ARCHE DES COMBATTANTS


Site historique destiné aux fanas d'histoire militaire française et internationale, de l'antiquité à nos jours
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 LE SIEGE DE VIENNE

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
BUFFY1
Admin


Messages : 156
Date d'inscription : 25/02/2017
Age : 74
Localisation : 65000

MessageSujet: LE SIEGE DE VIENNE   Dim 26 Fév - 23:18

SIEGE DE VIENNE (1529)

Avant de parler du dernier siège de Vienne proprement dit, nous allons évoquer la situation des états chrétiens à l’époque, face à la puissance turque, puis l’organisation de l’armée du côté turc, et de celle des armées des états européens.  
Nous partons de Murad 1er qui succède à Orhan (marié à une princesse byzantine) qui commence l’occupation des Balkans, prend Demotika, Edirne (Andrinople) en 1362. Les appels du Pape à une croisade tombent dans le vide, car la France et l’Angleterre sont en pleine guerre de cent ans. Murad écrase le 15 juin 1389 à Kossovo (le Champ des Merles), l’armée serbe du prince Lazard, qui est fait prisonnier, puis exécuté. Les Balkans sont à présent entièrement occupés par les Turcs. Ils y resteront cinq siècles. Bajazet (1) qui succède à Murad, annexe la Bulgarie danubienne en 1393, puis la Thessalie et la Valachie. Le roi de Hongrie lance un appel à la croisade. Cette fois ci, l’Angleterre et la France répondent à son appel. A la tête des Français, Jean sans peur, l’amiral Jean de Vienne, le Maréchal Boucicaut, le Comte de la Marche, Philippe d’Artois, les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem, ainsi que l’Electeur Palatin. Les croisés alignent cent mille hommes, les Turcs à peu près autant. Les croisés français selon leur habitude indisciplinée, foncent en désordre, et bien sûr le sort de la bataille penche rapidement en faveur des Turcs. Bajazet réduit un à un, les derniers émirats d’Anatolie, mais succombe face à l’armée d’un autre turc : Timur Leng (Timur le boiteux), ce fameux Tamerlan.
Les puissances chrétiennes auraient pu profiter du chaos qui régnait à ce moment dans la dynastie Osmanli, pour récupérer leurs possessions, mais elles ne peuvent se mettre d’accord. Mehmed 1er, puis Murad II, continuent d’annexer des territoires chrétiens. Ceux-ci tentent de stopper l’élan turc, en mettant le siège devant Varna. Murad II qui leur tombe dessus avec quarante mille hommes, les écrase. Ladislas Jagellon, ainsi que le légat du Pape Julio Cesarini sont tués, et restent sur le champ de bataille. Leurs ossements blanchiront au milieu des champs de coquelicots. Mehmed II prend Byzance en mai 1453, consommant ainsi la fin de l’empire romain. Après l’intermède de Bajazet II qui s’occupe plus particulièrement de l’organisation interne de l’empire, mais qui prend le temps de mettre à bas la thalassocratie vénitienne dans la mer Égée, le Sultan Selim 1er (2) va, après avoir défait l’armée perse, régler le compte des mamelouks d’Egypte. Il soumet les druzes du Liban, et reçoit les clefs de La Mecque. Il devient ainsi « l’ombre d’Allah sur terre ». Puis le règne de Soliman arrive avec un legs important : étendre la domination de l’Islam toujours plus loin vers l’ouest.
A ce stade de l’Histoire, l’armée ottomane est la première armée du monde. Ses chefs sont également des administrateurs de l’état, toujours sous l’autorité du Sultan qui a droit de vie et de mort sur chacun de ses « esclaves ». La discipline qui règne dans l’armée du Sultan épouvante l’Occident. L’ambassadeur Ghislain de Busbecq (3) parle dans ses « lettres » de cette armée. « Force nous est faite de comparer l’attitude des troupes européennes habillées et armées de façon hétéroclite, acceptant ou non les ordres de leurs officiers selon leur humeur, ou désertant selon leur envie du moment ». Pas d’intendance, le soldat se nourrit de rapines en dévastant le territoire qu’il est censé défendre, à tel point que les paysans redouteront plus les troupes chrétiennes, que celles du Grand Turc. Le soldat turc réunit toutes les qualités d’un vrai soldat telles que obéissance, courage, fidélité et même rage de vaincre. Un uniforme pour chaque corps de bataille et chaque grade, des sanctions très sévères (en général la mort) pour ceux qui abîment les récoltes. L’armée est précédée d’un Defterdar (4) qui assure avec ses adjoints la solde en tous lieux ainsi que la distribution de la nourriture. Un de ses aghas est responsable du Train, un autre du choix du lieu de cantonnement, un autre des Ponts et Chaussées sans oublier le service cartographique. Le tout est chapeauté par le Séraskier (5) ».
L’armée permanente est constituée par les esclaves de la Porte (kapikulu), eux même composés des Sipahis (spahis) de la Porte qui sont des cavaliers, et des Janissaires (Yeniserai) dont la création remonte au tout début du règne des Osmanlis. Cinq mille à leur création, ils seront vingt mille sous Soliman. Les officiers placés sous les ordres d’un agha (chef de corps) exécutent avec empressement les ordres donnés. Ils se font obéir de la troupe sans un murmure. Il n’est pas rare de voir des têtes d’officiers et même d’aghas qui ont failli dans leur mission, finir sur une pique devant la tente du Sultan. Le plan de bataille est toujours scrupuleusement respecté dans le moindre de ses détails. L’armement est le point fort de cette armée qui aligne une artillerie hors pair, ainsi qu’une intendance de premier ordre. On voit que tout a été pensé et organisé, pour fournir à la troupe tous les moyens de vaincre.
Après avoir pris Belgrade en 1521, Rhodes en 1522, La Hongrie et Buda (6) en 1526, la Bosnie, la Croatie, la Slavonie et la Dalmatie en 1527, Soliman dirige ses armées vers le nord. Vers le nord il y a Vienne, la capitale de l’Autriche, mais aussi possession de Charles Quint. Soliman a toujours cherché la confrontation, mais son ennemi, depuis la défaite de Mohacs refuse ce type d’affrontement. Il lui faut donc faire tomber Vienne. Cette victoire ouvrira l’Europe occidentale à la domination ottomane et à l’Islam. François 1er, allié contre nature des Turcs, bloque les renforts espagnols. Il donne ainsi les mains libres à Soliman pour ses visées expansionnistes.
Au printemps 1529, Soliman prend à nouveau le chemin de Vienne. Le départ du Sultan pour la guerre est un évènement grandiose. C’est bien sûr une démonstration de puissance destinée à éblouir les ambassadeurs accrédités auprès de la Sublime Porte. Ghislain de Busbecq nous décrit minutieusement cette revue. « Les six mille cavaliers de la garde impériale ouvrent la marche ; leurs chevaux magnifiquement harnachés, resplendissants d’or, l’arc à l’épaule, dans la main droite une courte épée, dans la gauche le bouclier et le carquois, une masse d’arme fixée à leur selle, un cimeterre leur barre la poitrine. Derrière eux, les vingt mille janissaires s’avancent comme un seul homme, dans un silence impressionnant. Ils portent un uniforme, et le haut bonnet de feutre sur lequel est fixée une plume de héron. Puis viennent les dignitaires du palais vêtus de manière éblouissante, suivis par la garde impériale à pied, eux-mêmes suivis par les fantassins l’arc à la main ».
« Tous ces hommes précèdent le Sultan, qui chevauche un coursier magnifiquement harnaché d’or, et de pierres précieuses, il est vêtu d’une robe de soie brodée. Sur sa tête un turban agrémenté d’une aigrette de diamants, et de pierres précieuses. Trois pages le suivent, portant l’un un flacon d’eau, l’autre un manteau, et le dernier un coffret en bois précieux. Derrière eux s’avancent les eunuques du service privé, ainsi que les gardes nobles composés de deux cents jeunes gens choisis parmi les pages les mieux notés. Derrière tous ces hauts personnages défilent en rangs serrés, l’infanterie, l’artillerie, le train des équipages, puis les bêtes de bât – chameaux et chevaux de faix -, les chariots qui transportent la poudre et les boulets, et enfin les approvisionnements pour cette armée de cent mille hommes. La colonne de cette armée s’étire sur des dizaines de kilomètres ».
Sous le commandement de Soliman, et de son bras droit le séraskier Ibrahim (7), les troupes subissent une pluie diluvienne dès leur entrée en Europe orientale. Le Sultan a offert à son séraskier trois pelisses d’honneur, huit chevaux richement harnachés, un cheval chargé de sabres, d’arcs et de carquois étincelants de pierreries, six queues de cheval et sept étendards (au lieu de quatre selon la nomenclature). L’armée perd de nombreux canons dans les fondrières, de nombreux chameaux périssent de froid et de surmenage. Les hommes ne sont pas mieux lotis. De nombreux soldats se noient dans les rivières en crue. De plus, les pontonniers ont le plus grand mal à faire leur travail.
Dans la plaine de Mohacs, où les os blanchis de la chrétienté vaincue parsèment encore les étendues de coquelicots. Soliman reçoit son allié hongrois Zapolya au cours d’une cérémonie grandiose, pendant laquelle il reconnaît celui-ci comme roi de Hongrie. Ce titre ne veut pas dire grand-chose, car la Hongrie a été conquise par les Turcs, et ce titre de roi (avec la couronne de Saint Etienne qui va avec), n’est qu’un hochet sans grande importance, puisque celui qui le donne peut le reprendre sans effort (Cool. Trois jours plus tard, il remet le siège devant Buda, entre-temps réoccupée par les troupes de Ferdinand. En six jours la ville tombe. Les janissaires mécontents de l’interdiction de piller se vengent en massacrant les Autrichiens qui viennent de se rendre, et qui leurs tombent sous la main. « Il y avait tant de têtes coupées, qu’il était impossible d’en connaître le nombre » dira un témoin de la suite d’Antonio Rinçon, ambassadeur de François 1er alors présent à la cour de Soliman. Ce dernier qui avait accordé la vie sauve à ces hommes, après leur reddition, est blanc de rage. Il s’enferme dans sa tente pendant trois jours, et refuse de paraître devant ses troupes.
Nous sommes en septembre, l’automne s’approche. L’armée turque se remet en route, toujours sous une pluie diluvienne,  en direction des murs de Vienne. Soliman compte prendre la ville de vive force afin d’y passer l’hiver. Le 27 septembre 1529, cent vingt mille hommes dont douze mille janissaires, vingt-huit mille chameaux, trois cents pièces d’artillerie (les grosses pièces n’ont pu franchir les cours d’eau en crue) se remettent en marche. Les Akindshas (9) s’écartent de l’armée en mouvement, et massacrent tout ce qui se trouve sur leur chemin. La forteresse de Gram tenu par l’évêque Varday, se rend afin de sauver son patrimoine religieux, et rejoint les rangs de l’armée turque. Enfin l’armée arrive devant les murs de Vienne après des difficultés sans nom (10), tenue par le comte Von Salm qui aligne mille piquiers, sept cents mousquetaires, deux mille cavaliers, vingt-trois mille soldats appuyés par soixante-quinze canons (11). Nous sommes à la fin du mois de septembre, il fait déjà froid, et il pleut. Rien ne sèche, le sultan presse les préparatifs de siège.
Von Salm pour ménager la nourriture, expulse sous escorte quatre mille femmes, enfants et vieillards. Ils sont interceptés par des Akindshas, et massacrés. Les quelques survivants sont réduits en esclavage. Les mineurs turcs commencent immédiatement leurs galeries de sape en direction de la porte de Carinthie. Les assiégés font des contre-mines. Des tueries sous terre ont lieu. Le séraskier est inquiet devant la lenteur des opérations, il enjoint à l’artillerie de maintenir un feu roulant sur les fortifications. Une sortie nocturne des troupes d’élite composées d’Espagnols, de Germains et de Hongrois, par la porte du Sel, cause des dégâts sensibles dans le campement turc. Les janissaires furieux de leur nuit sans sommeil se lancent à la poursuite des soldats chrétiens. Ils parviennent à en massacrer une bonne partie. Au matin quelques centaines de têtes sont fichées devant la tente du sultan. Les Turcs ont quand même perdu deux mille hommes dans cette affaire.
Le mauvais temps se maintient ; le camp turc en proie à une grippe générale tousse à fendre l’âme, ce qui indispose le Sultan dans son sommeil. Vers la mi-octobre, deux mines sautent, et font s’écrouler une partie de la muraille aux abords de la porte de Carinthie. Aussitôt les aghas conduisent à coup de fouet et d’épée, leurs hommes à l’assaut. Durant trois jours, les assauts vont se succéder sans résultat. Les Turcs commencent à éprouver une sainte terreur des épées à deux mains des chrétiens, qui partagent sans effort un homme en deux. Le sultan ordonne un assaut général le 14 octobre ; la terre se couvre à nouveau de cadavres turcs devant la porte de Carinthie. Les janissaires refluent en désordre, démontent leurs tentes, puis se retirent du carnage, loin de cette ville maudite.  
Les Turcs enragés de ne pouvoir entrer dans Vienne, massacrent les prisonniers, les empalent, les brûlent vifs afin que leurs cris tempèrent la joie des assiégés. Le sultan Soliman décide de lever le camp ; il laisse les Akindshas massacrer, et brûler à des dizaines de milles à la ronde.  Von Salm, ne voit pas cette victoire, car il a été grièvement blessé, et il est mort de ses blessures.
Officiellement, Soliman reçoit les félicitations pour sa campagne victorieuse. Il remet des récompenses ; son séraskier Ibrahim, reçoit un sabre garni de pierreries, quatre caftans et cinq bourses d’or. Les janissaires reçoivent mille aspres par homme. L’Ombre d’Allah sur terre, fait savoir qu’il a en fait voulu affronter Charles Quint et Ferdinand en personne, mais qu’ils se sont dérobés, qu’il n’a jamais eu l’intention de prendre Vienne. L’historien turc Kâtib Mehmed Zaim écrit à ce sujet : « L’occupation du château de Vienne ne lui réussit pas. Comme il neigeait sur l’armée victorieuse sous Vienne, Sa Majesté le bienheureux padichah s’en retourna, et prit le chemin de sa résidence. »
Sous la neige, la pluie, le froid, les routes inondées, après deux mois de trajet pénible, l’armée turque rentre enfin à Istanbul.

Notes :
(1) Bâyezid Yildirim : Bajazet « La Foudre »
(2) Selim 1er appelé Selim le Cruel règne de 1512 à 1520. La première Kadine est Hafsa Hatun, fille d’un Khan de Crimée. Elle donnera le jour à Soliman le Magnifique. A noter que Hafsa Hatun sera la dernière épouse d’un Sultan à être de lignée royale ; toutes les suivantes  seront des esclaves du harem.
(3) Il acclimata en Europe la tulipe et le lilas. Mort à Rouen en 1592.
(4) Le Trésorier Payeur général
(5) Général en Chef nommé par le Sultan, responsable devant lui des troupes et des combats livrés.
(6) Buda sur une rive du Danube et Pest sur l’autre rive, deviendront Budapest.
(7) Ibrahim, grec de naissance né à Parga (en face de Corfou) en 1493, enlevé par des pirates et vendu à une veuve qui frappée par l’intelligence et les dons naturels du garçon lui fait donner une bonne instruction. Il est élevé ensuite à l’école du Palais d’Istanbul. Il parle et lit l’Italien, le Persan et bien sûr le Turc aussi bien que sa langue natale, le Grec. Il joue à merveille du violon. Il entre comme page au service de Soliman alors que ce dernier est gouverneur de Manisa. Au sommet des honneurs, il finira étranglé par les muets du sérail, victime de l’animosité de Roxelane, l’épouse de Soliman.
(Cool Soliman dira à ce sujet « Ce royaume m’appartient, et j’ai installé là mon serviteur. Je lui ai donné ce royaume, je peux le lui reprendre si je le désire, car il est de mon bon droit d’en disposer, ainsi que de tous les habitants, qui sont mes sujets….. »
(9) Les Akindshas, cavaliers nomades, pillards du fin fond de l’Anatolie, étaient une force indépendante qui pillait, razziait, tuait tout ce qui se trouvait devant ses cimeterres, et terrorisait les habitants pour les forcer à fuir en laissant leurs propriétés à l’envahisseur.
(10) A titre indicatif, l’armée du sultan est partie avec 80.000 chameaux. A son arrivée à Vienne il ne lui en reste que 20.000.
(11) La ville est tenue par le palatin Philippe de Bavière, le comte Nicolas Von Salm et le baron de Roggendorf  qui commandent des troupes de l’Empire, de Bohème, d’Espagne, de Styrie et de Basse-Autriche.  

Bibliographie :

Ghislain de Busbecq, Lettres, Paris 1748
Le serviteur du prophète, Mika Waltari, Olivier Orban, 1979
Roxelane et Soliman, V. Corbul & M. Burada, Olivier Orban, 1987
Soliman le Magnifique, André Clot, , Fayard 1983
Histoire des Osmanlis, Von Ranke, 1839
Les Grands Ordres de chevalerie, A. Chaffanjon, Paris, 1970

© VAE VICTIS - LH GALEA - 2015
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
LE SIEGE DE VIENNE
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Sainte Rita de Cascia et commentaire du jour "Si je veux qu'il reste jusqu'à ce que je vienne,..."
» 1978: ovni dans la Vienne - (86)
» IL EST VIVANT ! – Que vienne ton règne ! (chants)
» Père, que Ton règne vienne !
» Un "permis de conduire les chiens" à Vienne

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
ARCHE DES COMBATTANTS  :: MOYEN AGE-
Sauter vers: