qui meurt quelques semaines après la bataille, de ses blessures.

Les Anglais ont perdu treize chevaliers, dont le duc d’York (tué par le duc d’Alençon), ainsi qu’une centaine de soldats piétons.

Outre les pertes humaines, la gestion du royaume est fortement compromise par la mort d’un nombre conséquent de baillis et de sénéchaux, qui prive la France de ses cadres administratifs et militaires. La « piaffe » (Cool des chevaliers leur a été fatale, comme leur indiscipline chronique. Une ère nouvelle s’ouvre : celle de l’artillerie dans laquelle la France va exceller, tout comme les Ottomans. Les Anglais négligeront cette arme
S’en tenant à leurs archers, et perdront la guerre, lors de la bataille de Castillon.

Notes
(1) Aliénor (ou Eléonore) mariée en premières noces avec Louis VII, homme très pieux et fort ennuyeux, le cocufie et le ridiculise à tout va. Au cours de la deuxième croisade elle tombe amoureuse de l’oncle du roi, Raymond de Poitiers en Terre Sainte. C’en est trop, le mariage sera annulé pour cause de parenté au deuxième degré.
(2) Crécy, où Philippe VI de Valois aligne 20.000 armures et 100.000 piétons se heurte aux 12.000 hommes (dont ¾ d’archers) d’Edouard III. La chevalerie française perd 4.000 chevaliers et les Anglais 300 hommes.
(3) L’emploi systématique de l’artillerie à poudre par les Ottomans, n’est pas encore parvenu aux oreilles des tacticiens français.
(4) Le fameux long bow illustré par le bandit d’honneur Robin des bois. Arc en bois d’if de 2,10 m de long, envoyant à cadence rapide des flèches de  70 à 90 grammes, d’une vitesse initiale de 200 km/h et d’une vitesse de chute de 130 km/h. La portée est de 165 à 228 mètres. Ne perce pas les armures au-delà de 60 mètres.
(5) Les archers anglais tirent 10 flèches à la minute, contre 2 carreaux à la minute pour les arbalétriers français.
(6) L’armure de bataille, épée comprise pèse environ 35kg. Se mouvoir dans la boue glissante, et combattre tient de l’inconscience pure.
(7) Le Duc de Brabant n’a pas été reconnu, et a donc été massacré comme les autres.
(Cool Mot français du moyen âge définissant la fierté vaine de certains nobles.

Bibliographie :

Azincourt, Philippe Contamine, Julliard, 1964
Les lions diffamés, Pierre Naudin, 1978
La guerre de Cent ans, Jean Favier, 1980


©️ VAE VICTIS - LH GALEA - 2015
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