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 BIOGRAPHIE DES CHEVALIERS DE L’HÔPITAL DE SAINT JEAN DE JERUSALEM

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BUFFY1
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MessageSujet: BIOGRAPHIE DES CHEVALIERS DE L’HÔPITAL DE SAINT JEAN DE JERUSALEM   Dim 26 Fév - 23:16

LES CHEVALIERS DE L’HÔPITAL  DE SAINT JEAN DE JERUSALEM
BIOGRAPHIE

De tous les ordres de chevalerie qui ont vu le jour lors des croisades, l’ordre des Chevaliers de Saint Jean, devenus chevaliers de Rhodes en 1310, puis chevaliers de Malte en 1530, est l’un des rares qui ait subsisté jusqu’à notre époque.

Le prologue des Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem commence bien longtemps avant la première croisade. Dès le début de l’ère chrétienne, des pèlerinages en direction des lieux saints ont eu lieu, mais c’est surtout après la construction de l’église du Saint Sépulcre par l’Empereur Constantin que l’habitude est prise. La foule des pèlerins va croissant. Le problème de l’assistance matérielle, sanitaire, sécuritaire de cette masse d’hommes, et de femmes, dont l’état de santé, à l’arrivée sur les lieux saints, se situe souvent aux portes de la mort, commence à se poser. Saint Grégoire le Grand qui occupe le trône pontifical de 590 à 604, envoie l’abbé Probus construire un hospice à Jérusalem. Mais la ville tombe aux mains des musulmans en 614. Malgré cela l’hospice est construit. Il est rasé par le roi Sassanide Chrosoés. Ce dernier multiplie les atrocités, jusqu’à ce qu’il soit chassé par l’empereur Héraclius. Pendant douze ans les pèlerins seront tranquilles, mais les musulmans reviennent, et les persécutions recommencent. Sous le règne du célèbre calife Haroun al Rachid la paix s’établit, et les persécutions cessent (8ème siècle). Pépin le Bref et son fils Charlemagne, ont envoyé des ambassadeurs au calife, ce qui vaut une reconnaissance, et une protection de fait des pèlerins qui se dirigent vers les Lieux Saints, ainsi qu’une tolérance amicale des établissements chrétiens en Terre Sainte. Des bénédictins fondent un hospice ouvert à tous les pèlerins, près de l’église Sainte-Marie, puis vers 870, ils se transfèrent dans Jérusalem, non loin du Saint Sépulcre.

A ce moment de l’histoire, Jérusalem est sous l’autorité des califes d’Egypte. Grâce aux bonnes relations des marchands d’Amalfi avec le calife Abu Tamin Bonesor, ce dernier leur concède un emplacement où construire leur hôpital, à côté du Saint Sépulcre. Ainsi apparaît à Jérusalem le premier xénodochium (1) tenu par des moines bénédictins. En premier lieu est construit le « monastère des Latins », puis un asile pour « les saintes et vertueuses veuves venues en pèlerinage ». Ils recueillent les pèlerins dépouillés de tout par les rezzous arabes. Il faut donc organiser dans une aile du monastère un hospice pour les pèlerins malades, « afin de leur assurer miséricordieusement le vivre et le couvert, et les consoler dans leur affliction ». Le monastère est dédié à un saint grec de Chypre, le bienheureux Jean Eleymon (appelé Jean l’Aumônier par les Latins). Peu avant la 1ère croisade, le supérieur de ce monastère est un dénommé Gérard (2). Après la conquête de Jérusalem par les croisés en 1099, Godefroy de Bouillon rend visite à Gérard, se fait présenter le personnel soignant, et témoigne son admiration pour le travail accompli. Il fait don à l’hospice de deux de ses fiefs, Montboon en Brabant, et Hessilia en Palestine. Gérard lui demande des volontaires pour renforcer le personnel. Quatre chevaliers croisés, dont Raymond du Puy, sont parmi les premiers qui répondent à son appel.

L’œuvre de Gérard est bientôt connue en Occident. De tous côtés affluent les dons. Rois, reines, grands seigneurs, simples particuliers, donnent des terres, des fiefs, des privilèges, et de l’argent. Les disciples de Gérard de plus en plus nombreux, se constituent en une organisation à la fois monastique et militaire. Les statuts de l’Ordre des Hospitaliers sont soumis au Pape Pascal II qui les approuve le 15 février 1113. L’Ordre est dorénavant désigné sous le vocable de

« ORDO EQUITUM HOSPITALIORUM SANCTI JOHANNIS HIEROSOLYMITANI »
« Ordre des Chevaliers de l’Hôpital de Saint Jean de Jérusalem »

L’Ordre, qui va être appelé couramment sous le vocable de Johannites, va très tôt ajouter à sa vocation première, une fonction d’hommes d’armes. Mais dans sa fonction hospitalière, il faut noter que le « xénodochium » de Jérusalem reçoit chaque jour des misérables couverts de crasse, de vermine, de plaies purulentes, des hommes et des femmes épuisés qui ont marché des jours entiers, sans manger à leur faim. A la mort de Gérard en 1120, Raymond du Puy est élu Grand-maître de Saint Jean de Jérusalem (3). Sous son impulsion, l’Ordre va se doter d’une force militaire plus étoffée, qui se battra aux côtés des Templiers jusqu’en 1291. C‘est sous  son magistère, que les membres de l’Ordre qui s’appelaient uniformément « frère servants les pauvres », seront divisés en trois classes, chevaliers, chapelains et servants.

En octobre 1187, après avoir tenu la ville sainte pendant quatre-vingt-huit ans, les croisés qui viennent de perdre le 2 Octobre, lors de la bataille de Tibériade, la plus grande partie de leurs troupes, évacuent Jérusalem. Le vainqueur magnanime, leur permet de le faire en bon ordre, afin de rejoindre leurs autres domaines en Terre Sainte. L’Ordre n’a pas démérité, car sous Baudouin IV, le roi lépreux, il a été sans cesse au combat. La ville sainte prise, le Sultan autorise l’exode général de la population, tout en permettant à dix Hospitaliers de rester un an pour prodiguer des soins aux blessés. La ville va être reprise par les croisés après des combats acharnés (4), puis reperdue jusqu’à la venue de Louis IX. La tolérance des Musulmans à l’égard des Hospitaliers est inspirée par le respect, car les Johannites ont de tout temps adopté le principe d’accueillir tous les malades ou blessés, qu’ils soient chrétiens, juifs ou musulmans (5).

Les Hospitaliers détiendront des châteaux forts tels que Margat, Belvoir, Le Sare, Bath-Gibelin, Belmont et le fameux Krak des Chevaliers (6). Lorsqu’ils perdront leurs forteresses, la fin de la présence chrétienne en Terre Sainte sera prévisible. Puis advient la chute de Saint Jean d’Acre en avril 1291. Malgré une défense opiniâtre des Templiers et des Hospitaliers, la ville tombe. Les rares survivants, blessés, mutilés se réfugient dans un premier temps à Chypre sur les terres des Lusignan. Le roi Henri leur concède la ville de Limisso (Limassol), mais ils ont aussi une commanderie en propre à Kolossi. Un chapitre général tenu à leur arrivée définit la politique de l’Ordre : rester le plus près possible de la Palestine pour être prêts à reconquérir les lieux saints à la première occasion favorable. Etablir un nouvel hôpital destiné aux pauvres et aux pèlerins. Protéger ces pèlerins en équipant une escadre de galères, qui vont devenir une redoutable force maritime. Ces galères sous le commandement d’un amiral, traditionnellement de la langue d’Italie, vont chercher les pèlerins jusqu’en Provence pour les amener à destination. L’Ordre complète son organisation, en évoluant vers un statut de république aristocratique, où le pouvoir du Grand-maître est contrôlé par le Conseil des Langues. On compte huit langues : Allemagne, Angleterre, Aragon, Auvergne, Castille, France, Italie et Provence. Chaque langue a à sa tête un « pilier ». Traditionnellement le pilier de la langue de France assume la charge importante de grand hospitalier. Ce conseil qui est un véritable parlement, va administrer les finances, la diplomatie et l’armée.

Chypre est une petite île, qui manque d’eau, ne produit que du sel, du sucre, du vin et du coton. Le brusque accroissement de sa population, suscite des tensions, qui vont croissant tant auprès du roi de Chypre, que de la population.  Une expédition militaire est décidée en direction de Rhodes. Cette île est vaste, assez loin de Chypre, pour ne pas être sous la coupe de Lusignan. Foulques de Villaret (7), aidé d’un corsaire génois, Vignolo Vignoli, débarque en novembre 1306 ou 1307 selon les écrits. Après des tractations laborieuses avec Andronic II Paléologue, l’île capitule en 1309 ou 1310. Les Hospitaliers vont faire de Rhodes un centre militaire redoutable, capable d’inspirer le respect, et même la terreur aux Turcs. La diplomatie de l’Ordre va mettre un soin particulier à rester neutre dans les conflits entre princes chrétiens, mêmes schismatiques (ce qui est rare pour l’époque), et surtout prendre ses distances avec l’empire de Byzance qui commence à donner des signes de faiblesse.  L’Ordre commence à battre monnaie.

Les Rhodiens autochtones, sont pour la plupart des marins audacieux dont la tradition maritime remonte au 3ème  siècle. Ce sont eux qui vont perfectionner le feu grégeois en ajoutant de la chaux vive au mélange de naphte, de soufre et de poix. Ils vont faire mieux, le moine Rhodien Callinicos va le rendre explosif, en y ajoutant du salpêtre. L’Ordre se donne comme mission première d’attaquer l’infidèle toujours et partout. La flotte s’étoffe de telle manière, qu’elle inspire de l’inquiétude aux grandes républiques de Venise et de Gênes. Il va le faire si bien, que les musulmans d’abord, puis les Turcs vont les redouter. Ce qui va les amener à mettre le siège devant Rhodes pour enfin arracher cette épine plantée dans leur flanc. En attendant, les Johannites vont construire un hôpital en 1395 ; il  est trop petit en 1437, et le Grand-maître Fulvian lègue sa fortune pour en construire un autre. Ce qui est fait sous le magistère de Jean de Lastic en 1440, puis terminé sous le magistère de Pierre d’Aubusson en 1478. Il existe encore de nos jours. C’est un édifice considérable, admirable dans son architecture mélangée byzantine, croisée, et orientale. Les Rhodiens l’appellent « Collachium ». Les chevaliers de Saint Jean de Jérusalem deviennent dès lors, chevaliers de Rhodes.

Mehmed II, après la prise de Constantinople, grignote lentement les possessions latines ; Mytilène, Nègrepont, Sinope, Trébizonde mais attend vingt-sept ans pour s’en prendre à Rhodes. Pierre d’Aubusson, le Grand-Maître a eu le temps de fortifier l’île, de la ravitailler pour un long siège, et de lancer des missions diplomatiques dans toute la chrétienté. Le 23 avril 1480, la flotte turque menée par Michel Paléologue, un renégat, met le siège devant Rhodes. Les chevaliers et le peuple de Rhodes forcent les Turcs à rembarquer. Mehmed II meurt ; c’est Soliman le Magnifique qui va s’occuper de Rhodes. Le 15 juin 1522, deux cent cinquante navires, deux cent mille combattants, soixante mille pionniers avec dix-huit mille janissaires se présentent devant l’île. Le siège va durer six mois avec des hauts et des bas. Le chancelier portugais André d’Amaral, jaloux de l’Isle Adam, trahit les siens ; il est démasqué et exécuté. Avant de se rendre, L’Isle Adam fait sauter les églises afin qu’elles ne soient pas profanées, et accepte la reddition du reste de ses combattants avec les honneurs de la guerre. Le 1er Janvier 1523, les membres de l’Ordre accompagnés de cinq mille Rhodiens s’embarquent pour l’exil ; ils font voile vers Candie. Puis se rendent à Messine. De là, ils vont errer en Italie et en France, avant de se trouver une autre île en méditerranée, offerte par Charles Quint.

Malte (Cool, et son île voisine Gozo est vassale du roi d’Aragon, en l’occurrence Charles Quint. 246 km2, d’une hauteur maximale au-dessus des flots de 250 mètres, elle est faite d’un bloc de calcaire bordé de hautes falaises, dans lesquelles la mer a entaillé des baies profondes, et de merveilleuses calanques. Elle commande surtout le trafic maritime entre l’ouest et l’est de la méditerranée. L’île a été occupée par les Arabes, et bien sûr, leur mode de vie (moutons et chèvres) a produit l’effet habituel : disparition des forêts, et par conséquent de l’eau.  Les Chevaliers de Rhodes vont devenir Chevaliers de Malte ; ils le resteront jusqu’à nos jours, fidèles à leur idéal d’aide aux démunis et aux malades, partout dans le monde. Ils vont résister victorieusement au siège de l’île de 1565, et collaborer activement à la victoire de Lépante sur les Turcs.
 
Nous finirons cette biographie en parlant des autres Ordres de chevalerie qui opérèrent, ou opèrent encore en Terre Sainte.

L’Ordre du Saint Sépulcre qui s’établit à Jérusalem en 1099, était à l’origine un collège de chanoines assurant la régularité des offices religieux, ainsi que l’entretien du Saint Sépulcre. En 1014, le patriarche Arnould de Roches leur imposa la vie conventuelle sous la règle de saint Augustin. Ils sont surtout voués à l’hébergement des pèlerins. Ils n’auront jamais de vocation militaire. Aujourd’hui, l’Ordre Equestre du Saint Sépulcre, qui dépend exclusivement du Saint-Siège,  apporte son aide aux œuvres du patriarcat Latin de Jérusalem.

L’Ordre de Saint Lazare, dont l’origine est identique à l’Ordre de Saint Jean, porte la croix de sinople à huit pointes de couleur verte. Ses frères accueillent et assistent les croisés. Lors de son premier séjour en Terre Sainte, Saint Louis ramena avec lui en France une partie des chevaliers. Quand il revint en 1251, les chevaliers de Saint Lazare l’accompagnaient à nouveau. Les chevaliers de l’Ordre de Saint Lazare furent de toutes batailles.

Pour terminer, il ne faut pas oublier un ordre qui survit de nos jours, et qui porte un nom quasi inconnu. La Milice Constantine de Saint Georges (9), à laquelle l’Empereur byzantin Isaac Comnène donna ses statuts en 1190 en leur imposant la règle de Saint Basile.

Notes :

(1) Selon l’étymologie grecque : Hôtellerie.
(2) Les historiens se disputent sur son origine. Selon certains, il serait originaire d’Amalfi (en Italie), selon d’autres, de Martigues (en France).
(3) Gérard n’a jamais porté ce titre. A noter que ce titre n’a été effectivement porté, qu’après l’arrivée de l’Ordre à Rhodes. Raymond du Puy appartient à la famille des du Puy-Montbrun, qui existe toujours.  
(4) Après les combats, les Templiers survivants ne sont plus que 33, et ceux de l’Hôpital 26.
(5) Saladin a envoyé aux Frères de l’Hôpital une charte ainsi rédigée : « Nous, Saladin, Sultan de Babylone, faisons savoir à tous que nous donnons et léguons à l’Hôpital d’Acre une somme de mille besants d’or, qui seront versés en paix ou en guerre, quel que soit le grand maître en charge, en reconnaissance de sa merveilleuse charité et de celle de son Ordre ».
(6) De nos jours subsistent Le Krak et Margat, dont les citernes souterraines sont toujours en eau.
(7) Foulques de Villaret s’est fait détester de tout l’Ordre par son orgueil, sa hauteur, et son goût du faste. Se démet de ses fonctions, et se retire chez une de ses sœurs, où il meurt en 1327.
(Cool L’antique Melita, l’île du miel.  
(9) Dont l’origine est Constantinople. Saint Georges était le Saint Patron de la ville.

Bibliographie :

Ghislain de Busbecq, Lettres, Paris 1748
Le serviteur du prophète, Mika Waltari, Olivier Orban, 1979
Roxelane et Soliman, V. Corbul & M. Burada, Olivier Orban, 1987
Soliman le Magnifique, André Clot, , Fayard 1983
Histoire des Osmanlis, Von Ranke, 1839
Les Grands Ordres de chevalerie, A. Chaffanjon, Paris, 1970

©️ VAE VICTIS - LH GALEA  2015
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