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 BIOGRAPHIE DE SOLIMAN LE MAGNIFIQUE

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BUFFY1
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MessageSujet: BIOGRAPHIE DE SOLIMAN LE MAGNIFIQUE   Dim 26 Fév - 23:23

SOLIMAN LE MAGNIFIQUE (1494 – 1566)
LE LEGISLATEUR (Kanouni)

BIOGRAPHIE


Nous adjoignons le portrait de Roxelane (Hürrem Sultane) à celui de Soliman car ils furent indissolubles dans la vie, comme dans la mort.
Fils de Selim 1er le cruel (1) et de Hafsa Hatun princesse mongole, pensionnaire de son harem, Soliman est né en 1494 à Trabzon (Trébizonde). Il est le seul garçon d’une fratrie de cinq enfants (2). Pour lui, pas de loi du fratricide à mettre en œuvre pour monter sur le trône. Cette assertion est mise en défaut par l’opinion de l’historien Ahmed Tevhid bey selon laquelle Selim 1er aurait eu trois autres garçons qu’il aurait mis à mort (plus deux de ses propres frères et d’un oncle) avant sa propre disparition pour favoriser Soliman, le plus doué à ses yeux pour prendre sa suite.

A dix-sept ans, son père le nomme gouverneur (kaymakam) d’Istanbul, puis de Sarukhan (Manisa) sur la côte de la mer Egée. Lors de la campagne contre les Perses son père lui confie le gouvernorat d’Edirne, puis à nouveau celui d’Istanbul. A Manisa, il lutte avec succès contre le banditisme local, mais il est surtout à l’abri des terribles colères, et de la suspicion maladive de son père. Ce dernier meurt alors qu’il se rend d’Istanbul à Edirne. Son décès est gardé secret, jusqu’à ce que Soliman puisse rejoindre Istanbul où la cour l’attend. Il a quand même attendu confirmation de la mort de son père pour se mettre en route, tant il se méfie d’une ruse de celui-ci qui aurait pu lui coûter la vie. Quand il ceint le sabre d’Osman en 1520, il a vingt-cinq ans.

Après cette période de terreur sanglante, l’avènement, et les premières mesures prises par le nouveau sultan font l’effet d’une rosée bienfaisante. Il ordonne en premier lieu la libération des six cents notables, et commerçants égyptiens déportés à Istanbul. Il rétablit la liberté de commercer avec l’Iran, il fait pendre un complice de son père, maître ès arts en cruautés, le grand amiral Câfer bey, surnommé « le sanguinaire ». C’est un homme de grand sang froid (à l’opposé de son père), il est très tolérant pour les autres religions qui l’indiffèrent.

Peu de temps après son avènement, il doit faire face à une rébellion dans ses états. Canberdi al Ghazzali soulève son armée, occupe Damas, Beyrouth et Tripoli. Coincées par une armée dirigée par Ferhat Pacha (3), ses troupes sont défaites, et lui-même mis a mort. Le roi Louis II de Hongrie refuse de payer le tribut annuel qu’il doit à la Sublime Porte. Il fait pis, en renvoyant le nez et les oreilles de l’envoyé turc chargé de réceptionner les fonds à Soliman. Plutôt furieux, le sultan décide sur le champ l’entrée en guerre. L’armée turque est placée sous le commandement de Piri Pacha. Le grand vizir se dirige vers Belgrade qui a déjà repoussé les assauts de Murad et de Mehmed II.
Ahmed Pacha prend d’assaut Savac sur la Sava, et Mehmed Pacha traverse la Transylvanie pour faire jonction avec le grand vizir. Piri Pacha fonce directement sur Belgrade où Soliman le rejoint. Aussitôt les canons ouvrent le feu sur la citadelle. Pendant plus de trois semaines les assauts se succèdent sans résultat. Sur les conseils d’un renégat, les Turcs font sauter la grande tour. Malgré cela quelques centaines de défenseurs hongrois et serbes continuent de se battre, puis un jour ils demandent à se rendre à cause de divergences religieuses (les Serbes sont orthodoxes, et les Hongrois catholiques). Les Hongrois sont massacrés, les Serbes déportés et installés sur le site de l’ancienne Petra, non loin d’Istanbul (4).

C’est bien sûr une grande victoire militaire, mais aussi un immense succès diplomatique. Les envoyés de Venise, de Russie et de Raguse sont les premiers à venir complimenter le Sultan pour sa campagne victorieuse. La prise et l’installation des Turcs à Belgrade, puis en Serbie préfigure de ce qui risque d’advenir aux nations chrétiennes toujours en guerre entre elles. Leur désunion fera la force de la cohésion turque ; de ce fait, elles perdront la Hongrie.

De retour de Belgrade, Soliman nomme son favori Ibrahim, qui a moins de trente ans, grand vizir (5). Ils sont inséparables depuis déjà de nombreuses années. Cette amitié suscite des ragots dans l’opinion publique, ainsi que la réprobation de la sultane validé. Alors que Gülbahar a déjà donné quatre enfants à son maître (6), il pose son mouchoir sur l’épaule de Roxelane (la Russe), qu’il a croisé chez sa mère Hafsa Hatun (7). Quelques jours après elle doit rapporter le mouchoir à son futur maître. Elle va devenir ainsi la favorite qui monte dans le firmament des honneurs.

Fort de la terreur qu’il inspire aux états occidentaux, Soliman décide de porter ses pas vers l’Ile de Rhodes, qui est comme une épine dans son flanc. La discipline de fer qui règne parmi les Chevaliers de l’Hôpital, va rendre cette affaire très coûteuse en vies humaines pour l’armée turque. Du 1er août au 25 décembre, les combats font rage. Les états chrétiens, trop occupés à se battre entre eux, ne se mettent pas en peine de secourir la garnison. Elle est obligée de se rendre. Soliman qui admire le courage de son ennemi, Villiers de l’Isle Adam, accorde à celui-ci les honneurs de la guerre, et le reçoit avant son départ de l’île. Ce siège coûte son poste à Mustapha (beau-frère du sultan) qui est exilé à Alexandrie, et celui de Kortuglu, le kapudan pacha qui est fouetté avant d’être chassé de l’armée pour incompétence. Il coûte aussi soixante mille officiers, et hommes de troupe aux Ottomans. Les cours européennes qui n’ont rien fait pour secourir les Chevaliers sont à présent consternées. Le doge de Venise félicite néanmoins Soliman pour sa victoire, mais fait quand même renforcer les défenses de Chypre, qui est la seule grande île encore en possession de la chrétienté dans les eaux turques.

Dans le harem, les luttes n’en sont pas moins ardentes parmi les odalisques. Pour assurer sa suprématie, Roxelane va user de tous les artifices pour gagner. La précédente favorite, Gülbahar, est finalement exilée. Kassem (une sœur de Soliman) accouche d’un garçon dans les appartements de la Sultane validé. Selon la tradition, un des muets du sérail coupe le cordon ombilical, et ne le noue pas. Complétant la loi du fratricide, les princesses impériales n’ont pas droit à une descendance male.
Piri pacha prenant sa retraite, Soliman nomme à cette charge Ahmed Pacha qui est un chrétien renégat. Ibrahim devient troisième vizir. Il garde toutefois sa charge de grand-maître de la maison impériale. Ahmed perd son poste de grand vizir à la suite d’une histoire d’espionnage pour le compte de Venise (il sauve sa tête de justesse). C’est Ibrahim qui devient à son tour grand vizir en juin 1523. A ce moment Roxelane met au monde son premier garçon, Mehmed, et accède ainsi au titre de kadine sultane. Le Sultan confère à Ibrahim qui est déjà grand vizir, le titre de beylerbey de Roumélie (9). Cette promotion va être la cause de la révolte de Ahmed pacha qui essaie de soulever l’Egypte, massacre les janissaires en garnison, prend le titre de Sultan, et bat monnaie. Il est finalement assassiné, mais les troubles perdurent dans cette région de l’empire. Il faut envoyer un homme de toute confiance mettre de l’ordre dans ce nid de serpents ; ce sera Ibrahim.

L’envoyé de Soliman part pour un an, avec une suite royale. Cinq cents janissaires, et deux mille hommes de troupes. Il passe d’abord à Alep et à Damas qu’il réorganise de main de maître. Puis il se rend au Caire, où il règle sans états d’âme les rébellions déclarées ou larvées. Il fait pendre ou décapiter, les chefs et les meneurs rebelles. Il réorganise également le pays de telle sorte que l’Egypte et la Syrie ne bougeront plus jusqu’au 19ème siècle. De retour à Istanbul il trouve une situation difficile. En son absence, le sultan a dû mater une rébellion des janissaires qui ont commencé par piller le palais d’Ibrahim. Soliman fait exécuter l’agha des janissaires, l’agha des sipahis, ainsi que plusieurs autres officiers, puis conscient qu’il faut occuper ses soldats à qui l’oisiveté ne convient guère, il déclare la guerre au shah de Perse. Les préparatifs militaires se poursuivent pendant l’hiver 1525-1526. Contre toute attente, l’armée s’ébranle à nouveau, mais en direction de la Hongrie le 10 mai 1529. Elle met deux mois pour atteindre Belgrade à cause des rivières en crue. Les inondations noient de nombreux soldats et emportent le pont sur la Maritza. Mêmes problèmes sur la Save, la Morava et la Drave. L’armée arrive enfin à Mohacs, et son champ d’ossements blanchis, rencontre le roi Zapolya, puis trois jours après encercle Buda, occupée par les partisans de Ferdinand de Habsbourg. La ville tombe, et Zapolya (que les janissaires appellent irrespectueusement Janushka) est officiellement installé sur le trône de Hongrie, en l’absence de Soliman, par un quelconque vizir, ce qui en dit long sur l’estime que lui porte le sultan.

Puis l’armée se dirige vers Vienne, où elle arrive aux alentours du 27 septembre, sous les frimas de l’automne continentale. Malgré un bombardement exceptionnel, accompagné d’attaques sanglantes, les Turcs ne parviennent pas à prendre pied sur les fortifications. De guerre lasse, et sous les giboulées de neige précoce, le Sultan commande le retour. Deux mois plus tard, après des aventures épiques de par les chemins enneigés, ou inondés qui voient de nombreux hommes et animaux périr de froid, ou de noyade, le Sultan et son armée rentrent à Istanbul. Il n’est pas au bout de ses peines. Soliman doit arbitrer dans son cercle étroit, l’antagonisme de son épouse Roxelane, et de Mustapha son grand vizir (10). Ce problème étant lui-même imbriqué dans le cercle familial de ses propres sœurs, et de leurs maris. Après toutes ces violences, le sultan tombe dans une grande mélancolie, il interdit l’usage du vin aux repas. Il va même faire remplacer toute la vaisselle précieuse par des plats en terre cuite. Il se plonge dans un travail de législation qui le fera surnommer « Kanouni » (le législateur). Par exemple la justice : tout homme peut demander justice en s’adressant directement au Sultan. Le Divan jouant le rôle d’un tribunal suprême écoute le plaignant formuler ses griefs contre l’autorité qui abuse de sa force. C’est également une haute cour qui juge – même en son absence - le fonctionnaire corrompu, le condamne à mort, et expédie un chaouch pour exécuter la sentence. Ce dernier est accompagné d’un ou deux muets du sérail habillés de rouge avec les lacets de soie sur l’épaule (11), ou du bourreau chargé de la décapitation. La tête du condamné est obligatoirement rapportée à Istanbul pour preuve de la bonne exécution de la sentence.

Soliman organise la gestion de ses possessions lointaines sur un modèle unique ; trois hauts fonctionnaires se partagent le pouvoir : le Sandjakbey qui est le commandant des troupes, le Subashi qui est le chef de la police et le kadi (un religieux) qui surveille le tout. Ce dernier ne communique qu’avec le sultan, et ne reçoit ses ordres que de lui. Il crée aussi un Livre des Cérémonies (Kanun-I Tesrifat) qui établit la liste des préséances, la liste des dignitaires qui doivent être présents pour chaque type de cérémonie. Il y est même précisé la couleur et l’ornement des turbans, ainsi que leur hauteur.

Le 25 avril 1532, le sultan et son armée se mettent à nouveau en route en direction de Belgrade, puis de Vienne. C’est à la tête de cent cinquante, à deux cent mille hommes que Soliman se dirige vers Charles Quint ; il se heurte en chemin, aux troupes impériales qui tiennent la forteresse de Güns (Köszeg). Cette petite place forte qui n’est tenue que par huit cents hommes, va résister plusieurs semaines face à l’immense armée. Le sultan est furieux de perdre son temps pour si peu ; aussi il engage des pourparlers avec Juritchitch le commandant de la place.

Celui-ci qui a perdu la moitié de ses hommes, et n’a plus de poudre à canon, accepte de se rendre avec les honneurs de la guerre. La ville lui est donnée à titre gracieux. C’est alors que les troupes turques au lieu de se diriger vers Vienne, obliquent en direction de la Styrie (12), qu’elles mettent en coupe réglée. Elles conquièrent la plupart des villes de quelque importance, pendant tout le mois de septembre. Le Sultan campe enfin devant Graz, mais n’y entre pas, puis il est repoussé devant Maribor. Entre-temps, Charles Quint est déjà parti pour l’Italie en passant par la Carinthie au grand mépris de Soliman, qui a perdu son temps à lui courir après. Le 18 novembre 1532, Soliman et son armée rentrent à Istanbul. Retour assombri par la perte de Coron en Morée, enlevée par l’amiral de Charles Quint, Andréa Doria. Ce dernier enlève également la place de Patras, puis les deux forteresses qui commandent l’entrée du golfe de Corinthe.
Toutefois, il est clair que la Méditerranée est quand même une mer turque. Ceux-ci alignent trois cents navires, Venise n’en possède que cent-vingt, Gènes vingt-cinq, le Pape une douzaine, l’Espagne une centaine. Charles Quint aux prises avec les schismes d’Allemagne (la ligue de Smalkade) a besoin de souffler. Soliman qui veut régler le problème perse, et reprendre Bagdad a besoin d’avoir les mains libres. Le Habsbourg comme l’Ottoman, ont besoin d’un intermède avant de reprendre le combat. Une trêve est signée, qui ne vaut même pas le parchemin sur laquelle elle est écrite.

Il faut se rappeler que les Turcs sont musulmans Sunnites et les Perses, Chiites (13). Selim en a fait exécuter des dizaines de milliers. De ce fait les deux nations sont des ennemis à priori inconciliables. Au cours de l’automne 1533, (les grandes chaleurs sont passées), la campagne des « deux Irak » débute. Ibrahim qui est le séraskier enlève Tabriz le 16 juillet 1534. Soliman le rejoint avec une autre armée. Deux cent mille hommes prennent la direction de Bagdad, luttant contre les éléments déchaînés, et en proie à la famine, car les Perses pratiquent la politique de la terre brûlée. Le 4 décembre 1543, le sultan fait son entrée dans Bagdad. La cité des mille et une nuits n’est plus que l’ombre d’elle-même, l’ancienne Medinat al Salam (cité de la paix) n’est plus qu’une ruine. Soliman organise la ville, restaure la paix religieuse, sunnites et chiites confondus par la pax ottomanica. Bagdad va connaître une nouvelle prospérité. Soliman et son armée quittent Bagdad le 2 avril 1535. Ils transitent à nouveau par Tabriz puis prennent le chemin du retour vers Istanbul, qu’ils atteignent en janvier 1536. C’est une victoire amère, car l’armée turque a perdu trente mille hommes, sans compter les vingt-deux mille chevaux ou chameaux. Ibrahim signe le premier accord officiel avec la France. C’est son dernier acte officiel, car le 15 mars 1536, les muets du sérail l’étranglent sur ordre du sultan. Il est surtout victime des intrigues de Roxelane, et de son âme damnée Rüstem.

Cette femme qui garde à l’esprit la promotion de ses propres enfants, va faire disparaître le grand vizir Ibrahim (14), la princesse Malfiruz, la princesse Kassem, puis le prince Mustafa (fils de la première kadine) qui est adoré de l’armée ainsi que son fils (15). A cause de tous ces meurtres, elle est cordialement haïe par le peuple turc. Soliman est méprisé, car il est l’homme d’une seule femme, et de plus entièrement soumis à sa loi.

L’empire est à son apogée. La période des grandes conquêtes est maintenant passée ; le sultan reste seul avec Roxelane, Bayezid et Selim. Sa mère Hafsa Hatun a disparu, ainsi que ses fils Mehmed et Djihangir, sans oublier son confident Ibrahim. L’axe de la guerre contre la chrétienté penche vers la mer méditerranée, avec les exploits des grands capitaines Khayreddin Barberousse, et Andréa Doria. Tunis tombe en juillet 1535, sous les coups de Charles Quint (François 1er sollicité a préféré rester neutre). Cette victoire des chrétiens pousse les Turcs à lancer un vaste programme de constructions navales. Ils avaient cent vaisseaux pour l’opération sur Rhodes, cent trente-cinq pour celle de Castelnuevo en 1539, deux cents pour Malte en 1566 et encore deux cents après Lépante. Suite à la défection de François 1er, c’est vers Corfou que les Turcs vont porter leurs coups en 1537. Les Vénitiens résistent victorieusement. Les Turcs rembarquent, puis se lancent dans des opérations destinées à s’emparer de toutes les îles servant de repaires aux corsaires chrétiens. Syros, Patmos, Ios, Egine, Paros, Antiparos, Naxos, Andros, Serifos, Skiatos et Skyros tombent sous la coupe des ottomans. Nauplie puissamment fortifiée résiste aux envahisseurs pendant dix-huit mois.

Les états chrétiens sentent la peur les étreindre. Que peut-il arriver si les Turcs décident d’envahir le nord de l’Europe, ou pourquoi pas Venise elle-même ? Le pape forme de toute urgence la Sainte Ligue avec Charles Quint, Venise et Gènes (16). Une flotte est réunie sous le commandement de Doria, pour se mesurer à la flotte turque non loin de Preveza, voisine du site d’une autre bataille navale célèbre : Actium. Cette bataille qui aurait dû être décisive, est en fait une demi défaite pour la Ligue, mais une immense défaite pour la chrétienté. Venise quitte la Ligue, pour entamer des pourparlers avec les Turcs. Elle va verser trois cent mille ducats d’indemnité de guerre à la Sublime Porte, elle doit abandonner toutes les îles prises par Barberousse ainsi que Nauplie (17). Soliman qui a à présent les mains libres en méditerranée, se tourne à nouveau vers l’Europe. En 1538, il va mettre de l’ordre en Moldavie où son voïvode, Pierre Rares en prend à son aise. Il est déposé, son château incendié. Soliman place son frère Etienne à la tête de la Moldavie. Les Turcs y resteront jusqu’en 1812. Ayas Pachas vient de mourir de la peste, quand Soliman rentre en vainqueur à Istanbul. Il nomme à sa place Lütfi Pacha, qui est l’époux de la sultane Turhan. Il ne reste pas longtemps à ce poste. Il est destitué et exilé car il a sérieusement rossé son épouse, qui est aussi sœur de Soliman, pour un motif futile. Rüstem, le beau-fils de Soliman (Il est l’époux de Mihrimah, fille de Soliman et de Roxelane) est nommé grand vizir à sa place.

Entre-temps Zapolya décède, et Ferdinand réoccupe Buda dans la foulée en 1540. Soliman ne peut laisser les choses en l’état. Avec ses armées il reprend le chemin de cette ville. Il y fait son entrée le 2 septembre 1541. Il nomme Suleyman pacha commandant en chef des troupes, lui donne des pouvoirs exceptionnels, avec le rang de vizir pour faire échec aux entreprises des Habsbourg dans cette région. Puis au terme d’une période de relative tranquillité, Soliman réunit ses armées, et se dirige à nouveau vers l’empire perse Safavide. Il rentre au printemps 1549, après une campagne victorieuse qui a vu la prise de trente et une villes, la destruction de quatorze forteresses, et la construction de vingt-huit autres. Toutefois, il n’a pu écraser militairement le shah qui fidèle à sa tactique, a toujours refusé l’affrontement des deux armées.

Le lent travail de sape dirigé par Roxelane, et son beau-fils Rüstem pacha (18), finit par aboutir. Le sultan en arrive à croire que Mustapha son premier fils, veut le destituer. Alors qu’il est en campagne en 1552, en direction de son ennemi de toujours, le shah, il le convoque pour une explication. Dès que son fils entre sous sa tente, les muets se jettent sur lui. Le prince se débat, mais ils réussissent à l’étrangler, et exposent son corps devant la tente du Sultan. Les janissaires qui aimaient beaucoup le prince, insultent copieusement Soliman, Roxelane et Rüstem. Ce dernier est sacrifié. Sa disgrâce durera deux ans. Mustapha expédié, il reste son fils, le petit Murad. Roxelane persuade Soliman que cet enfant constitue un danger pour la dynastie. Un dignitaire de la maison impériale accompagné de deux muets se rend à Bursa pour supprimer le dernier rejeton qui menace les enfants de Roxelane (19). Les cours européennes poussent un soupir de soulagement, car Mustapha aurait été un grand sultan, qui aurait causé d’immenses malheurs à la chrétienté.

En 1554, l’armée turque se dirige à nouveau vers la Perse. Au terme d’une campagne où les deux protagonistes s’épuisent en batailles, ils décident d’un commun accord d’une trêve qui est signé à Amasya en mai 1555. Ahmed Pacha qui a été nommé grand vizir après l’assassinat de Mustapha, est sur la liste des gens à faire disparaître, tenue par Roxelane et Rüstem. Au cours d’un repas entre amis, un officier suivi de deux muets vient lire le firman arrêt de mort à Ahmed pacha. Il refuse d’être exécuté par les muets, indignés de cette décision, et confie ce soin à son ami Selim pacha (20). Rüstem retrouve son poste de grand vizir.

En 1558, la sultane Roxelane décède, laissant un Soliman désemparé, et deux fils qui se haïssent. Bayezid se fait remarquer par sa prestance, sa belle taille, son élégance, son charme et sa culture ; sa favorite Gülmüz est modeste, douce et de grande sagesse. Selim de son côté est un être grossier, débraillé, paresseux et surtout alcoolique ; sa favorite Nur Banu, ambitieuse et égoïste, hypocrite, rapace, le dirige comme un pantin en favorisant ses vices. Tant que leur mère vivait, les princes se détestaient déjà, mais n’en venaient pas aux mains. Après sa mort, les deux fils vont s’affronter par le biais d’un vizir nommé Lala Mustapha. Expert de faux en écriture, il va monter les deux frères l’un contre l’autre au moyen de fausses lettres d’insultes, jusqu’à l’affrontement final ou Bayezid va perdre. Il prend la fuite, avec ses quatre fils, en Perse pour sauver sa vie. Au cours de l’automne 1559, il arrive avec 10.000 hommes à la cour du Shah Tahmasp, qui l’accueille à bras ouverts, et le traite en invité royal. Parallèlement, il négocie avec Soliman le prix de la mise à mort de Bayezid et de sa descendance. Enfin d’accord sur le montant, le Shah remet ce malheureux et ses fils à un envoyé de Selim, qui les fait étrangler sur le champ.

Au début de l’année 1565, Soliman lance son armée sur Malte. A la mi-mai l’armada commandée par Mustapha pacha arrive en vue des côtes de Malte. Le 19 mai, les Turcs débarquent leur infanterie, puis l’artillerie ouvre un feu roulant sur les forts. Début septembre, des renforts parviennent aux assiégés et le 12 septembre, les Turcs qui ont perdu environ trente mille hommes, lèvent le siège.

L’entourage de Soliman lui fait remarquer que cela fait plus de dix ans, qu’il n’a mené ses troupes au combat contre les chrétiens. L’homme qui quitte Istanbul le 1er mai 1566, est un vieillard – il a 70 ans – (21), les joues creusées, la barbe blanche, voûté et amaigri. Il n’a plus la force de monter à cheval. C’est en litière ou en carrosse qu’il suit l’armée. Les éléments sont comme d’habitude déchaînés. Il pleut à verse, les ponts sont emportés et l’artillerie lourde suit à grand-peine. Le 5 août, l’armée met le siège devant Szeged. Courant septembre, la ville tombe. Le comte Nicolas Zriny, seigneur de la ville qui est blessé, est fait prisonnier. Sa tête placée devant la gueule d’un canon, il est décapité par un boulet. Soliman n’a pas vu la chute de la ville, car il est mort dans la nuit du 5 au 6 septembre 1566. Le grand vizir, et son secrétaire Feridun bey, tiennent cette disparition secrète (22) jusqu’à l’arrivée de Selim, quarante-trois jours plus tard.

Le corps embaumé de Soliman est enseveli dans le tombeau que l’architecte Sinan lui a construit, non loin de la grande mosquée Süleymanyé. Tout près de lui en retrait, le mausolée de Hürrem Sultane.

Notes :
(1) Selim 1er dit le cruel, tant son règne fut terrible en matière d’exécutions capitales, était néanmoins un homme très cultivé et surtout très intelligent. Ses poésies en langue ottomane sont parmi les plus relevées pour l’époque.
(2) Les quatre filles ; Kassem mariée à Mustapha Pacha, Hadice qui sera mariée à Ibrahim, Malfiruz mariée à Ferhat Pacha, et Turhan mariée à Lufti Pacha.
(3) Par ailleurs époux de Malfiruz, il est donc beau-frère de Soliman.
(4) De nos jours, le bois où ont été installés les Serbes, s’appelle le bois de Belgrade.
(5) Les chroniqueurs le surnommeront Makbul (le favori), et Maktul (l’assassiné)
(6) Murad, Mahmoud et leur sœur, meurent de la variole. L’aîné, Mustapha alors en province n’est pas atteint.
(7) Roxelane était attachée à la maison de la reine mère.
(Cool Roxelane deviendra Hürrem sultane (la rieuse), car elle était d’humeur enjouée et riait facilement.
(9) La Roumélie ne comprend uniquement que la Turquie d’Europe, à l’exclusion de la Bosnie, de la Hongrie, de l’Albanie, de la Morée et des îles grecques.
(10) Selon la loi du fratricide, Mustafa fils de Gülbahar, et prétendant au trône, doit en cas de décès de Soliman, faire exécuter toute la progéniture de Roxelane. Le grand vizir soutient Mustapha, il est donc de ce fait, ennemi de la sultane.
(11) Les muets du sérail habillés de rouge sont chargés par la cour suprême de l’exécution des arrêts de morts rendus contre tous les fonctionnaires de la Porte. Ils étranglent le condamné à l’aide d’un lacet de soie de couleur bien distincte selon le rang et l’estime portée au condamné (Jaune pour les fonctionnaires subalternes, vert pour les vizirs et rouge pour le condamné qui bénéficie d’une haute faveur). La décapitation ou la noyade, peuvent être également employées, si le condamné a particulièrement déplu au sultan.
(12) Sans doute dans l’intention de faire sortir Charles Quint de la ville de Vienne pour le battre en rase campagne
(13) Les Safavides perses (kizilbach) adoptent une certaine forme de chiisme turkmène, qui, quoique se ralliant au culte des douze imams, affiche une croyance au Tedjelli, c'est-à-dire à la manifestation de Dieu sous sa forme humaine. Ils croient également à la métempsychose.
(14) Roxelane disparaît le 17 avril 1558.
(15) Djihangir le fils contrefait de Roxelane, apprenant l’assassinat de Mustapha et de son fils Murad, va se laisser mourir de faim, car il adorait ce prince paré de toutes les vertus.
(16) François 1er a refusé d’entrer dans la Ligue.
(17) François 1er a communiqué à Soliman les termes des négociations que les ambassadeurs vénitiens se proposent de présenter à son Divan. L’ambassadeur français à Venise en connaissait tous les termes, grâce aux indiscrétions d’un certain d’Abondio qui fut saisi par la justice vénitienne et mis à mort pour haute trahison avec ses deux complices.
(18) Rüstem pacha, marié à Mihrimah fille de Soliman et de Roxelane. Ancien porcher dans son enfance, petit de taille, violacé de teint, il est particulièrement laid, mais c’est un bourreau de travail doté d’une mémoire prodigieuse.
(19) Un seul des muets ose étrangler cet enfant, l’autre se voile la face. La mère de Murad, Hürmüz et sa grand-mère Gülbahar sont contraintes d’absorber du poison.
(20) « Je ne veux pas être souillé par les mains de ces bourreaux qui ont peut être exécuté le prince Mustapha ».
(21) Il a de longues conversations avec Roxelane, via son portrait qui ne le quitte jamais.
(22) Les muets se sont occupés du médecin personnel de Soliman.

Bibliographie :

Ghislain de Busbecq, Lettres, Paris 1748
Le serviteur du prophète, Mika Waltari, Olivier Orban, 1979
Roxelane et Soliman, V. Corbul & M. Burada, Olivier Orban, 1987
Soliman le Magnifique, André Clot, , Fayard 1983
Histoire des Osmanlis, Von Ranke, 1839
Les Grands Ordres de chevalerie, A. Chaffanjon, Paris, 1970

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