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 LA CHUTE DE RHODES

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BUFFY1
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MessageSujet: LA CHUTE DE RHODES   Dim 26 Fév - 12:30

LA CHUTE DE RHODES   (22 Décembre 1522)

Les Turcs n’ont eu de cesse de conquérir Rhodes (1). En 1440 et en 1444, les Egyptiens tentent de conquérir l’Ile. Avec des pertes importantes, ils laissent de côté ce morceau trop dur à avaler. Mehmed II pense que Rhodes tombera aussi facilement que la capitale de l’empire byzantin. Il s’y essaie en 1480. Il se présente avec son armée devant les murs de Rhodes, qui sont tenus par les Chevaliers de l’Hôpital. Cent soixante navires, plus soixante-dix mille hommes sous les ordres d’un renégat (Michel Paléologue, ancien prince byzantin converti), mettent le siège autour de la cité. Durant quatre-vingt-neuf jours, les Turcs tentent de miner, et de détruire les fortifications. C’est en vain qu’ils s’élancent à l’attaque contre les quatre cent cinquante chevaliers, épaulés par les quatre mille mercenaires qui les repoussent. Des renforts, menés par le frère de Pierre d’Aubusson, Antoine, permettent de contenir les assauts turcs. L’artillerie turque ouvre enfin une brèche importante dans les murs, ce qui permet à Pierre d’Aubusson de lancer une contre-attaque à partir de cette ouverture. Trois mille cinq cents Turcs sont tués au cours de cette bataille. Après trois mois de siège, l’armée de Mehmed II rembarque avec vingt-sept mille blessés, en laissant neuf mille morts sur l’île. Michel Paléologue sauve sa tête de justesse devant la fureur sans bornes de Mehmed. Son fils Selim 1er le féroce, qui vient de conquérir l’Egypte est devenu le khalife de tous les musulmans. Il veut faire tomber Rhodes dans le giron de l’empire qui est en train de naître. A cette fin, il réunit une armée, mais alors qu’il est prêt à se jeter sur l’île, il décède brutalement. Son fils et successeur, Soliman le Magnifique (2) qui a déjà à son actif la conquête de la Hongrie, et de Belgrade, estime qu’il est temps d’en finir avec Rhodes, qui est comme une épine plantée dans son flanc.
 
Il réunit des moyens considérables pour abattre la possession des Hospitaliers dirigée par le 44ème Grand-maître, Philippe Villiers de l’Isle Adam. Rhodes est défendue par six cent cinquante chevaliers, deux cents Génois, cinquante Vénitiens, quatre cents Crétois et six mille Rhodiens. Les cours européennes, entièrement préoccupées par leurs luttes intestines, se désintéressent du sort de l’île. Comprenant qu’il va devoir lutter seul, le Grand-maître fait venir du grain de Naples et de Sicile, des volontaires de Crète. Il fait tendre une chaîne pour barrer l’entrée du port. Il fait couper les blés à demi mûrs, et les fait entreposer dans des silos sous le palais magistral. Juste avant le débarquement des Turcs, il fait raser les maisons des faubourgs afin de dégager le champ de tir des canons.

Le 26 juillet, paraît la flotte turque aux ordres du Kapudan Pacha « Amiral » Kurdoglu, transportant dix mille soldats de marine. Elle jette l’ancre devant le port, puis attend l’arrivée du Sultan. Ce dernier arrive, et débarque le 28 juillet, avec cent mille hommes, sous les ordres du séraskier (3) Mustafa Pacha, dans la baie de Marmaris. Ils y trouvent un désert. Alors que la flotte du Sultan est à l’ancre dans la baie, un navire commandé par le Français Prégent de Bidoux parvient à pénétrer dans le port en bousculant les Turcs, pour se mettre à la disposition des défenseurs.

Les Turcs prennent leurs dispositions pour le siège, puis lancent un assaut le 24 septembre. La veille, les hérauts turcs ont annoncé « Demain assaut, les pierres et le sol appartiennent au Padichah, le sang et les biens, seront aux vainqueurs ». Tous les assiégés ont reçu l’absolution générale, et sont prêts à mourir. Ils prennent leurs postes sur les remparts, en se donnant rendez-vous dans l’autre monde, que nous n’avons aucune peine à croire meilleur. Sous l’œil de Soliman, confortablement installé devant la ville, les Turcs s’élancent vers le poste de Provence, et le terreplein d’Italie. Une sonnerie de trompette commande « massez-vous en arrière ». Les assaillants arrivent devant un vide. Ils se font massacrer par les arquebusades et par l’artillerie qui ouvre le feu à bout portant. Ils reculent, en passant sur des monceaux de cadavres. Pendant ce temps, l’agha des janissaires donne l’assaut aux bastions d’Angleterre et d’Espagne avec quatre mille Syriens, et cinq mille mamelouks, tandis que les sapeurs minent le rempart.

Un bataillon turc atteint le bastion d’Espagne. Son agha parvient même à planter son étendard frappé du croissant. L’Isle Adam rameute des renforts, ce qui a pour effet d’amplifier le massacre qui devient alors général. Les janissaires se replient en bon ordre sous les yeux du Sultan, qui rentre sous sa tente en proie à une fureur sans égale. Mustapha Pacha (qui est le mari de la sœur de Soliman), est destitué, puis nommé gouverneur d’Egypte. C’est le troisième vizir, Ahmed Pacha, qui prend le commandement.  A ce stade du siège, les Turcs ont déjà perdu quinze mille hommes, dont cinq pachas et six cents officiers. Dans la ville, des femmes et des enfants ont été tués, ainsi que cent cinquante chevaliers par les boulets turcs qui pleuvent sans discontinuer. Parmi les chevaliers, citons Jean Le Roux de Pradines, qui après avoir tué sept adversaires, et tenu en respect un bataillon turc, succombe sous le nombre.  

Soliman est prêt à lever le siège, lorsqu’un traître parvient à l’informer que les chevaliers sont à bout, et qu’il doit persévérer. Il donne alors l’ordre d’ouvrir un feu d’enfer sur la ville. Mille pièces lancent sans arrêt des boulets de pierre, et de cuivre dont certains ont un diamètre de quatre-vingt-quinze centimètres. Les sapeurs s’efforcent de faire sauter les boulevards d’Angleterre, d’Espagne et d’Auvergne. Les Turcs lancent quatre assauts, ils sont repoussés à chaque fois avec de lourdes pertes. Le général turc Ahmed Ali réussit à faire sauter quelques bastions, puis ses troupes foncent à l’assaut après un feu roulant d’artillerie. Ils sont à nouveau repoussés avec des pertes sensibles. L’armée turque grignote lentement mais sûrement l’effectif des combattants, car un chevalier ou un soldat tué ne peut être remplacé. Les femmes, bravant tous les dangers, apportent du pain et du vin aux combattants, ou charrient de grosses pierres pour les lancer du haut des remparts.

Le 2 octobre, les Turcs attaquent le boulevard d’Angleterre, le 17 celui d’Espagne, le 20 la tour d’Angleterre. Le 30 octobre, le Grand Chancelier André d’Amaral (il est Portugais), est arrêté pour haute trahison. Son valet vient d’être surpris avec des messages pour le Sultan. Concurrent battu de l’Isle Adam à l’élection de Grand-maître, il en a conçu un grand dépit, allant jusqu’à la trahison la plus honteuse. Il est condamné à mort. Il va devoir entendre sa propre absoute, à genoux, crâne rasé, poignets liés, agenouillé près de son cercueil, dans l’église toute tendue de noir. Puis il est livré au bourreau des galères, un grand noir, qui lui coupe d’abord la main qui a tenu indignement l’épée, puis la tête. Le Grand-maître envoie deux chevaliers au camp des Turcs, porteurs d’une copie de la lettre écrite jadis par le grand père de Soliman, Bayezid II au Grand-maître assurant que l’Ordre conserverait Rhodes. Le nouveau séraskier Ahmed Pacha, déchire la lettre, et renvoie les morceaux par deux chrétiens prisonniers, auxquels il a fait couper le nez et les oreilles.
 
Un messager de l’Isle Adam parvient à forcer le blocus, pour demander à François 1er d’aider la garnison qui est à bout de forces. Le roi ordonne au chevalier d’Ancienville de réquisitionner les bâtiments stationnés en Provence, mais l’amiral gouverneur, René de Savoie, redoutant une attaque des Espagnols, refuse de se dessaisir de sa flotte. Deux caraques sont néanmoins envoyées vers Rhodes. Elles ne vont pas loin ; l’une sombre devant Monaco, l’autre en Sardaigne. La garnison et le peuple de Rhodes sont désormais seuls, face à leur destin.

La vie dans la ville est devenue un enfer. Deux terribles assauts le 22 et le 30 novembre, laissent présager la fin prochaine. Les défenseurs sont à bout de forces. L’assaut du 30, est enrayé par une pluie diluvienne qui noie vivants et morts, dans une boue sanglante. Les Turcs laissent trois mille des leurs dans les fossés. Le 22 décembre, les Turcs ont pris pied sur le boulevard d’Espagne, et il est clair que le prochain assaut emportera les défenses épuisées. Le Grand-maître répond aux propositions de reddition du Sultan par des conditions précises : Les églises ne seront pas profanées, les enfants mâles ne seront pas enrôlés comme janissaires, l’exercice de la religion chrétienne sera libre, le peuple sera exempt d’imposition pendant cinq ans, tous ceux qui voudront sortir de l’île en auront la permission, si l’Ordre n’a pas assez de vaisseaux pour les évacuer, les Turcs leur en fourniront, les forces chrétiennes, et les habitants auront douze jours pour embarquer leurs effets. Enfin, les chevaliers pourront emporter leurs reliques, l’artillerie qui équipe leurs galères, ainsi que leurs biens.  

Soliman accepte ces conditions, car il admire le courage de l’Isle Adam. Le jour de Noël, la guerre s’arrête, les pavillons de l’Ordre sont amenés, puis les couleurs du Sultan sont hissées sur les tours encore intactes. Avant de quitter Rhodes, Soliman veut rencontrer le Grand-maître. Les chroniqueurs de l’époque nous ont laissé un témoignage sur cette rencontre. Séduit par l’âge et la dignité de L’Isle Adam, Soliman lui dit « mon père, la douleur est pour moi, qui ai perdu la fine fleur de mes soldats pour ces murailles désolées… ». Il dira en privé « je suis désolé d’avoir chassé ce vieillard de son palais ».
Le 1er janvier 1523, cinquante navires sortent du port de Rhodes, les chevaliers presque tous malades, blessés, mutilés, quittent l’île pour toujours. Ils emportent leurs principales richesses, dont l’image miraculeuse de Notre-Dame de Philerme, la dextre de Saint Jean Baptiste et la Sainte Epine offerte jadis par Bajazet. Après bien des pérégrinations, nous retrouverons les chevaliers de l’Hôpital à Malte.

Soliman le Magnifique gardera toujours intacte l’estime qu’il a eu pour le Grand-maître Villiers de L’Isle Adam. Lorsque ce dernier meurt le 21 août 1534, Soliman ordonne que dans toutes les mosquées de son empire, soient lus les exploits du Grand-maître de Rhodes. Son ordre se termine ainsi : « Croyants, apprenez d’un kafir, comment on remplit ses devoirs jusqu’à être admiré, et honoré de ses ennemis ».

Bibliographie :

Ghislain de Busbecq, Lettres, Paris 1748
Le serviteur du prophète, Mika Waltari, Olivier Orban, 1979
Roxelane et Soliman, V. Corbul & M. Burada, Olivier Orban, 1987
Soliman le Magnifique, André Clot, , Fayard 1983
Histoire des Osmanlis, Von Ranke, 1839
Les Grands Ordres de chevalerie, A. Chaffanjon, Paris, 1970

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