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 LA LIBERATION D'ORLEANS

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BUFFY1
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MessageSujet: LA LIBERATION D'ORLEANS   Dim 26 Fév - 12:18

LA LIBERATION D’ORLEANS  8 Mai 1429

Cet épisode mineur au regard militaire, initie la première reculade des armées anglaises, qui jusqu’alors ont dominé les Français sans conteste. Les armées du roi ont une sainte terreur des yeomen anglais (Crécy et Azincourt sont encore dans toutes les mémoires). Même lorsqu’ils auront une supériorité numérique, les grands capitaines refuseront le combat. Il s’agit d’une guerre qui a commencé en 1152, lorsqu’Aliénor d’ Aquitaine épouse Henri Plantagenêt, et qui finit en 1482 par le traité d’Arras, qui va réunir la Bourgogne à la France.

La délivrance d’Orléans par Jeanne d’Arc, avec le concours des troupes réunies par le roi Charles VII, se place en l’an de grâce 1429. Ces troupes sont assez disparates du fait que les deux tiers des terres de France sont occupés par les Anglais. Avant d’aborder la libération d’Orléans, nous allons visiter les armées en présence.

L’armée française est constituée de troupes royales en faible nombre, car payées irrégulièrement par un royaume désargenté, du fait que les impôts ne rentrent pas. Nous notons aussi quelques troupes menées par des grands feudataires tel Gilles de Rais, et ses mercenaires bretons. Ou Jean II d’Alençon (une tête creuse) vivant au-dessus de ses moyens, qui cherche surtout à récupérer ses terres sous contrôle anglais. Il y a également un fort contingent d’Ecossais qui adorent régler le compte des Anglais qui leurs tombent entre les mains. Puis un fort contingent de « compagnies ». Comme elles représentent un effectif assez important, il est bon d’en parler. Un « capitaine » de compagnie est souvent un chevalier dernier né d’un fief dominé par un château branlant, donc sans avenir. Il a sous ses ordres une bande de chenapans, de sac et de corde, promis à celle-ci en cas de capture. Son emploi dans les troupes royales est parfaitement codifié. Ce capitaine doit réunir un certain nombre de « lances » qui est une unité tactique, c'est-à-dire un cavalier muni d’un harnois de combat complet monté sur un cheval de bataille protégé comme  son cavalier, plus quelques hommes d’armes équipés et montés, avec les incontournables valets d’armes montés ou à pied. Ces derniers (appelés coutiliers) sont munis d’un long coutelas qui sert à égorger les prisonniers sans valeur qui se rendent. Ceux qui ont une quelconque surface, quand ils sont pris, clament en hurlant « je suis le chevalier X, et je vaux cinq mille livres », dût-il vendre ses derniers moutons en Angleterre, et mettre sa famille sur la paille. Les valets l’entraînent à l’écart de la tuerie en attendant l’avis du capitaine. La rémunération dépend du nombre de nobles fait prisonniers dont la rançon est variable. La piétaille est expédiée dans un monde meilleur. Ce capitaine – qui connaît sur le bout des doigts, les armoiries de tous les chevaliers - est incorporé dans les armées royales avec sa suite, sous couvert d’une « lettre de retenue » valable « autant qu’il plaira au roi ».

Du côté anglais, l’armée royale est également constituée de grands feudataires avec leurs troupes, et surtout des yeomen. Ces derniers provenant de la campagne avec leur arme favorite : l’arc en bois d’if. Ce sont les meilleurs tireurs à l’arc de l’époque, en tir courbe ou en tir tendu. Leur tactique qui fait leur force – et aussi leur faiblesse – (1) est  de se retrancher derrière des pieux ou des fagots de bois, destinés à ralentir cavaliers et piétons afin de les abattre plus facilement. Ils ont peu de « compagnies », et les contrats d’embauche sont légèrement différents des Français. La lettre de retenue est communément appelée « endenture » car après signature, elle est découpée en zigzag dans le sens de la hauteur.  Une moitié est détenue par chacun des signataires. Même chasse au prisonnier doré sur tranches. Là aussi la piétaille est vouée à la mort.

Dès lors, on peut s’interroger sur le pourquoi de la présence libre de cette piétaille, qui est vouée à périr en cas de défaite. Les soldats à pied, en compagnies ou non, se paient sur l’habitant ; ennemi s’il est sur une terre anglaise et même ami, lors de leurs passages dans les bourgades qu’ils mettent à sac. Le vilain est fourré dans son pétrin, sa femme et ses filles violées, son cheptel volé puis revendu aux vivandiers de l’armée. Quand le vilain est tué, sa femme et ses filles finissent en général dans un lieu mal famé pour gagner leur vie. Quand c’est l’inverse, le vilain rejoint une compagnie où il va essayer de se « refaire ».

Les Anglais étant en infériorité numérique, ils occupent (avec leurs alliés français) le nord de la France, Paris, la Bourgogne, la Normandie, les côtes vendéennes et l’Aquitaine (où ils boivent du meilleur). La prise d’Orléans est donc un enjeu stratégique. La possession de cette ville permet de couper le roi de France de son royaume de Bourges, l’affaiblir financièrement, et le mettre ainsi à la merci du roi d’Angleterre. Salisbury avec quatre mille hommes qui a vainement tenté de prendre Orléans par surprise, a conquis le fort des Tourelles qui commande l’entrée du pont de la rive sud, quand il a la tête emportée par un boulet. Bedford le général anglais voit son meilleur capitaine disparaître faute de canons.

Son successeur, Talbot, doit assiéger une ville d’une cinquantaine d’hectares avec à peine cinq mille hommes (mille Bourguignons sont rentrés chez eux). La décision d’assiéger étant prise, le général anglais va essayer de bloquer les accès routiers de la ville, pour couper son approvisionnement.

Il disperse ses troupes tout autour de la ville : Une position d’archers sur l’île aux Bœufs (sur la Loire à l’est de la ville), une position d’archers sur l’île aux Toiles (au sud de la précédente), une bastille (bastille de Saint Jean le Blanc, sur la route du même nom), une bastille (bastille des Augustins).  Celle-ci couvre au sud (route de Bourges) le fort des Tourelles (six cents hommes), situé en face de la ville de l’autre côté du fleuve. A partir de ce fort vers l’ouest le fort Saint Privé sur la route du même nom qui suit le fleuve sur sa rive gauche. En face au milieu du fleuve, la bastille de l’île Charlemagne. Sur la rive droite en face de ce dernier la bastille de la Croix Boisée qui verrouille la route de Blois. Entre ces deux postes, le Camp Saint Laurent (quartier général).

Un peu au nord de celui-ci, le fort Londres qui garde la route de Patay, puis le fort Rouen, et enfin en allant vers l’est, le fort Paris qui garde la route de Paris. Il installe aussi une bastille sur la route de Fleury (Fleury les Aubrais), et à l’extrême est, la bastille Saint Loup (cent cinquante hommes) qui garde la rive droite avant l’entrée de la ville. Son dispositif est très serré vers l’ouest et le sud, léger au nord et lâche à l’est, sa clé se trouve au Fort des Tourelles. En cas d’attaque d’un de ses forts, Suffolk ne  peut compter sur aucun renfort, sans affaiblir un autre point.

Or donc, l’armée royale de Blois avec sa Pucelle, ses bâtards royaux, ses capitaines accompagnés de leurs compagnies arrivent à éviter les Anglais, passent entre les bastilles puis entrent dans Orléans par la porte de Bourgogne, la seule non gardée par les troupes de Suffolk. Elle y trouve tous les bourgeois sous les armes, ayant raflé toutes les salades, brigandines, piques, pertuisanes, épées et autres casse-tête, dans les armureries locales. Le 4 mai, mis en verve par la présence de la Pucelle, sans doute après avoir fait honneur à la dive bouteille, voilà nos braves miliciens qui sortent en trombe de la ville (laissant Jeanne à l’adoration de la foule orléanaise), pour se ruer vers le Fort Saint Loup (celui qui est isolé à l’est). Les hurlements d’encouragement de la foule pour ses vaillants miliciens réveillent Jeanne qui se fait équiper, saute sur son cheval, et étendard au vent fonce vers la bataille. Elle croise les premiers blessés qui reviennent. L’armée un peu honteuse s’ébranle à son tour, ainsi que les capitaines de compagnies qui espèrent trouver une bonne rançon à se mettre sous la dent.

Les Anglais sont restés les yeux ronds. Quoi !! Un millier de Français osent attaquer cent vingt Anglais ? C’est une première. Ils se battent comme des diables, puis à la nuit complètement épuisés, demandent à se rendre à rançon. Les bourgeois très énervés refusent. Les survivants s’enferment dans le clocher de l’église démolie. Au cours de la nuit une quarantaine de moines sortent du bâtiment en chantant, le maître de chapelle Rais – qui a de l’oreille - s’écrie « mais, ils chantent faux ! », et voilà les Français de courir après les faux moines, et de les massacrer. Seul un petit nombre se réfugie à la bastille de Fleury (ce qui fait une belle course). Jeanne pour qui c’est le baptême du feu, rentre à Orléans en déplorant tous ces morts. Les capitaines de compagnies sont furieux contre ces bourgeois stupides, qui ont tué sans discernement des hommes qui valaient leur pesant de livres tournois.

Les généraux et capitaines de compagnies pensent à une attaque sur les Augustins et Tourelles. En y regardant de plus près, on peut constater que les capitaines se lèchent les babines à l’avance en songeant aux rançons, que les Ecossais sont les seuls à vraiment détester les Anglais, que les princes du sang avec le bâtard en tête ne font la guerre que pour des masses de fiefs et d’argent, que les bourgeois d’Orléans ne se battent que pour la sauvegarde de leur ville, et enfin que Jeanne n’est là, qu’aux ordres du « Roué des Chieux » pour dégager la voie. Tous, sauf la Pucelle, établissent des listes de futurs prisonniers argentés, priant le dieu des soudards, que ces damnés bourgeois ne les massacrent pas avant qu’ils leur aient mis la main au collet.

Le vendredi 6 mai, les palabres vont bon train dans l’état-major français ; attaquer les six cents anglais de William Glasdale (déjà isolé), avec cinq mille hommes semble être une entreprise dangereuse. Jeanne enrage ; elle prend la tête des bourgeois survoltés, Rais et ses bretons, la Hire et ses bandits, les Ecossais, le bâtard avec l’armée royale, et fonce sur le pont de bateaux qui a été construit. Sous la pression, la garnison de Saint Jean le Blanc évacue sa bastille, puis se réfugie aux Tourelles sous l’aile de Glasdale. Une contre-attaque anglaise, sortie des Augustins, au cours de laquelle Jeanne manque de peu de se faire prendre, sème la débandade chez les Français.

Les Français se ressaisissent, et se lancent à l’attaque des Augustins. Jeanne étant blessée au pied, les troupes françaises se retirent hors de portée pour reprendre leur souffle. Dans l’après-midi, les Français enlèvent la bastille des Augustins à laquelle ils mettent le feu. La Pucelle rentre à Orléans sous les ovations. Dans la nuit, les Anglais évacuent Saint Privé en laissant Glasdale isolé. Le samedi 7 mai, l’état-major – hors la présence de Jeanne – décide de ne pas l’attaquer. Jeanne, outrée, après avoir dit ses quatre vérités au Bâtard, se met à la tête des bourgeois en armes, et se présente à la porte de Bourgogne. Elle y trouve porte close, le gouverneur Gaucourt lui interdit la sortie. Le ton monte de part et d’autre.  Sérieusement bousculé, il doit lui ouvrir néanmoins les portes. Jeanne et son étendard, suivie de la horde vociférante se rue vers les Augustins. Toute la matinée, les assauts se succèdent sans emporter de décision. Au premier assaut de l’après-midi, Jeanne est blessée d’un carreau d’arbalète au-dessus du sein droit, qui lui traverse l’épaule. Elle est emmenée à l’arrière sous les cris de joie des Anglais. Vers le soir, les Français qui commencent à se retirer, voient réapparaître Jeanne sur son coursier. Elle rallie tous les soldats, et remonte derechef à l’assaut avec un porte-étendard. Le rempart du boulevard est enlevé, les Anglais refoulés vers les Tourelles, dont la passerelle est en flammes. Alors que Glasdale suivi de quelques chevaliers qui couvrent la retraite, s’engagent à leur tour sur cette passerelle, celle-ci s’écroule, les précipitant qui dans les flammes où ils périssent brûlés vifs en poussant des cris affreux, qui dans la Loire où ils coulent promptement, en silence, alourdis par leur cuirasse.

Les bourgeois qui viennent de faire le tour en barque, forcent l’entrée sud, commencent à massacrer aveuglément les Anglais entassés dans le bâtiment comme harengs en caque. Les capitaines de compagnies ont les plus grandes peines à éloigner ces enragés. Quatre cents Anglais ont déjà péri, sur les six cents de la garnison. Les Français n’ont perdu tout au plus, que cent cinquante hommes.

Le dimanche 8 mai, toutes les cloches d’Orléans sonnent gaiement la libération de la ville. Suffolk, Talbot et Scales plient bagage précipitamment, laissant leurs blessés faute de moyens de transport, puis dans un dernier défi offrent le combat aux français. Ceux-ci sortent en désordre, et se rangent tant bien que mal, face aux formations anglaises impeccablement rangées sous leurs étendards. C’est dimanche, aussi Jeanne fait déployer un autel portatif devant les troupes. Les oraisons vont bon train. Au bout de quelques heures, les Anglais perdent patience, et s’en vont.

« Laissez aller, dit-elle. Il ne plait pas à Dieu que vous combattiez aujourd’hui. Vous les aurez une autre fois !! »

On chansonna sur toutes les terres royales :

« Arrière, Anglais couards, arrière
Ayez la goutte et la gravelle
Et le cou taillé rasibus !! »

Le surnaturel venait d’apparaître pour la première fois dans une guerre.

Si le mois de mai 1429 est faste pour Jeanne, le 23 mai 1430, elle est faite prisonnière devant Compiègne, et le 30 mai 1431 elle est brûlée sur la place du marché à Rouen.

Notes :

(1) Lorsque la position des archers est tournée, ils sont sans défense. L’affaire de Patay le démontre parfaitement.

Bibliographie :

Les lions diffamés, Pierre Naudin, 1978
La guerre de Cent ans, Jean Favier, 1980
Histoire de du Guesclin, S. Luce, 1876
Jeanne d’Arc, Régine Pernoud & M.V. Clin, Fayard, 1986
La pucelle, Hubert Monteilhet, Editons de Fallois, 1988


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