ARCHE DES COMBATTANTS


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 LA CHEVALERIE FRANCAISE

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BUFFY1
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MessageSujet: LA CHEVALERIE FRANCAISE   Dim 26 Fév - 12:15

LA CHEVALERIE FRANCAISE (11ème siècle)

BIOGRAPHIE

La chevalerie tire son nom de la racine cheval. En effet l’impétrant qui va faire ses « classes » se doit de posséder deux chevaux de guerre, plus un ou deux chevaux de bât. Il est accompagné d’un ou deux écuyers qui mènent les bêtes, l’aident à revêtir son armure, l’aident à enfourcher son cheval de bataille, portent son étendard et le protègent autant faire que se peut des attaques dans son dos. Pour mener cet arroi simplissime il faut être riche, car un cheval de bataille est très onéreux, sans parler de l’armure qui est « sur mesure ». A tout cela il faut ajouter les armes, lance de combat, lance de joute, masse d’armes, épée de combat, écu de joute, écu de combat, bassinet, tabard brodé à ses couleurs répétées sur le tabard de ses écuyers. Le chevalier va devoir monnayer ses services auprès de son suzerain afin d’équilibrer ses finances.

Le jeune Tancrède qui vient au monde dans le château de ses parents en terre de France, s’il ne meurt pas en bas âge – comme 3 enfants sur cinq – d’une fièvre quelconque, va être materné par sa mère jusqu’à ses 10-11 ans. Si les châtelains sont pour la plupart ignares et analphabètes, les femmes le sont totalement, car une fille se doit aux tâches ménagères et à l’enfantement (1). Une fille instruite peine à trouver un mariage intéressant. Donc, Tancrède ne va pas être éduqué intellectuellement par sa mère. Le chapelain du manoir s’il est lui-même peu ou prou cultivé, va lui inculquer des rudiments de latin, lui apprendre à lire et à écrire, ainsi que l’histoire de ses aïeux. Si Tancrède est venu au monde dans un grand château, il lira dans le texte les écrits des grands philosophes grecs et romains. Au plus tard a onze ans, son père va l’arracher aux délices de la gymnastique intellectuelle, pour le mettre incontinent à la gymnastique du corps.

Le père de Tancrède est un chevalier qui est rentré de Terre Sainte avec quelques beaux souvenirs, quelques blessures, et sans un sol vaillant. Il a dû reprendre en main son domaine quelque peu ensommeillé, remettre ses serfs au travail, et commencer à récupérer les tailles en retard. Il compte sur son fils pour le seconder rapidement d’autant qu’il a maintenant quarante ans (2). Du point du jour jusqu’au coucher du soleil, le jeune homme ne va pas avoir une minute de libre. Un des écuyers de son père va lui apprendre l’équitation, le commandant de la garde va lui faire faire des armes pendant des heures. Dès qu’il saura maîtriser son cheval, il va faire des armes à cheval, et se mesurer à la quintaine. Au fur et à mesure qu’il va grandir et forcir, ses armes vont devenir des armes d’homme, lourdes et meurtrières. Il va apprendre à entretenir sa monture, et ses armes. Puis il va revêtir la cotte de maille (3), ce qui va l’alourdir d’une vingtaine de kilos. Il va devoir se battre à pied et à cheval, avec ce poids supplémentaire. Se relever seul une fois à terre, et se battre avec sa longue épée en changeant fréquemment de main, ou utiliser la masse d’arme. Dans sa quinzième année il est court, râblé, avec un torse musculeux, des bras anormalement musclés et des jambes pareillement musclées. Il a les cheveux courts, coupés au bol selon la mode d’alors (4). Son père, satisfait de ses progrès, l’emmène à la chasse avec lui pour le distraire de ses exercices exténuants. Il va lui apprendre le monde de la vènerie, ses lois et ses traditions, comment faire le pied des différents gibiers puis les abattre à l’épieu ou à l’arbalète, sinon à l’arc (5), et les achever à la dague.

Il apprend par cœur les dix articles (6) du code d’honneur du chevalier :

1- Tu croiras à tout ce qu’enseigne l’Église, et observeras tous ses commandements
2- Tu protégeras l’Église
3- Tu auras respect de toutes les faiblesses, et tu t’en constitueras le défenseur
4- Tu aimeras le pays où tu es né
5- Tu ne reculeras pas devant l’ennemi
6- Tu feras aux Infidèles une guerre sans trêve et sans merci
7- Tu t’acquitteras exactement de tes devoirs féodaux, s’ils ne sont pas contraires à la loi de Dieu
8- Tu ne mentiras point, et seras fidèle à la parole donnée
9- Tu seras libéral, et fera largesse à tous
10- Tu seras partout et toujours le champion du Droit, et du Bien contre l’Injustice et le Mal.

Puis vient le jour où son père lui offre sa première armure, que le forgeron de la ville voisine lui a montée à ses mesures. Elle est doublée de molleton pour ne point blesser aux articulations. Il essaie le bassinet qui maintenant remplace le heaume dans lequel le chevalier ne voyait que devant lui et qui était – bien avant l’invention – une véritable cocotte-minute. Avec ce cadeau, son père lui offre un destrier de combat qui est en général un percheron, seul capable de porter un tel poids (7), et de galoper lors d’une charge. Il est quasiment prêt à guerroyer, mais il n’est pas chevalier. Il va devoir quitter son père qui va le placer comme page soit auprès de son suzerain, soit auprès d’un autre châtelain de ses amis. Il part seul avec ses armes, muni des dernières recommandations paternelles et maternelles, vers son destin. La vie d’un page est encore plus dure que celle qu’il a vécue au château paternel. Il dort dans la paille d’une grange bien aérée, et continue à faire des armes toute la journée. Il est sous les ordres du châtelain qui ne laisse rien passer, étant très à cheval sur la discipline. Les aventures galantes, l’alcoolisme, les rixes et les incartades verbales sont mal vus et même punis (Cool. S’il est bien noté, il va servir d’écuyer tranchant (9) au châtelain lors du repas du soir. Il restera debout derrière celui-ci tout au long du repas, veillant à satisfaire ses besoins.  

Dans la tour de garde, l’olifant sonne l’alarme. Une troupe s’approche du château. En tête trois bannières aux léopards du royaume d’Angleterre, suivies de picquenaires gascons arrogants, et d’archers vêtus de maille, coiffés du chapeau de fer à large bordure. Le seigneur qui a déjà guerroyé reconnaît le chevalier qui mène cette bande. C’est Robert Knolles que les Français appellent Canole, avec une bande de routiers embauchés par Richard III pour ravager la France. Ils viennent pour tenter d’envahir ce château et massacrer sa garnison. Pendant que les arbalétriers (10) tiennent en respect les gueux, le seigneur, ses écuyers, ses pages et ses hommes d’armes s’équipent, passent leur bras gauche dans les énarmes (11) du bouclier, puis dans un bruit de tonnerre passent le pont-levis. Ils se ruent sur les routiers. La bataille devient générale, les routiers font demi-tour et s’enfuient. De retour au château, le seigneur complimente et réprimande ceux que son regard d’aigle a surveillés pendant l’engagement. Il appelle le page Tancrède qui s’est battu avec courage, ainsi qu’un sergent. Il les informe qu’ils seront adoubés le surlendemain. Le chapelain veille à instruire les deux impétrants afin qu’ils deviennent dans le futur de vrais prud’hommes (12). Il leur fait réciter les dix commandements du chevalier, leur fait revêtir une longue chemise blanche, puis les emmène dans l’église du château où ils vont prier la nuit entière. La veillée d’armes est la première des épreuves du futur chevalier. Sur l’autel repose son épée qu’il a choisi d’appeler « Vaillance ». A l’aube, le chapelain, le seigneur et les dames du château en grande tenue entrent dans l’église pour ouïr la messe.

Les dames et certains assistants, entonnent le  Speciosus Forma (Beau pour la forme) qui précède la cinction de l’épée. Un chevalier de l’assistance attache la ceinture de cuir qui soutient le fourreau de Vaillance, puis se tourne vers le Christ en croix, et prononce les mots traditionnels : « C’est Vous Seigneur, qui avez ordonné à Votre serviteur Tancrède de Vélines, d’être ceint de cette épée ». Après une génuflexion devant le Crucifié, il touche Vaillance et prononce : « Si je te ceins de cette arme, c’est à la condition que tu sois le champion du Seigneur ». Le chapelain s’approche alors des armes et du casque, puis demande au Seigneur de les bénir en prononçant : « Bénissez cette épée et ce heaume, Seigneur, afin que votre serviteur devienne désormais, contre la cruauté des hérétiques et des païens, le meilleur défenseur de l’église, des veuves et des orphelins, ainsi que de tous ceux qui servent Dieu. Bénissez cette épée et ce heaume, Seigneur. Puisse votre serviteur qui a surtout Votre amour pour armure, fouler aux pieds ses ennemis, et demeurer à l’abri de toute atteinte ».

A ce moment, le chapelain prononce un prêche de circonstance, pour conclure : « Seigneur qui régnez dans les Cieux, donnez-lui la force et la vaillance dont il aura besoin pour assurer la Justice, et maintenir la Vérité. Donnez-lui l’argument de la Foi, de l’Espérance et de la Charité. Donnez-lui la crainte et l’amour, l’humilité et la persévérance, la patience et l’obéissance. Disposez de cet homme comme il sied, afin qu’en tenant cette épée, il ne frappe jamais injustement personne, et qu’il protège avec elle tout ce qui est juste et tout ce qui est droit ».

Il s’approche de l’autel, et saisissant Vaillance. Il ordonne : A genoux Tancrède de Vélines ! Le jeune homme s’exécute, et le chapelain dépose la lame sur ses paumes tendues. « Reçois-la au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ». Puis il lui ordonne de se relever. Le chapelain entre Vaillance dans son fourreau, vérifie le bon ordonnancement de la ceinture, recule, et prononce : « Sois ceint de l’épée, ô noble damoiseau, qu’elle te serve pour la bonne cause ». Le jeune impétrant tire son épée, la brandit trois fois, puis passe la lame, comme s’il l’essuyait, sur son bras gauche.

La cérémonie religieuse est terminée, maintenant va commencer la cérémonie officielle de l’adoubement dans la cour du château. Devant tous les habitants du château revêtus de leurs plus beaux atours, le futur chevalier s’avance, toujours en chemise blanche. Son futur écuyer, et ses aides apportent les pièces de son armure, sa lance, son écu, et sur un coussin de velours noir une paire d’éperons dorés. Dans un grand silence, son écuyer le débarrasse de sa ceinture d’armes qu’il dépose sur un tapis, l’aide à quitter sa chemise, puis en commençant par le bas, il ajuste les éléments de l’armure, sauf le bassinet. Il attache d’abord l’éperon gauche, puis le droit aux talons du jeune homme.

Le seigneur du lieu en grande tenue saisit Vaillance, et l’accroche à la ceinture. Le damoiseau courbe la tête. Le seigneur laisse alors retomber son poing sur la nuque du jeune chevalier (12). L’assistance laisse éclater sa joie, puis se précipite pour complimenter le jeune chevalier. Ce n’est pas tout à fait fini. Son écuyer lui amène son destrier tout harnaché de blanc, sur lequel il va devoir sauter en selle sans toucher à l’étrier. Le seigneur commande : A cheval, chevalier !! Sur le dos de son cheval, on lui tend sa lance qu’il cale sur son coude droit, puis il fonce sur la quintaine. Il doit atteindre le bas du poteau qui supporte la quintaine, et le déchausser. La cérémonie de l’adoubement est terminée.

L’adoubement est différent sur le champ de bataille. Le futur chevalier s’agenouille, et son parrain le touche par trois fois de son épée sur les épaules. Et malheureusement, souvent point de belles dames pour venir le complimenter. C’est son parrain qui va choisir la composition de son écu.

Il faut noter que lorsque le roi lève l’ost (13), les châtelains se doivent de déférer à l’appel, et d’emmener avec eux selon l’importance de leur seigneurie, un certain nombre de lances (14).  

Bibliographie :

Les lions diffamés, Pierre Naudin, 1978
La guerre de Cent ans, Jean Favier, 1980

Notes :

(1) Des châtelaines instruites se multiplieront au fur et à mesure de l’arrivée des troubadours porteurs du trobar-clus, chantres du « fin ‘Amor » tel Guiot de Dijon. Ce qui compensera la rudesse de la vie de château.  
(2) Un homme de quarante ans est considéré comme un vieillard à cette époque.
(3) Chasuble en fil d’acier maillé protégeant des coups de taille mais pas d’estoc. Les plus réputées proviennent de Chambly dans l’Oise.
(4) Châtelains et vilains ne se distinguaient pas dans la coupe de leurs cheveux. Dans le haut moyen âge, les nobles se laisseront pousser les cheveux.
(5) Un célèbre chevalier en son château de  Mauvezin (65), Gaston Phébus, écrira un ouvrage très détaillé sur l’art de la vénerie.
(6) Pendant des dix commandements de la chrétienté. Aux origines de la chevalerie, Guillaume d’Ostrevant reçut de l’évêque de Cambrai les 8 règles auxquelles les Chevaliers devaient obéir : Entendre tous les jours la messe à jeun. Mourir s’il le faut pour la foi. Protéger les veuves et les orphelins. Ne faire aucune guerre sans raison. Ne pas favoriser les causes injustes, mais protéger les innocents opprimés. Etre humble en toute chose. Garder les biens de ses sujets,  
(7) Le chevalier muni de ses armes de combat avoisine les 100 kilos sinon plus.
(Cool Il existe tout un lot de peines applicables aux pages, qui vont du fouet au bannissement et même à la mort pour les cas de viol et d’atteinte à l’honneur de l’épouse ou de la fille du suzerain.
(9) L’écuyer tranchant présente les plats à son seigneur, lui verse sa boisson  et lorsqu’il est saoul, l’emmène à sa chambre à coucher.
(10) Les arbalétriers tirent des flèches empennées de cuir, ou de plume, qui ont des fers de différentes formes : avec section triangulaire ou carrée ce sont des boujons, le carreau s’appelle dondaine, le vireton est une semi-dondaine, le barbillon est une flèche à pointe barbelée, le passadoux est doté d’un fer triangulaire et plat, la darde plus longue possède un fer long et lourd et enfin le matras est équipé d’un fer cylindrique ou quadrangulaire destiné à briser les membres.
(11) Les énarmes étaient le nom des anses à l’intérieur du bouclier, dans lesquelles le chevalier passait son bras. Lors d’une chevauchée, le bouclier est suspendu à son côté, maintenu par la « guige » qui est une courroie de cuir.  
(12) Un prud’homme est un homme de valeur.
(13) C’est la « colée » ou la « paumée »
(14) L’ost est constitué par les vassaux du souverain et de leurs hommes d’armes. Cette armée comprend les chevaliers bannerets, les chevaliers, les écuyers et la piétaille. Les frais d’entretien incombent aux vassaux. Ces derniers ne devaient déférer que quarante jours par an.  
(15) Une lance est une unité de combat, qui se compose de dix cavaliers équipés, que protège  la piétaille en nombre égal ou supérieur.  


©️ VAE VICTIS - LH GALEA - 2015
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