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 BIOGRAPHIE DE JEANNE D'ARC

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BUFFY1
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MessageSujet: BIOGRAPHIE DE JEANNE D'ARC   Dim 26 Fév - 12:21

JEANNE D'ARC

BIOGRAPHIE

Jeanne d’Arc voit le jour vraisemblablement en l’an de grâce 1412 à Domremy Nord, une bourgade des Marches lorraines, un jour de janvier. Son père, un métayer, jouit d’une certaine aisance, et sa mère Isabelle Romée (ce qui signifie qu’elle a fait un pèlerinage à Rome) très religieuse, à déjà fait quelques pèlerinages en l’honneur de la Vierge Marie. Elle a des frères et sœurs. A noter qu’elle n’a jamais gardé des moutons comme le croit l’imagerie populaire. Elle est très religieuse comme sa mère, et se tient loin de la gent masculine. Par contre, elle est souvent en oraisons. Elle entend des voix qui l’exhortent à délivrer le royaume de France des envahisseurs anglais.

A l’âge de dix-sept ans, sans l’assentiment de son père, mais avec la bénédiction de sa mère, (le 22 février 1429, jour anniversaire du roi) Jeanne gagne Vaucouleurs, dans le Barrois (qui lui, dépend de la couronne de France), pour convaincre le sieur Baudricourt de lui donner escorte afin de rencontrer le roi, et lui faire part de ses voix inspiratrices. Baudricourt subjugué, lui adjoint deux écuyers (Jean de Metz et Bertrand de Poulengy), plus un courrier – Colet de Vienne -. Ce dernier arrive à Blois, et prévient le roi Charles VII de l’arrivée de cette Pucelle inconnue mais au verbe diantrement persuasif. Elle se fait fort, lui dit-il, de reconnaître le roi – alors qu’elle ne l’a jamais vu – au milieu de la foule des courtisans. Le royaume dans l’état où il est, est prêt à accueillir n’importe qui, pourvu qu’il puisse le tirer d’affaire, alors pourquoi pas une envoyée du ciel. En chemin elle s’arrête à Sainte Catherine de Fierbois, une chapelle où les soldats prisonniers laissent des ex-voto en remerciement de leur libération, ou de leur guérison. Elle fait fouiller à un endroit précis derrière l’autel. Là on découvre une épée. Ce sera son épée miraculeuse, à la poignée garnie de quatre fleurs de lys.

La Pucelle est vêtue comme un homme, en chausses et hauts de chausse, ce qui lui garantit une protection immédiate contre les atteintes à sa pudeur – qui est fort chatouilleuse – (les chausses sont normalement reliées au gippon par six aiguillettes. Jeanne en a douze), elle monte à califourchon comme un homme son cheval. Elle arrive à Chinon avec les six hommes de sa suite. Elle se rend à l’auberge où le roi lui a fait réserver des chambres, pour elle et son escorte. Elle va se laver aux étuves, car de tout son voyage elle ne s’est lavée, et sent « comme sanglier en bauge ». La pucelle parle la langue d’oïl, par exemple en phonétique cela donne : « En nom dé, Messire, cheu croué ben qu’lé roué sera choyeux d’mé vouer ! » Elle demande son chemin pour aller à l’abbaye dire ses patenôtres, des passants, en riant, lui indiquent la direction, elle se retrouve devant un lieu mal famé (bourdeau en ce temps). Dans le langage coutumier d’alors « abbaye » veut dire bordel. Ça commence mal !!

Le roi la fait prévenir qu’il va la recevoir dans la grand-salle du « Grand Logis », le dimanche en fin de journée. Son Grand Chambellan, Georges de la Trémoille (qui est aussi son argentier), organise la réception où tout va être fait pour tromper Jeanne sur la personnalité du roi. Le « gros Georges » ainsi que l’appelle la cour, groupe tout le monde (trois cents personnes) dans la salle de réception du Grand logis dont les poutres sont mises à rude épreuve. On note la présence de Gilles de Rais (le futur Barbe Bleue), de Regnault de Chartres (l’Archevêque guerrier), de Gaucourt capitaine de Chinon. La Pucelle arrive à la porte de la salle emplie du caquet des invités, accompagnée du comte de Vendôme. Le silence se fait, elle entre et cherche des yeux le roi qui est caché derrière le volumineux Georges. Elle ne se laisse pas tromper par les présentations de rois factices, et se prosterne devant Charles. « Dieu vous donne vie, gentil roi » ; puis elle ajoute « Gentil Dauphin, le roi des Cieux vous fait dire de par Jeanne la Pucelle que vous serez sacré et couronné en la ville de Reims, comme Lieutenant du roi des Cieux, qui est roi de France ». Le roi s’empresse de la relever, puis l’entraîne à l’écart pour un entretien particulier.

Le vent du boulet est passé très près. En effet, la royauté de Charles est plutôt contestée, et de l’appeler gentil Dauphin, c’est donner crédit à ceux qui prétendent qu’il usurpe le titre de roi. De plus il a horreur de ce titre de dauphin. D’autre part, le « roi des cieux » est lui, roi de France – dans les cieux - et a choisi ce Charles pour être roi de France, en France !! Il sera épaulé par le Roi des Cieux pour être son Lieutenant sur terre. On peut noter que le Roi des Cieux a mal renseigné Jeanne sur les réalités du royaume terrestre de France. Charles se trouve à présent avec un problème supplémentaire. Tant qu’il ne sera pas sacré à Reims, il n’est qu’un roi intérimaire. Il est donc bien obligé d’aller dans le sens indiqué par Jeanne, et souhaiter que la fortune des armes lui soit favorable, sinon la conclusion sera que la grâce du « Roué des Chieux » lui a été refusée. Le roi assigne un logement à Jeanne et à sa suite, dans la grosse tour du Coudray qui communique avec le Grand Logis. Voulant en avoir le cœur net, il décide de la présenter devant un tribunal ecclésiastique – déjà – pour déterminer la validité de ses Voix. Auparavant, l’épouse de Gaucourt, et celle de Robert Le Maçon, ont vérifié la réalité de ce pucelage sur lequel tiennent toutes les affirmations de Jeanne. Au grand soulagement de tous, elle est bien pucelle. Le roi est inquiet tout de même, a-t-on idée de faire la guerre avec un pucelage qui peut se perdre de tant de manières imprévues.

Jeanne comparaît à Poitiers devant le tribunal ecclésiastique réuni en l’hôtel de la Rose. Devant l’archevêque de Reims Regnault de Chartres, Gérard Machet confesseur royal, Maître Seguin Recteur de l’Université de Paris. Elle ne se laisse pas démonter par les questions de cette cour, et remporte l’adhésion totale de l’aréopage. Jeanne, à présent va constituer sa maison militaire, qui est aussi étoffée que celle d’un prince du sang. Notons la présence, outre celle de Colet de Vienne et de Richard Larcher, de Jean d’Aulon, Louis de Coutes page, Ambleville et Guyenne hérauts, Frère Jean Pasquerel aumônier confesseur. Deux de ses frères, Pierre et Jean, la rejoignent. Les hérauts ont des états d’âme. En effet, ils vont porter les messages signés de leur maîtresse aux Anglais. Pour ceux-ci, elle est perçue comme une simple paysanne à qui son sexe interdit tout espoir de chevalerie. D’autre part, vu sa totale inexpérience de la guerre, il est exclu de lui donner une quelconque autorité militaire, donc elle ne sera pas reconnue en tant que soldat. Pour couronner le tout, elle entend des voix. Cela sera de la sorcellerie aux yeux des Anglais. Ces derniers pourraient très bien considérer que les hérauts de Jeanne sont ses complices, et leur faire un mauvais parti.

La Pucelle entre dans le vif du sujet en expédiant ses hérauts au Duc de Bedford – en fait à Suffolk, Talbot et Scales - à Orléans, porteurs d’un cartel qui contient de quoi faire pendre ces pauvres messagers. Elle les tranquillise : « les Anglais ne toucheront à un cheveux de vos têtes ». Le 21 avril 1429, Jeanne et sa maison militaire partent pour Blois. L’armée française, outre des Français (deux mille), compte des Italiens, des Ecossais – qui viennent régler en France leurs différends avec ces maudits anglais – des Espagnols (le tout mille hommes), les Bretons de Gilles de Rais (mille hommes). L’armée de Charles compte un nombre impressionnant de bâtards royaux ou princiers, qui vont se battre avec le Bâtard d’Orléans. Une armée quelle qu’elle soit (même peuplée de bâtards), traîne à sa suite des vivandiers, des marchands et de « filles folieuses ». Jeanne veut une armée pure, car c’est la pureté des mœurs qui permettra de bouter l’anglais hors de France. Pas de jurons impies, pas de débordements alcoolisés, pas de fornication hors mariage (les bâtards royaux ne sont bien sûr pas inclus). D’où une chasse éperdue aux « filles » qui encombrent la troupe, mais pas aux gitons de Gilles de Rais (Rais traînait à sa suite une chapelle de chantres qui étaient tous plus ou moins ses gitons). Jeanne n’y connaissait rien non plus en matière d’homosexualité. Heureusement d’ailleurs, car sans la troupe de Rais, la campagne eut été mort-née. Une colonne de ravitaillement part en direction d’Orléans, qui doit être délivrée du siège anglais.

Une soixantaine de chariots, cinq cents bêtes de somme bien chargées, plus un troupeau d’animaux divers, menés en tête par une troupe de moines qui chantent des psaumes censés attirer l’aide de Dieu, et accessoirement, tenir au large les entreprises du diable. A leur suite, chevauchant leurs destriers, les grands capitaines, Regnault de Chartres avec sa masse d’armes, Gaucourt, Gouverneur d’Orléans, Culan, amiral de la flotte (sans flotte), Ambroise de Loré, Jean de Brosse Maréchal de Boussac, Rais et sa chapelle de campagne, le boiteux Etienne de Vignolles dit La Hire (une cheminée lui est tombée dessus). Viennent ensuite les Ecossais, les chariots et les mules suivis des Espagnols qui mènent des bœufs bien gras, des Italiens qui mènent des vaches maigres. Les Bretons dirigent leurs cochons noirs, les Angevins leurs chèvres, et leurs moutons. Le « Veni Creator » entonné à pleine voix, souffre d’une cacophonie de meuglements, de bêlements et de grognements du plus bel effet ; le tout accompagné par les voix séraphiques des gitons de Rais. Il est des armées plus martiales. On est loin du cheminement silencieux, et austère des yeomen anglais !!

La Pucelle étrenne son armure. Lorsqu’elle s’aperçoit qu’elle se trouve sur la mauvaise rive de la Loire – choisie sans lui demander son avis -, elle tance le Bâtard Jean d’Orléans (Comte de Dunois), comme un vulgaire troufion. L’armée contourne la cité par le nord, puis entre dans une ville en liesse par les portes de l’est. Tous attendent la Pucelle comme un sauveur. Elle y retrouve un Ambleville hagard, l’œil affolé par les moments pénibles de la lecture du cartel de Jeanne, par un Suffolk très énervé. Il lui répète les paroles brutales du général anglais : « J’ignore si Dieu a condamné le royaume de France et d’Angleterre ….nous saurons tout ça là-haut… seule une sorcière peut avoir l’outrecuidance de le soutenir. Cette sommation condamne d’abord celle qui l’a écrite. Or les sorcières, même déguisées en chevalier, n’ont pas droit aux hérauts. Je vais faire brûler Guyenne, et vous Ambleville, allez dire à votre .…de pucelle que nous la ferons brûler dès que nous la tiendrons ». Pourquoi traiter Jeanne de… ? Tout simplement parce que si Suffolk admet la virginité de Jeanne, il lui prête d’autres plaisirs, réservés à ses yeux, aux sorcières. Or Jeanne – qui n’y connaît rien en fait de plaisirs charnels -, n’est pas muselée pour autant. Elle réexpédie le pauvre Ambleville qui sue sang et eau, avec une nouvelle sommation du même tonneau à Suffolk. Il revient porteur de mots forts, et injurieux que la pudeur nous interdit de reproduire ici. Il est aussitôt réexpédié avec de nouvelles sommations qui n’ont pas plus d’effet que la première. Ambleville en vient à penser que son espérance de vie se raccourcit à chaque voyage, car les menaces d’un Suffolk de plus en plus énervé, risquent bien d’être mises à exécution, s’il en vient à perdre son flegme anglais. Toutefois, son compère Guyenne n’a toujours pas été brûlé, ce qui lui redonne quelque confiance.

A Orléans, Jeanne épouvantée par des visions précises du carnage qui se profile, dispensées par ses Voix, se démène comme un diable dans un bénitier, pour engager les anglais à lever le siège, puis à retourner dans leur pays brumeux et humide. Elle a pitié de tous ces soldats anglais, gascons, bourguignons, qui vont être massacrés sur jugement du « Roué des Chieux ». A cheval tous les jours, elle fait le tour des fortifications, pour adresser ses appels aux assiégeants. Elle ne recueille que quolibets, insultes et blasphèmes. A chaque fois elle rentre dans Orléans en pleurant comme une Madeleine sur le sort futur, de ces gueux d’Anglais, sourds à ses admonestations. Jeanne aime d’un cœur égal, les chrétiens français, bourguignons et même anglais. Il est à noter que quelques semaines avant l’assaut, elle prédit qu’elle sera blessée au-dessus du sein droit par un carreau d’arbalète, ce qui ne l’empêche pas de caracoler à portée d’archer, pour envoyer ses missives dûment attachées à des flèches. Dès le samedi 30, elle se rend sur le pont d’Orléans sommer le dénommé Glasdale (qu’elle appelle Classidale), d’évacuer ses positions sous peine de mort. Les injures qu’elle reçoit en retour sont particulièrement dures. Le 1er Mai, le Bâtard tient un conseil de guerre en présence de la Pucelle. Il y est décidé qu’il va aller au-devant des renforts qui arrivent de Blois, et que Jeanne va rester à Orléans (où elle a encore un plein sac d’injures à essuyer). Le 2 Mai, la voilà repartie faire le tour des bastilles ennemies pour se faire insulter comme à l’accoutumée. Le Mardi 3, c’est la fête de « l’Invention de la Sainte Croix ». Jeanne processionne avec le peuple d’Orléans, et les malheureux soldats sur qui elle a mis la main, en chantant des cantiques.

Le 4 Mai à l’aube, l’armée de Blois et ses sept mille hommes, sont en vue. Tout ce monde entre dans la ville - avec armes, bagages et ravitaillement - qui est à présent, pleine comme un œuf. Les Anglais observent ce remue-ménage, mais ne bougent pas de leurs bastilles. À l’heure de la sieste, les bourgeois d’Orléans – un peu imbibés - armés de bric et de broc, foncent pour enlever la bastille Saint Loup, tandis que les armées du roi attendent un ordre. On passe son oriflamme à Jeanne par la fenêtre de sa chambre. Cette horde qui attend depuis sept ans une libération hypothétique, court les armes à la main défendre la vertu de leurs femmes et de leurs filles, jeunes et vieilles, laides ou jolies, pucelles ou non. Ils veulent défendre leurs maisons, leurs jardinets, leurs clapiers, leurs poulaillers. Ils se ruent vers Saint Loup, meublé de sa centaine de défenseurs. Peu à peu, l’armée se met en route derrière les fiers-à-bras enragés d’Orléans. A la nuit, les Anglais qui se sont battus courageusement à un contre vingt, demandent grâce. Les bourgeois, exaspérés de leur résistance, refusent. Ils sont tous massacrés, et Jeanne rentre à Orléans le visage baigné de larmes.

Le 5 Mai, le carnage est suspendu pour motif de fête. Le Bâtard convoque un conseil de guerre dans la maison où loge la Pucelle, sans l’inviter ; un comble !! (Ils sont jaloux de sa prestation). Jeanne tance copieusement le Bâtard pour sa fourberie.

Le vendredi 6 mai, on vise les Tourelles, défendue par le fameux Glasdale, l’insulteur de Jeanne. Les grands capitaines se ravisent, car attaquer les six cents Anglais des tourelles avec cinq mille hommes, est de trop grand danger. On croit rêver !! Les bourgeois et miliciens d’Orléans exaspérés par ces atermoiements, décident de régler le problème eux même avec Jeanne. Et revoilà notre Pucelle étendard au vent, suivie des fiers-à-bras d’Orléans, de Gilles de Rais, de La Hire, des Ecossais, des capitaines de compagnies puis enfin de l’armée royale. Jeanne étant blessée au pied, doit se retirer du combat. On la panse, et elle retourne au combat en boitant, avec un porte-étendard qui a ordre de brandir bien haut son oriflamme. La bastille des Augustins qui défend les Tourelles est prise ; les Anglais se replient. Jeanne et son étendard magique, rentrent à Orléans sous les vivats d’une foule enthousiaste.

Le 7 mai, le conseil royal qui statue – hors la présence de Jeanne qui se repose – décide de ne pas pousser l’avantage vers les Tourelles, et interdit toute attaque de Glasdale. Jeanne mise au courant déclare : « Vous avez été à votre conseil et moi au mien ; mais croyez que le conseil de mon Seigneur sera accompli et tiendra, alors que le vôtre périra », sur ce elle se rendort. De l’autre côté les instructions de Glasdale sont précises : « tuer cette Pucelle à tout prix », un vieux chevalier couturé, fait remarquer qu’elle est toujours couverte de face par la Hire et ses brigands, et derrière par Rais suivi de sa bande de mignons ; mais les ordres sont les ordres. En cours d’après-midi, alors que la bataille fait rage, Jeanne qui selon son habitude est en tête, attire tous les tirs d’arbalétriers et d’archers anglais. Un carreau d’arbalète la touche au-dessus du sein droit, et lui traverse l’épaule. Elle est transportée à l’arrière pour être pansée sous les cris de joie des Anglais. Un piéton touché de cette manière, en a généralement pour trois semaines de convalescence – si l’infection ne l’emporte pas avant - ; mais Jeanne après un court repos remonte en selle en fin d’après-midi, pour retourner au combat. Il est temps, car les Français commencent à faiblir. Jeanne en tête, se met à hurler « Rends-ti, rends-ti au roué des chieux, Classidas !! », mais Glasdale lui répond qu’il n’en a rien à « f… de ce p….. de roué des chieux », et continue de faire son devoir, il lui hurle sa rage « Sorcière, triple ……, que le Diable te crève ». Comme on peut le constater, l’exaltation du combat permet des sorties étonnantes. La bastille est enlevée ; Glasdale, ainsi que nombre de chevaliers anglais, pris dans la cohue, tombent dans la Loire où ils se noient, alourdis qu’ils sont par le poids de leur armure. La main du Roué des Chieux ne les a pas ratés !!

Jeanne épuisée, mais radieuse, rentre en ville prendre quelque repos. Le lendemain elle est réveillée par un vacarme de cloches qui sonnent à toute volée. Elle récupère son héraut Guyenne prématurément vieilli, car il vient d’échapper par miracle à une crémation imméritée. Les Anglais ont levé le siège, et se replient en bon ordre vers Patay. Ils offrent le combat aux Français qui acceptent. Jeanne, consultée sur l’opportunité de ce combat hésite car on est dimanche, jour du Seigneur. Elle fait transporter un autel portatif sur le front des troupes, pour célébrer une messe. Les Anglais dégoûtés, s’en vont vers Meung sur Beuvron. La pucelle revoit Charles à Tours. Elle s’impatiente car il faut aller à Reims pour le sacre. Le roi, qui lui, n’entend pas de voix, redoute un problème sur la route de Reims qui compromettrait la victoire d’Orléans. Il faut dégager d’abord Jargeau qui est enlevée le 12 juin. Jeanne reçoit une grosse pierre sur la tête, mais sa chapeline de maille la protège. La ville est abominablement pillée. Suffolk est fait prisonnier par un simple écuyer d’Auvergne, qu’il est obligé d’adouber, avant de lui remettre son épée. Jeanne pleure sur les cadavres de femmes et d’enfants massacrés par la soldatesque. Puis l’armée marche sur Beaugency dominé par son château alors branlant, qui est évacué sans combat par la garnison anglaise.

Le 18 juin, l’armée rejoint les Anglais qui se replient et se dirigent vers Patay. Les Français massacrent deux mille yeomen au prix de dix des leurs. Jeanne rejoint le combat qui se termine. Elle voit le fossé où les archers anglais massacrés baignent encore dans leur sang. Elle éclate en sanglots.

Charles se décide enfin à prendre la route de Reims au grand plaisir de Jeanne. Le convoi royal, plus son armée, s’ébranlent de Gien le 29 juin. Auxerre n’ouvre pas ses portes mais accepte de fournir des vivres, Troyes refuse toute entente, et doit être assiégée. Le 10 Juillet, Troyes ouvre ses portes – ce que Jeanne avait prédit trois jours avant –, l’armée peut enfin se nourrir. Le samedi 16 juillet, les bourgeois de Reims remettent les clefs de la ville à Charles. Les préparatifs vont bon train, car un sacre doit obligatoirement avoir lieu un dimanche.

Le dimanche 17 juillet 1429, en début de matinée dans les vapeurs de l’encens, et les chants liturgiques, le maréchal Gilles de Rais, le maréchal de Boussac, l’amiral de Culan et le sire de Graville entrent à cheval dans la cathédrale escortant l’abbé de Saint Rémy qui porte la Sainte Ampoule (qui est une ampoule de chrême ordinaire. L’original est à Paris). Puis ils démontent, et se placent de part et d’autre de l’autel. Le roi et sa suite entrent dans la cathédrale. Charles prononce le triple serment de fidélité à l’église, au peuple et à la justice. Au son du Te Deum, l’équipement royal : sceptre, couronne, éperons et main de justice est béni. Jeanne est radieuse ; elle ne se doute pas que ce sont des copies, car les originaux sont à Paris. Les six pairs laïcs étant absents, ils sont remplacés par des figurants, trois des six pairs ecclésiastiques manquent, dont l’un, l’évêque de Beauvais Pierre Cauchon fera la connaissance de Jeanne dans des moments tragiques. L’épée de connétable est une copie qui est tenue par Charles d’Albret. Le roi couronné, les trompettes muettes, Jeanne se jette aux pieds du roi de France en pleurant, et lui déclare : « Gentil roi, a présent est exécuté le plaisir de Dieu, qui voulait que je lève le siège d’Orléans, et que je vous amène en cette cité de Reims, recevoir votre saint sacre en montrant à tous que vous êtes le vrai roi. Celui auquel le royaume de Dieu doit appartenir ». Les parents de Jeanne ont fait le voyage pour admirer leur fille en grande tenue, au milieu de la foule des courtisans. A première vue c’est un sacre de carnaval, mais le lieu, et la présence de Jeanne, lui donne une aura de réalité tangible.

On pourrait penser que la mission confiée à Jeanne par ses Voix étant maintenant chose faite, elle se retirerait dans son Barrois natal. Hélas, notre pucelle va à présent continuer à guerroyer, à expédier des courriers ébouriffants aux grands qui se font la guerre, décidant qui est du côté du « roué des chieux » et qui est son ennemi. Le roi et son armée évacuent Reims le lendemain du sacre, en direction de Paris, qu’ils atteignent fin août. La Pucelle écrit beaucoup, et beaucoup de sottises, qui commencent à irriter le roi. Il essaie de la raisonner, mais elle est têtue et persuadée de l’infaillibilité de ses Voix. Paris est un morceau dur à enlever ; Jeanne décide que la victoire ne sera accordée, qu’à la condition d’une chasse aux « ribaudes » exceptionnelle. Chasse qui l’occupe une bonne semaine à l’ombre de la célèbre Basilique de Saint Denis. Pendant ce temps, au moins, elle ne pond pas de courriers désobligeants ; le roi s’en félicite !!

Un conseil de guerre – en présence de Jeanne - décide une attaque sur Paris par le nord de la ville. Sortant du conseil, Jeanne avise une « fille récidiviste » - qu’elle avait déjà chassée la veille - qui ose traîner devant le saint lieu. Elle dégaine son épée, se jette sur elle, et lui donne un coup du plat sur les fesses. Celle-ci doit avoir un arrière-train plutôt dur, car la lame casse – tous y voient un présage funeste -, laissant une Jeanne confuse. Le roi la tance sévèrement, d’avoir profané une telle arme lors de son accès de chaste fureur, plutôt que d’utiliser un bâton plus approprié. L’armée s’ébranle, et la bataille s’engage à la porte Saint Honoré. Jeanne est blessée au mollet, son porte-étendard au pied. Alors qu’il relève sa visière, il reçoit un vireton en plein front. Le roi va en rester là. Il retire son armée le 10 Septembre, au grand désespoir de Jeanne. Le 13, le roi et la Pucelle quittent Saint Denis après la messe.

Un conseil restreint décide que Jeanne a fait son temps, et qu’il faut la mettre à l’écart, si on veut pouvoir négocier intelligemment avec le Duc de Bourgogne. D’autre part le roi est en face d’un dilemme : s’il laisse Jeanne continuer à guerroyer, elle risque de se faire prendre par les Anglais, qui l’accusent d’avoir ensorcelé leurs yeomen ; s’il la remise dans un endroit tranquille, elle ne sera plus là pour galvaniser ses troupes. Le problème est ardu, aussi pour l’heure le roi suggère à la Pucelle de prendre du repos. Elle se rend dans le luxueux château de La Trémoille à Sully sur Loire où elle est dorlotée par Catherine, l’épouse du « gros Georges ». Ses parents et ses frères ont été anoblis avec transmission du titre en ligne masculine, mais aussi en ligne féminine. Son blason s’orne de deux fleurs de lys flanquant une épée d’argent pointée vers une couronne d’or sur fond d’azur.

Avant de se rendre à Sully sur Loire, elle veut à nouveau servir le roi. La Trémoille (qui a été vilainement rançonné par les routiers de Perrinet Gressart) lui fournit une petite armée, et l’envoie nettoyer La Charité sur Loire, qui est le repaire de cet écorcheur (1). Cette grosse bourgade est également une place forte d’une importance stratégique. Jeanne associée à ses Voix, enlève d’assaut Saint Pierre le Moûtier, mais échoue devant la Charité. Puis elle va prendre du repos chez le « Gros Georges ». A Sully, elle écrit, apprend à lire, et à signer de son nom. Elle ne reste que deux mois à Sully, puis quitte sa retraite dorée, sans l’autorisation du roi. Elle part pour Lagny, où avec un petit entourage, sans hérauts, et sans maison militaire, elle bat la campagne. Elle est devenue un chef de bande comme il y en a tant. Elle intercepte un chef de bande adverse (un nommé Franquet), qui est fait prisonnier, et ses trois cents hommes massacrés. Elle le remet au bailli de Senlis qui le fait décapiter sans languir. C’est le dernier succès de Jeanne, qui accompagnée seulement de Jean d’Aulon, de son frère Pierre, et de deux cents hommes du « condottiere » Barretta, est jetée à bas de son cheval par un archer picard, et faite prisonnière par les Bourguignons, lors d’une échauffourée devant Compiègne.

Jeanne va maintenant entamer la dernière partie de sa fulgurante vie terrestre. Ses Voix lui ont prédit sa capture, sa « via dolorosa », ainsi que sa mort en martyre de sa foi. C’est une prisonnière difficile, elle se débat, hurle, griffe, à tel point, qu’elle est serrée en geôle de manière plus dure que son sexe le laisserait prévoir. Elle a été prise sur les terres de Jean de Luxembourg, donc elle relève de l’évêché de Beauvais qui est aux mains de Pierre Cauchon. Le Grand Inquisiteur de France, et les chats fourrés de l’Université de Paris font des pieds et des mains pour l’arracher à son geôlier du moment – le bâtard de Wandonne -, qui va devoir la céder à son capitaine Jean de Luxembourg. A noter que quelque six ans plus tôt, Xaintrailles, ami de Jeanne, avait flanqué un bon coup de hache en travers de la gueule de Wandonne, qui l’année suivante avait été estropié d’une jambe et d’un bras. D’autre part, Jean de Luxembourg avait perdu un œil en 1420, et son nez en 1421. Ces deux massacrés considèrent avec jalousie le plaisant visage de Jeanne qui dès lors, n’a à espérer d’eux aucune pitié.

Pauvre Jeanne !! Elle est réclamée par le tribunal inquisitorial, ainsi que par un Bedford qui est prêt à débourser beaucoup d’argent pour rendre leur courage à ses yeomen. L’Anglais enlève le marché moyennant la somme de dix mille livres, à verser au comptant. Les manants de Normandie sont mis à contribution. Le complément est prélevé sur la cassette royale anglaise. Jeanne prise par les Bourguignons, est achetée à cette horreur de Luxembourg, avec de l’argent normand, pour finalement être jugée par des Français. Elle va tenter plusieurs évasions qui seront une série de ratés, ce qui lui vaut alors d’être enchaînée nuit et jour. Elle fait un séjour à Beaurevoir, à Arras puis au Crotoy, puis arrive enfin à Rouen le 23 décembre 1430. Un Warwick exultant la réceptionne et l’emprisonne. Ses conditions de détention sont très dures : elle est enchaînée sur un lit, gardée en permanence par deux soldats. Elle ne peut se laver, et l’odeur est insoutenable dans la cellule (elle refuse de se déshabiller sous les regards des soudards).

A présent, Jeanne est prisonnière de guerre mais la duplicité de Warwick va la faire juger par l’église en la personne de l’Evêque Pierre Cauchon, et du Grand Inquisiteur de France. Il s’agit dans un premier temps d’un procès de « diffamation d’hérésie ». Ce procès (qui débute le 9 janvier 1431) tient dans deux gros volumes plus deux autres du procès en nullité (sorte de procès en réhabilitation). Donc pour faire court, Jeanne va être interrogée sans relâche sur la réalité de ses Voix, et sa fidélité à l’église apostolique romaine. Son pucelage va être revérifié par un médecin qui constate l’intégrité de son hymen, mais relève également qu’elle n’est pas réglée. Ses conditions de détention sont légèrement assouplies. Elle peut se laver derrière un paravent, mais toujours sous la surveillance de deux gardes.

Ce procès en hérésie qui est absolument illégal du fait que l’accusée est détenue par des militaires, et non par l’Inquisition, débouche sur une accusation d’hérésie et une sentence « au mur, au pain de pénitence et à l’eau amère ». Une seule condition reste à satisfaire : Jeanne doit abjurer ses Voix (le jeudi 24 mai), ce qu’elle fait en riant, en apposant une croix sur le document d’abjuration (alors qu’elle sait signer son nom). Les assistants sont désagréablement surpris par ce rire ; un vent de folie souffle alors sur l’assistance. Les Anglais hurlent et insultent Cauchon. Elle doit quitter son habit masculin, puis revêtir une robe, on lui rase la tête (elle a des poux, et de plus elle est coiffée « au bol » comme un homme).

Puis advient la deuxième admonestation publique. Jeanne déclare : « Si je voyais le feu allumé, les bois préparés, le bourreau ou son aide prêt à mettre le feu, je ne dirais pas autre chose. Je soutiendrais ce que j’ai dit au procès jusqu’à la mort ». Il est clair que Jeanne a compris qu’entre les mains des Anglais, et des suppôts de l’Inquisition, ses jours lui sont petitement comptés, mais elle n’abjure point ses Voix. Le tribunal ecclésiastique est unanime, Jeanne doit être abandonnée au bras séculier comme relapse, hérétique et sorcière. Le dominicain Martin Ladvenu se tiendra à côté de la condamnée jusqu’à la fin de son supplice. Toutefois Jeanne ayant renié ses Voix en dernière extrémité, il lui est accordé les sacrements de la pénitence et d’Eucharistie, qu’elle reçoit avec joie et reconnaissance. Le 30 mai 1431, Jeanne est conduite en charrette sur la place du vieux marché, tête rase et en robe. Le bûcher a été dressé sur un piédestal, afin que tous puissent voir la « sorcière » brûler. Un dispositif militaire exceptionnel garde toutes les issues ainsi que la foule venue assister au supplice (2). Jeanne est affolée, ses Voix l’ont abandonnée. Pierre Cauchon lit la sentence définitive, et conclut « allez en paix ma chère fille, votre mère l’Eglise ne peut plus vous protéger ». Jeanne est alors coiffée d’une mitre sur laquelle on peut lire « Hérétique, relapse, apostate, idolâtre ». Elle s’agenouille en pleurant pour demander pardon à tous ceux qu’elle a offensés. Certains pleurent avec elle, d’autres rient, tandis que les soldats s’impatientent. Puis elle est amenée devant le bailli qui doit prononcer la sentence de condamnation laïque. Or il commande brutalement d’amener la condamnée au bûcher. C’est le dernier tour de Warwick. En effet si Jeanne est brûlée, c’est par un jugement religieux prononcé par des prélats français exonérant les Anglais de ce supplice. Cauchon en reste sans voix, et part en pleurant, refusant d’assister au supplice.

Jeanne est liée au poteau, elle invoque Saint Michel, le frère Isambard brandit un crucifix lié à une longue perche, afin que la condamnée l’ait sous les yeux jusqu’à la fin. Sur un signe de Warwick le bourreau met le feu aux fagots. Il se passe alors quelque chose d’étonnant : il est coutume d’étrangler le condamné (le retentum), avant que le feu prenne de l’ampleur, or les Anglais en érigeant le bûcher si haut interdisent cette pratique. Jeanne va périr d’abord asphyxiée avant de brûler. Dans ses derniers instants, elle crie « Jésus, Jésus », puis elle hurle lorsque les flammes l’enveloppent, sous les cris de joie des soldats, et de la foule. Elle meurt à dix-neuf ans, mais laisse un héritage qui va permettre l’évacuation du territoire français par les Anglais. Le roi de France n’a pas condamné à mort Jeanne, faute de soutien, mais en tolérant qu’elle aille jusqu’au bout de ses forces dans une guerre où sa présence – passés les miracles – était devenue de moins en moins nécessaire.

Nous pouvons noter que les accointances des humains avec le Ciel et ses Voix ne sont pas de tout repos ; la fin est souvent inattendue après une période de fastes miraculeux. Le Christ lui-même, reprochera à son Père « Père pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Notes :
(1) Ils ont été appelés « écorcheurs » car ils mettaient carrément « à poil » leurs prisonniers pour mieux les fouiller.
(2) Gilles de Rais grimé avec quelques complices a prévu de la faire évader. Mais les mesures de police sont telles qu’il doit renoncer.

Bibliographie :

La guerre de Cent ans, Jean Favier, 1980
Histoire de du Guesclin, S. Luce, 1876
Jeanne d’Arc, Régine Pernoud & M.V. Clin, Fayard, 1986
La pucelle, Hubert Monteilhet, Editions de Fallois, 1988


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BIOGRAPHIE DE JEANNE D'ARC
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