ARCHE DES COMBATTANTS


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 SIEGE DE MALTE

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BUFFY1
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MessageSujet: SIEGE DE MALTE   Dim 26 Fév - 23:26

SIÈGE DE MALTE  (18 mai - septembre 1565)

Nous nous rappelons que les puissances européennes ont considéré la chute de Rhodes, avec la plus parfaite indifférence. Les Johannites vont errer de ville en ville, et de pays en pays, jusqu’à ce que Charles Quint leur offre une autre île (1) pour y déposer leurs pavillons, ainsi que leurs armes, afin de continuer la lutte contre les Ottomans. Les Chevaliers de Saint Jean vont devenir les Chevaliers de Malte, dont ils reprennent à l’origine, l’idée de lutte contre les pirates, et autres corsaires, qui razzient hommes, femmes et enfants, sur toutes les côtes méditerranéennes occidentales.

Cette île qui n’a aucun intérêt économique, a par contre un immense intérêt stratégique, car elle verrouille le passage entre la méditerranée orientale et occidentale, ainsi que l’accès à l’Italie à partir de l’Afrique du nord. Elle gène considérablement le déploiement de la piraterie au départ de Djerba, Tunis, Bougie, Djidjelli, Mers el Kebir et Alger. L’antique Melita (l’île du miel) n’est plus qu’une île rocheuse de 246 km2, presque sans eau douce, sans forêts. Quelques îles prolongent les caps ; Comino, Cominoto, et Filfla (2). L’eau disponible à cette époque est saumâtre, avec un désagréable goût salé.  Durant trente-cinq ans les Chevaliers, vont peaufiner leurs défenses, et armer des navires qui feront une chasse impitoyable aux pirates barbaresques. La marine de l’Ordre devient rapidement une référence pour les marines française, italienne et espagnole. Les cadets français feront leurs classes sur les bâtiments de l’ordre, bien avant la création de l’Ecole des Gardes de la Marine (ancêtre de notre Ecole Navale) ; ils constitueront l’ossature de la Marine Royale. Certains donneront leurs noms à des navires modernes de la « Royale » (3). Il est scandaleux de constater que les accords signés par Soliman et François 1er donnant des droits commerciaux à la France, et d’assistance mutuelle, se sont fait sur le dos de la chrétienté méditerranéenne. En effet, le célèbre pirate Khayr el Din Barberousse s’empare d’Alger en 1535 ; il crée une milice algérienne nommée Odjak. Cette milice impitoyable se livre à des attaques, et des razzias sur toutes les côtes, y compris françaises. Des captifs français rament sous le fouet à bord des galères barbaresques, sans oublier les femmes et les jeunes filles réduites en esclavage qui vont peupler les harems. Les navires de l’Ordre vont rendre coup pour coup, délivrer des esclaves, et faire ramer les pirates, après avoir pendu leurs capitaines. Certains capitaines de galères de l’Ordre ont dans leur jeune temps, été esclaves et rameurs sur des galères mahométanes. Ils connaissent l’horreur des marchés aux esclaves d’Alger ou d’ailleurs, où ces malheureux sont empalés, crucifiés, brûlés, écorchés vifs, noyés cousus dans un sac ou enterrés vivants devant la foule vociférante des musulmans en joie. Ils savent traiter comme il convient les pirates qui tombent entre leurs mains.

L’échec de la prise d’Alger par les forces espagnoles de Charles Quint en octobre 1541, renforce le prestige des musulmans. Le sultan Soliman offre une pelisse ornée de brillants au défenseur d’Alger. Les navires de l’Ordre continuent de ratisser, et d’écumer les côtes nord-africaines, à tel point que Soliman constate que Malte est pire que Rhodes. La prise d’un superbe vaisseau de douze canons transportant de coûteuses marchandises, propriété du Kislar Agasi (4), et de plus escorté par deux cents janissaires, rend Soliman fou de rage.

Le bienheureux Padichah nomme Mustapha Pacha, séraskier, puis arme une flotte imposante, et lui donne comme instruction formelle de raser cette île maudite ; de ne laisser âme qui vive dessus. Brantôme note dans ses mémoires que « la place n’est pas des plus fortes, même estimée plus faible que forte ». Les deux cents vaisseaux turcs emmènent dans leurs flancs une artillerie considérable, quatre-vingt mille boulets de fonte, quinze mille quintaux de poudre à canon, vingt-cinq mille quintaux de poudre à mousquets et trente-huit mille hommes. A soixante-dix ans, Jean Parisot de la Valette, homme sec et froid (5), dispose de huit mille cent cinquante-cinq hommes, dont sept cents chevaliers, des paysans ainsi que les marins servant sur les galères embossées dans la rade. Tous ont compris qu’il leur faudra mourir au besoin sur les fortifications, car les Turcs seront sans pitié. Dragut Pacha, un pirate au service des Turcs qui connaît bien la Valette pour l’avoir eu comme rameur dans sa chiourme un certain temps, conseille au séraskier « attendez la mort de cet homme pour prendre Malte, car il est redoutable ». Il n’est pas écouté, et les choses suivent leur cours.

La Valette fait évacuer en Sicile un grand nombre de femmes et d’enfants, empoisonner les puits. Il fait replier dans les murs tous les civils encore dans l’île avec leurs vivres et leurs troupeaux. Vivres et eau potable sont déjà stockés dans les souterrains des forts, avec les réserves de poudre et de boulets. Le grand port est fractionné en cinq parties : La Renelle, le port des Anglais, le port des galères, le port de la Sangle et la Marsa. Sur la presqu’île de La Sangle, le fort Saint Michel qui n’est pas achevé, bat le fond de la baie avec ses canons. Le port des galères est barré par une forte chaîne à l’épreuve des plus rudes chocs ; en arrière sur la presqu’île, où s’élève le bourg ceint de murailles bastionnées, le château Saint-Ange dresse sa masse imposante.

Le 18 mai 1565, l’armada turque débarque et occupe facilement cette petite île. Le chevalier de La Rivière fait prisonnier, égare l’ennemi par des renseignements erronés. Le séraskier s’en étant aperçu, fait massacrer ce malheureux à coup de bâton. Le 20 mai, Mustapha lance ses hommes à l’attaque du fort Saint Michel. Les janissaires ouvrent le combat, suivis de douze mille turcs hurlants. La mêlée devient sauvage. Les Turcs sont repoussés avec des pertes sensibles. Ils abandonnent le fort Saint Michel, pour orienter leurs attaques vers le fort Saint Elme, qui commande le port. Sans se soucier des pertes, ils lancent une autre attaque massive. Ils sont à nouveau repoussés en laissant deux mille des leurs sur le terrain.  Le lendemain, à l’aube, une nouvelle attaque est lancée, qui est bien près de réussir, tant les janissaires y mettent du cœur.

Chaque nuit les barques des chrétiens amènent des renforts, des approvisionnements et évacuent les blessés. Le bailli de Nègrepont et le commandeur Broglio, d’un âge avancé, de surcroît blessés, refusent de quitter leur poste en déclarant qu’ils veulent mourir « dans leur poste, et au lit d’honneur ». Les Turcs lancent onze attaques contre ce fort sans pouvoir l’enlever, toutefois, ils parviennent à l’isoler totalement. Le 18 juin, le corsaire Dragut est tué par un éclat de roche pulvérisée par un boulet. Les défenseurs du fort attendent la fin avec courage. Le commandeur de Guaras déclare : « nous ferons la fête patronale de l’Hôpital dans l’autre monde… ». Le 23 juin, veille de la Saint Jean, l’assaut final est donné. Les chevaliers, et les quelques soldats qui leur restent, se font tuer à leur poste, succombant sous le nombre. La prise du fort Saint Elme a coûté aux Turcs dix mille hommes, plus Dragut le fameux corsaire barbaresque.  

L’étendard de Soliman est hissé sur les ruines du fort ; tandis que les chrétiens menés par l’évêque de Malte, chantent les mérites des martyrs. Mustapha qui écoute cela demande à Lascaris (6) ce qu’ils baragouinent. « Séraskier, les chrétiens célèbrent la mort de leurs frères ».  Eh bien, dit le pacha, je vais leur fournir des reliques, et il ordonne de dépecer les quelques blessés prisonniers. C’est alors que le séraskier a l’étrange idée d’envoyer un parlementaire auprès du Grand-maître pour lui proposer la vie sauve s’il se rend. Cette ambassade se produit à un mauvais moment. En effet, les Turcs ont ouvert la poitrine des quelques prisonniers encore vivants, leur ont arraché le cœur qu’ils ont donné à des chiens errants. En représailles, les chrétiens ont massacré leurs prisonniers, les ont enfournés dans leurs canons, et les ont réexpédiés de cette manière chez les leurs. Le parlementaire manque de se faire écharper, mais il est reconduit sain et sauf hors de l’enceinte.

Mustapha Pacha s’attaque alors au fort Saint Ange, au fort Saint Michel et au bastion de Castille. Les Turcs attaquent tantôt en seul point, tantôt en plusieurs points. Le 7 août, ils obligent les assiégés à partager leurs forces, trois mille hommes attaquent le bastion de Castille, dix-sept mille hommes marchent sur le fort Saint Michel. La bataille dure quatre heures, avec des actes de bravoure qui feront date dans l’histoire de Malte.

L’artillerie turque les bombarde sans arrêt, avant et après chaque attaque. Les Turcs amènent une hélépole de fortune bâtie avec des agrès de navires. Deux chevaliers se font tuer (7), en essayant d’y mettre le feu. Leurs hommes déploient des prodiges de bravoure pour ramener les deux corps dans leurs lignes. La guerre continue deux mois de plus. D’un côté les janissaires, épaulés par les Algériens, les Tripolitains et les matelots des galères, de l’autre les chevaliers entourés de leurs servants d’armes, de soldats, de marins, de paysans, de femmes (Cool, et d’enfants (9), se défendent vaillamment. Les combats se finissent très souvent au poignard, à la dague ou à la hache. Pour abattre leur résistance, les Turcs exposent aux assiégés les leurs, prisonniers, atrocement mutilés et torturés. Les chrétiens ne se laissent pas abattre, car ils comprennent bien qu’il s’agit d’obtenir la victoire, ou de subir une mort douloureuse et atroce.

Toutes les attaques se portent à présent contre le bastion de Castille. Mustapha déclare à ses janissaires « mourons ici, c’est le bon endroit ». La Valette, blessé à la jambe par un éclat de grenade, de son côté dit à ses chevaliers « allons mourir, Messieurs ». Nous sommes le 31 août, et le bastion de Castille résiste toujours, mais tout va changer. Un messager parvient à joindre les assiégés pour les prévenir qu’une flotte partie de Messine vient à leur secours. Don Garcia de Toledo vice-roi de Sicile, et Don Alvaro de Bazan, marquis de Santa Cruz, font route vers Malte avec une armée. Dans la nuit du 7 septembre, Don Garcia fait tuer tous les coqs qui se trouvent à bord de l’armada, afin de ne pas donner l’alerte à la flotte turque. Au petit jour, les tercios (10) et les neuf mille hommes de son armée de renfort, débarquent sans bruits inutiles à Melliha, puis se déploient en chargeant les retranchements turcs qui font face à la ville assiégée.

Toute la journée les combats font rage, mais les Turcs reculent, et commencent à rembarquer en abandonnant les canons, leurs armes et leurs bagages. Mustapha terrorisé à l’idée d’être fait prisonnier, et d’y laisser sa tête, tombe trois fois de cheval en essayant de s’enfuir. A l’aube du 8 septembre, les troupes turques finissent de rembarquer sur leurs navires qui mettent immédiatement le cap vers le large, en laissant trente mille des leurs, sur les calcaires de Malte. Le peuple sort dans les rues encombrées de débris de toutes sortes pour manifester sa joie, mais l’île est entièrement ravagée. Les habitants presque tous blessés ou malades, campent dans les ruines de leur ville. Le Grand maître de l’Hôpital règne sur une île dévastée, et il sent son courage faiblir devant la tâche immense qui l’attend. Le Pape lui adresse un courrier « coup de fouet », dont les termes sont plutôt durs (11)  pour un homme de son âge qui a vécu ce siège atroce. La Valette qui comptait se replier en Sicile, comprend qu’il doit rester à Malte pour la relever de ses ruines.

Si les Maltais commémorent encore le 8 septembre, ils honorent également le 28 mars. En effet, le 28 mars 1566, en présence de huit mille personnes volontaires pour reconstruire la ville, La Valette pose la première pierre qui porte comme inscription en latin médiéval : « L’Illustrissime et Révérendissime seigneur, frère Jean de La Valette, Grand-maître de l’ordre hospitalier et militaire de Saint-Jean de Jérusalem, considérant tous les périls auxquels ses chevaliers et son peuple de Malte ont été exposés par les infidèles au dernier siège, de concert avec le conseil de l’Ordre, et pour s’opposer à de nouvelles entreprises de la part des barbares, ayant formé le dessein de construire une ville sur le mont Sciberras, aujourd’hui 28 du mois de mars de la présente année 1566, après avoir invoqué le saint nom de Dieu et demandé l’intercession de la Sainte Vierge sa mère et de Saint Jean-Baptiste, patron tutélaire de l’ordre, pour attirer les bénédictions du ciel sur un ouvrage si important, le Grand-maître en a posé la première pierre sur laquelle ont été gravées ses armes qui sont  « Écartelé de gueule à la croix d'argent et de gueule au lion et au gerfaut d'argent », et la nouvelle ville par son Ordre a été nommée Cité La Valette ».

La Valette sort peu à peu de terre, avec ses remparts, ses forts, la cathédrale Saint Jean, le palais des Grands maîtres, la trésorerie, l’arsenal, les auberges des huit langues, la sacrée infirmerie avec ses salles de chirurgie, de médecine générale ainsi que la grande apothicairerie. Le Grand-maître qui a refusé le chapeau de cardinal, épuisé, meurt le 21 août 1568. Il est enseveli d’abord à Sainte Marie de la Victoire, puis quand elle est terminée, en l’église Saint Jean. Trois ans plus tard ce sera Lépante, grande victoire navale de la chrétienté sur les Turcs barbaresques.

Notes :

(3) En fait, ils prennent possession le 4 mars 1530, de Malte et de son île voisine de Gozo, ainsi que de Tripoli (Libye), qu’ils tiendront jusqu’en 1551.
(4) L’île sur laquelle Saint Paul fit naufrage.
(5) « Chevalier Paul », « Tourville », « Suffren »,
(6) Chef des eunuques, gardien du harem impérial. Il a rang égal au 2ème et 3ème vizir.
(7) Jean Parisot de la Valette a ramé comme esclave sur une galère turque.
(Cool Philippe Lascaris, descendant des empereurs de Byzance, chrétien d’origine converti de force à l’âge de treize ans, saisi d’horreur se sauve à la nage, et rejoint le Grand-maître La Valette. Il gagne ses éperons de chevalier en combattant sur les remparts.  
(9) Le chevalier Henri de La Valette (neveu du Grand-maître), et le chevalier de Polastron.
(10) Environ 80 femmes aident les combattants, en rechargeant les arquebuses et autres mousquets
(11) Environ 200 enfants munis de frondes harcèlent les marins et les combattants turcs.
(12) Infanterie espagnole composée de nobles volontaires.
(13) « ….rien ne peut nous contraindre à penser qu’immédiatement après vous être couvert de gloire, lors de ce siège atroce, vous manquiez à votre devoir sur un point primordial (la reconstruction des fortifications et de la ville). ….votre seule présence à Malte enflammera le courage des chrétiens et tiendra en respect l’Ottoman… »

Bibliographie :

Ghislain de Busbecq, Lettres, Paris 1748
Soliman le Magnifique, André Clot, , Fayard 1983
Histoire des Osmanlis, Von Ranke, 1839
Les Grands Ordres de chevalerie, A. Chaffanjon, Paris, 1970
Les Chevaliers de Malte, Prosper Jardin, Librairie Académique Perrin, 1974
Les Chevaliers de Malte, Armel de Wismes, France-Empire, 1998.


©️ VAE VICTIS - LH GALEA - 2010
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