ARCHE DES COMBATTANTS


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 BATAILLE DE GAUGAMELE

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MessageSujet: BATAILLE DE GAUGAMELE   Sam 25 Fév - 14:47

BATAILLE DE GAUGAMELE

1er Octobre 331 Av. JC.

Pourquoi cette bourgade située à côté du champ de bataille, s’appelle Gaugamele ? En Perse cela signifie « Maison du chameau ». Selon la légende, Darius étant tombé dans une embuscade, parvint à se sauver grâce à la vélocité d’un chameau. En signe de gratitude, il fit construire à cet animal une étable confortable, et donna pour son entretien, les revenus du village voisin qui prit ce nom. Le 1er Octobre 331 avant J.C.,  la plaine de Gaugamele voit l’affrontement de l’armée macédonienne d’Alexandre le Grand,  et de l’armée de l’Empire Achéménide de Darius III.

L’armée macédonienne a déjà infligé défaite sur défaite, à Darius lors des batailles du Granique et d’Issos. L’espion Eumolpos de Soles, transmet à Alexandre des informations en vertu de quoi, un des généraux du Grand Roi – Mazeos - ne demande qu’à déserter en pleine bataille à condition de conserver la satrapie de Babylone.  Cette bataille va être titanesque pour l’époque, le Roi des rois aligne deux cent soixante dix-sept mille hommes, deux cents chars munis de faux sur les essieux, quinze éléphants de combat ainsi que vingt trois mille cavaliers.  Dans l’armée perse combat aussi une phalange de mercenaires grecs (1), sous le commandement de Memnon de Rhodes. L’épouse de Memnon,  Barsine et un de ses fils – Phraatès - est faite prisonnière par Alexandre. Ce dernier autorise son autre fils, Etéocle, à rejoindre son père. Elle n’est pas la seule prisonnière. Alexandre détient aussi Sisygambis qui est la mère de Darius, plus une bonne proportion des trois cent soixante cinq concubines ainsi que l’épouse légitime – de surcroît enceinte – (2) de celui-ci.

Les macédoniens alignent quarante mille hommes aguerris, bien armés ainsi qu’une unité opérationnelle de sept mille cavaliers. Alexandre se prépare au combat, en organisant – deux jours avant l’affrontement - pour ses officiers un symposion qui est une soirée bien arrosée avec des danseuses. L’une d’elle, l’hétaïre nommée Thaïs, a laissé des traces « palpables », puisque sa plastique lui a valu d’être choisie par le sculpteur Protogène,   comme modèle pour sa statue d’Aphrodite. A cette occasion elle a été déclarée « callipyge » de l’année. Alexandre laisse le symposion sous l’autorité d’un de ses généraux et ami ; Ptolémée. Ce dernier décide que le vin servi sera coupé d’une part d’eau (3). Il faut avoir les idées claires pour la bataille qui s’annonce.

L’armée Perse n’est plus qu’à une demi journée de marche.
   Le lendemain matin l’armée grecque commence à traverser le Tigre, grossi par des pluies, Il faut toute la journée pour faire passer sur l’autre rive, l’armée au complet. Les feux de bivouac s’allument en face de ceux des Perses. Les Grecs entendent les cris des guetteurs ennemis qui se répondent dans la nuit claire. Alexandre convoque ses généraux pour un conseil de guerre. Outre ses amis, on note les généraux Coïnos, Simmias, Méléagre, Polysperchon, Parménion, Cleïtos le Noir, Séleucos et Léonnatos. Tous se penchent sur le schéma du plan de bataille imaginé par le généralissime.

Alexandre expose les données du champ de bataille, Darius lancera ses chars pour désunir nos rangs et désorganiser la phalange, mais nous avancerons de biais par rapport à l’ennemi qui nous débordera du fait de son écrasante supériorité (1 contre 23). Nous essaierons de contourner la surface de terrain que Darius a fait aplanir pour manœuvrer ses chars. Dès que les chars bougeront, ordonnez aux hommes de faire le plus de bruit possible pour effrayer les chevaux. Quand ils arriveront à portée de tir, déclenchez le tir des archers et des frondeurs, qui devront viser les auriges. Dès que le reste des chars sera au contact, les rangs s’ouvriront pour les laisser passer ; les archers tireront les auriges et les lanciers. Quand la charge des chars sera terminée, la phalange avancera au centre, précédée par la cavalerie lourde des hétaïroï (4), et des attaquants Thraces et Agrianes. Je mènerai moi-même la Pointe (5) au travers de la formation perse. Il nous faut enfoncer et isoler leur aile gauche ; puis converger au centre et pousser Darius avec sa garde des Immortels contre la phalange. Les bataillons de Cratère et de Perdiccas devront résister au choc puis contre-attaquer. Parménion attendra le moment opportun pour en finir, avec trois bataillons de Pézétaïroï (6) et la cavalerie théssalienne. L’aile droite sera tenue par les alliés grecs, et les mercenaires de Cleïtos le Noir. Ils devront résister à tout prix aux manœuvres de débordement de l’aile gauche perse, afin de permettre à la Pointe de briser le centre de l’ennemi. J’ai encore une carte que j’abattrai demain au cours du combat. Reposez vous, car demain vous devrez donner toute votre énergie !! »

Alexandre quitte le conseil ; il se rend auprès de son cheval Bucéphale qu’il adore ; il lui annonce, que ce sera sa dernière bataille et qu’il ne le montera plus que pour parader. Puis il va faire ses adieux à  Sisygambis, mère de Darius. La souveraine aime Alexandre comme un fils, et elle a ce mot « demain sera une journée funeste pour moi, car quoiqu’il arrive je perdrai mon fils et ma patrie. Si tu perds et que tu es tué je perdrai un être que j’ai appris à aimer ». Après une caresse à Péritas son chien, Alexandre s’endort d’un sommeil calme.

Le Général Parménion le réveille en entrant sous sa tente. Le roi se lève, et encore nu, avale le  « gobelet de Nestor ». Ses ordonnances le vêtent, puis lui passent sa cuirasse, une autre lui apporte son bouclier et son casque en forme de tête de lion gueule ouverte. Le devin Aristandre qui a immolé une victime annonce au roi : Ce sera la journée la plus dure de ta vie, Alexandre, mais tu vaincras !!

Alexandre enfourche Bucéphale, lève la main, les trompettes sonnent ; la Pointe se met au pas derrière lui, il passent les limites du campement, et c’est alors qu’ils voient sous leurs yeux l’armée du Grand Roi. Elle occupe un front énorme derrière les cors de guerre, et les centaines de bannières. Le soleil qui se lève fait briller les armes. Alexandre contraint Bucéphale à marcher au pas à la tête de la Pointe. Derrière lui, l’armée commence à se déployer.

Un escadron d’hétaïroï  se jette en avant pour freiner l’ennemi. L’impact est effroyable, des centaines de chevaux roulent au sol entraînant leurs cavaliers. A terre ils commencent à se battre. Les Agrianes, entraînés par leur fureur barbare, se saisissent de leurs poignards, et se lancent dans la mêlée. Les sonneries de trompette annoncent l’arrivée des chars à faux perses. Ces machines diaboliques foncent sur le flanc gauche des Macédoniens. Une troupe d’ennemis se propulse de biais, traînant des fagots qui produisent une poussière impénétrable. Au commandement de Perdiccas, les trompettes sonnent à nouveau pour prévenir les fantassins de se tenir prêts. Ils ne voient rien dans cette poussière ; d’un seul coup, les chars émergent du nuage, quasiment au contact. En certains endroits les rangs peuvent s’ouvrir pour laisser passer les chars, dans d’autres ils fauchent les soldats grecs comme des épis de blé, leurs faux tranchant têtes, bras et jambes dans un horrible amoncellement de débris humains. Pourtant l’armée continue d’avancer derrière Alexandre, selon le tracé oblique qu’il a défini.

Le deuxième détachement d’archers agrianes se jette sur les auriges des chars à faux qu’ils massacrent.  Mais à ce moment la cavalerie lourde des Scythes et des Bactriens aux ordres de Bessos commence à repousser les escadrons d’hétaïroï, numériquement inférieurs, puis entame une vaste manœuvre d’enveloppement vers l’extrémité droite, peuplée des alliés grecs. Ceux-ci resserrent les rangs, et poussent leur cri de guerre,

Alalalaï !!
Ils opposent un mur de boucliers et de lances. Alexandre caracole tranquillement sur le champ de bataille suivi de son héraut qui porte l’étendard argéade dont l’étoile d’or brille sous le soleil déjà haut. C’est alors qu’une avalanche de cavaliers Parthes, Hyrcaniens et Mèdes s’enfoncent à toute vitesse entre les bataillons de Perdiccas et de Méléagre. Ils sont conduits par Mazeos. Parménion comprend que Mazeos entend délivrer la famille de Darius, et non déserter. Alexandre pousse son cri de guerre, puis entame une charge de cavalerie suivie de la Pointe, et de cinq escadrons d’hétaïroï. Ils s’enfoncent en coin vers le centre de l’armée perse qui est en train de manœuvrer. Heurtée de plein fouet et de flanc, la garde de Darius appuyée par les mercenaires grecs de Memnon réagit, mais est emportée par l’assaut des troupes d’Alexandre. Les mercenaires grecs et les Immortels contre-attaquent sans cesse, mais Alexandre et la Pointe, continuent d’avancer.

Mazeos, lui, a réussi à passer au travers des bataillons grecs ; il se précipite dans la tente de la reine Sisygambis et l’exhorte à le suivre. La vieille dame refuse. Etéocle lui aussi fait irruption dans la tente de Barsine pour l’enlever, et la ramener à son mari Memnon. Deux agrianes les tuent. Les troupes de Mazeos s’apprêtent à converger vers le centre du champ de bataille pour prendre à revers l’infanterie des hétaïroï et des thraces. Mazeos se croit vainqueur ; c’est alors qu’une sonnerie de trompette suivie du cri de guerre des guerriers des cavaliers thessaliens et macédoniens, retentit.

Alalalaï !!
La mêlée devient terrible. L’issue du combat commence à se dessiner. Alexandre continue d’avancer en direction du char de commandement de Darius, il lance son javelot, rate le roi, mais tue l’aurige. Darius fouette ses chevaux et fuit la bataille. Les Immortels (7) continuent le combat pour protéger la fuite de leur roi. La nouvelle (fausse) de la mort du Grand Roi, démoralise les combattants perses ; ils lâchent pied en fin d’après midi. Mazeos qui tenait la victoire se rend aussi. Il va retrouver son trône de satrape à Babylone.

La bataille de Gaugamele est terminée. Sur le sol on décompte du côté macédonien cinq cents morts et trois mille blessés ; environ cinquante mille tués ou blessés chez les Perses.

Notes :

(1) Une sorte de Légion Etrangère. A l’époque la notion de patrie est un concept qui n’existe pas.

(2) L’épouse retiendra son enfant en elle pour ne pas donner le jour à un fils de roi captif. Elle mourra dans des souffrances atroces.

(3) Il est habituel chez les grecs, et plus tard chez les romains, de mélanger dans un cratère, une part de vin avec une, deux ou trois parts d’eau fraîche selon le type de réception.

(4) Hétaïroï : Les Compagnons d’Alexandre. Ils constituaient la cavalerie lourde, au nombre de 1.800 chevaux. Ce corps de cuirassiers se décomposait en huit escadrons territoriaux (ilaï) de 225 chevaux (escadrons subdivisés, à partir de 330, en deux compagnies de 128 chevaux). Chacune des huit tribus macédoniennes fournissait un escadron, tels les Lyncestes, Orestes, Elimiotes, Emathies, Piériens, Eordéens, Bottiaiens et Amolpiens. Les cavaliers étaient équipés du sabre courbe (kôpis), de la javeline (xyston ou dory, munie d'un fer de 30 cm) et d'un petit bouclier rond de métal (pelta). Ils portaient un thorax de fer et étaient coiffés du casque thraco-phrygien. En guise de selle, une peau de bête (chabraque) était jetée sur le dos de leur monture.

(5) La Pointe : Unité d’élite, d’hoplites lourdement armés dont la tâche était de suivre « en pointe » l’avancée tactique d’Alexandre.

(6) Pézétaïroï : Nom donné aux soldats faisant partie de la phalange. Du temps d'Alexandre, la phalange est constituée de six régiments (taxeis) de Compagnons à pied ou Pézétaïroï. Ils n'ont pas de cuirasse, mais portent un petit bouclier rond suspendu au cou (la pelta, diamètre 60 cm). La longueur de leur lance, la sarissa, va évoluer dans le temps : de douze coudées (5,50 m) au IVe s. à vingt et un pieds (7 m) au IIe s. Par rapport à l'hoplite grec, on voit que les armes défensives encombrantes ont été sacrifiées afin de laisser la liberté de mouvements pour le maniement de lances sensiblement allongées. En somme, le phalangite est un peltaste qui a troqué ses légers javelots pour une lance longue, ce qui a radicalement modifié sa tactique de combat - le soldat individualiste (peltaste) est devenu un fantassin semi lourd, solidaire de ses voisins (phalangite). La phalange organisée par Alexandre comporte 3 premiers rangs et le 16ème rang sont constitués d’hoplites. Entre les deux se trouvent des soldats portant des sarisses et des archers. Les 12 rangs du centre sont prévus pour se déployer sur le flanc en cas d’attaque.

(7) Les Immortels constituaient une unité d’élite, dont les membres avaient tous la même taille, soit 1.80m


Voir la biographie d'Alexandre le  Grand

© Vae Victis, Lulu Press, 2011

Bibliographie :

Anabase, Arrien
Alexandre le Grand, Valério Manfredi, Le grand livre du mois, 1998
Xenophon, Oeuvres, 3 tomes, Garnier, 1932
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