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 BIOGRAPHIE DE JEAN PARISOT DE LA VALETTE

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BUFFY1
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MessageSujet: BIOGRAPHIE DE JEAN PARISOT DE LA VALETTE   Dim 26 Fév - 23:29

Jean PARISOT de la VALETTE  (1494 - 1568)
Grand Maître de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem
BIOGRAPHIE



Plus quam valor, valet Valette (Valette au service de la valeur absolue)
« Écartelé de gueule à la croix d'argent et de gueule au lion et au gerfaut d'argent »


Jean Parisot de La Valette est né en l’an de grâce 1494 au château de Labro dans le Quercy. Fils de Guilhot de La Valette-Cornusson, chevalier, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, et de Jeanne de Castres. Il entre à l’âge de vingt ans au service de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem. Au cours d’un combat naval, il est fait prisonnier par le corsaire Dragut. Il va ramer comme esclave en attendant le versement de sa rançon. Il met à profit cette situation pour apprendre le turc et l’arabe (1). Libéré, il va être nommé Prieur de Saint Gilles, gouverneur de Tripoli d’Afrique en 1537, puis général des galères à Malte en 1554. A ce poste, il va mener la vie dure aux pirates barbaresques qui écument la méditerranée, et acquérir la renommée d’un homme qui n’abandonne jamais le but qu’il s’est fixé.

Le bailli de la Sangle, Grand-maître, tombe malade puis meurt. L’Ordre choisit celui qui lui paraît le plus apte à mener les troupes chrétiennes au combat. L’amiral Parisot de La Valette (2) est élu 44ème  Grand-maître à l’unanimité, à l’âge de 63 ans, le 21 août 1557. Il va avoir fort à faire, car Malte n’est pas prête à subir les affres d’un siège par la multitude turque. Ses prédécesseurs tout entiers accaparés par la chasse aux pirates, ne se sont guère préoccupés des fortifications de l’île, qui sont dans un état lamentable. Avec les moyens financiers procurés par la revente des cargaisons saisies sur les navires turcs et pirates, il finance la construction de nouveaux forts, et le renforcement des forts existants. Il fait creuser des souterrains de communication entre eux, fait stocker de l’eau douce, du grain, de la poudre et des boulets. Il achète en Italie des canons, des mousquets et des cuirasses. Il réparti les tâches à exécuter entre les civils maltais, les marins à terre, les soldats venus de tous horizons, le tout sous la surveillance de ses chevaliers. Il prépare également, soigneusement, le port à une attaque venue du large. En cas d’attaque,  la flotte de l’Ordre, embossée dans le port des galères est protégée de toute incursion par une chaîne à l’épreuve des plus rudes coups, qui barre l’entrée du mouillage. En cas d’attaque, les marins de l’Ordre serviront aux créneaux des forteresses. Ils seront en fait, les premiers Fusiliers Marins de l’histoire. Il instaure un péage assez curieux : chaque passager d’un bateau accostant à Malte devra fournir un panier de terre en guise de taxe d’entrée (3). Cette terre va constituer les jardins de Malte qui vont produire des primeurs.

Malgré le dur labeur qu’il fait soutenir à tous, les forts sont encore imparfaitement protégés. Les gros nuages noirs de l’attaque ottomane s’amoncellent, puis les avertissements lui parviennent du départ de la flotte d’invasion. Il fait évacuer toutes les femmes et enfants vers la Sicile, mais n’à pas assez de barques pour évacuer toute la population. Tous ceux qui restent, attendent de pied ferme l’armée turque.  

Le 17 mai, un coup de canon et les carillons des cloches annoncent l’arrivée de la flotte ennemie. Les derniers habitants rentrent dans la ville avec leurs troupeaux, les troupes prennent position. La Valette va de poste en poste vérifier que tout est en ordre, et il réconforte ses hommes. A soixante-dix ans, Jean Parisot de La Valette est un homme d’un abord sec, rigide et froid. À ses chevaliers, à ses soldats et à la population, il assure « qu’il épargnera au monde, la honte de voir un Grand-maître prisonnier ». Le 18 mai, les Turcs débarquent et occupent entièrement l’île. Le 20 mai, les troupes turques se lancent à l’attaque du bourg et du fort Saint Michel. La Valette, présent, encourage ses hommes ; les douze mille Turcs sont repoussés. Mais ils repartent à l’assaut, cette fois contre le fort Saint Elme qui commande l’entrée du port. Reçus par les coups d’épées, ainsi que par la mitraille déversée par le fort et le bourg réunis, les Turcs refluent, laissant deux mille morts sur le terrain. Le lendemain, les janissaires remontent à l’attaque, et sont bien près de franchir les fortifications. Le chevalier de La Cerda qui commande l’ouvrage demande des renforts. Le Grand- Maître n’apprécie guère, et lui répond que « si les défenseurs du fort veulent abandonner leur poste d’honneur, il est prêt, personnellement, avec ses chevaliers à venir les remplacer ». Les assiégés envoient un nouveau message au Grand-maître regrettant qu’il ait mal compris leur requête ; « qu’avec ou sans secours, ils entendent faire jusqu’au bout leur devoir ». Chaque nuit des renforts, des munitions et des vivres leurs sont acheminés par barques ou à la nage.

Les Turcs attaquent sans arrêt, y compris de nuit. Ils sont repoussés à chaque fois, mais il est évident que ce fort va tomber, et après lui les autres, un par un. Chaque défenseur qui tombe ne peut être remplacé ; les infirmeries sont pleines de blessés. La Valette envoie une barque avec le chevalier Salvago, de nuit, vers la Sicile pour demander des secours au vice-roi. La réponse n’est pas satisfaisante du tout, car les éventuels sauveteurs lui demande de les aider à forcer le blocus turc avec les navires de l’Ordre. La Valette renvoie un autre courrier précisant que les équipages des galères sont sur les fortifications, et qu’il lui est matériellement impossible d’agir dans le sens demandé. On lui répond enfin qu’on va lui envoyer des secours sans lui préciser quand, ce qui ne l’avance guère. A première vue, les défenseurs du fort Saint Elme vont mourir, car la délivrance n’est pas pour de suite. Les Turcs lancent une douzaine d’attaques sans succès, avec des pertes conséquentes. Mais ils parviennent néanmoins à isoler complètement le fort, dans lequel ne peut plus parvenir le moindre renfort. La Valette assiste en spectateur à la chute, et au massacre des défenseurs du fort le 23 juin, puis il ordonne un service funèbre en l’honneur des héros disparus. Il assiste au martyr des rares défenseurs encore en vie, qui sont dépecés vifs dans un concert de trompettes et de cymbales qui n’arrivent pas à couvrir les hurlements des suppliciés. Hors de lui, il fait mettre à mort tous les prisonniers turcs, leur fait couper la tête, et les chargent dans les canons. Les Turcs retournent chez eux de cette manière. C’est alors que le séraskier fait une offre aux assiégés, en envoyant un messager proposer la vie sauve contre la reddition des chrétiens. Il tombe mal, car La Valette est outré de ces manières de sauvages. Il le dit tout crûment au messager  « ton maître n’est qu’un assassin, et avec un assassin point de discussion ». Très énervé il empoigne le messager, et ordonne de lui faire un sort. Les Commandeurs ont toutes les peines du monde à le raisonner, et à emmener le messager dans ses lignes.

La guerre continue encore deux mois, en usant lentement mais sûrement les défenseurs qui voient leurs forces s’effilocher au fil des attaques turques.  La Valette reconnaissable à sa soubreveste galonnée d’or, et à sa barbe blanche se montre partout où les combats sont les plus durs pour ranimer la foi des défenseurs. Il est blessé d’un éclat de grenade à la jambe, ce qui ne l’empêche pas de se traîner de poste en poste. Enfin des émissaires arrivent à forcer le blocus turc. Ils préviennent le Grand maître que les secours sont en route, et qu’il faut tenir encore six jours.

Enfin, le 7 septembre, les troupes espagnoles débarquent, et prennent à revers les Turcs qui rembarquent dans la confusion. Le 8, la messe est dite, le siège est terminé. Les survivants hébétés d’être passé si près de la mort contemplent le champ de ruines qu’est devenu leur ville. La Valette se découvre d’un seul coup une multitude d’amis, il reçoit des armes de prix, il décline la pourpre cardinalice. Il s’occupe plutôt de rendre hommage aux deux cent soixante chevaliers,  au millier de soldats et d’habitants qui sont tombés sous la bannière des chevaliers de Saint Jean. Considérant le champ de ruines qui s’étale sous ses yeux, La Valette a un moment de faiblesse. Il envisage de quitter cette île ravagée avec ses chevaliers. Le pape Pie V lui adresse un courrier plutôt sec, lui intimant de rester sur place, et de la relever de ses ruines. Le Grand-maître devant son chapitre déclare : «La voix de votre vicaire, ô Jésus, m’indique mon devoir. C’est ici que nous resterons, et que nous mourrons ». Il n’a pas seulement dans l’idée de relever les fortifications, mais de reconstruire une nouvelle capitale qui rendra hommage aux sacrifices passés, et en portera témoignage aux générations futures. Il s’adjoint les services de l’architecte Zaparelli. Les travaux commencent le 28 mars 1566, par la pose de la première pierre cimentée par le Grand-Maître en personne, au milieu d’un grand concours de peuple et de chevaliers. La cité de La Valette vient de naître.

La Valette qui a dépassé 70 ans, est présent sur tous les chantiers du lever du jour jusqu’à la nuit. Dans la nuit du 21 août 1568, le Grand-maître de l’Ordre des Chevaliers de Saint Jean se couche et meurt dans son lit, sereinement, à bout de forces. Il ne peut voir l’achèvement de son œuvre gigantesque qui enchante nos yeux encore à l’heure actuelle. Brantôme écrira : « Nous autres Français, nous devons nous tenir très heureux, et très honorés d’avoir eu en notre nation, un si grand capitaine, qui a tant répandu de sang des infidèles, ennemis de Dieu et de notre foi, et à beaucoup vengé celui des chrétiens vilainement écoulé par eux, il y a tant d’années ».

Son corps est tout d’abord enseveli en la chapelle Notre Dame de Philerme. Puis lorsque l’église Notre Dame des Victoires est achevée, le cercueil du Grand-maître est transporté solennellement à bord de la galère capitane de l’Ordre, que tirent deux autres galères parées de drap noir, traînant dans l’eau les étendards pris aux Turcs. Dans le port de Murciet, la maison du disparu, ses officiers et ses domestiques  descendent les premiers à terre en portant des flambeaux. Le clergé suit la maison du prince, et porte son corps en chantant des psaumes. Le nouveau Grand-maître Pietri di Monte, et tous les seigneurs du conseil suivent. Il est mis en terre, alors que l’office des morts est célébré avec tous les honneurs dus à un si grand homme.

Notes :

(1) Il parle outre le français, l’italien, l’espagnol, le grec, l’arabe et le turc.
(2) Un contemporain le décrit « …doué de toutes excellentes vertus et perfections »
(3) L’île est essentiellement constituée de roches calcaires, elle est presque entièrement dépourvue de terre arable. Tout comme à Lampedusa, son île voisine, les petites parcelles cultivables sont closes de murs de pierres sèches.

Bibliographie :

Ghislain de Busbecq, Lettres, Paris 1748
Soliman le Magnifique, André Clot, , Fayard 1983
Histoire des Osmanlis, Von Ranke, 1839
Les Grands Ordres de chevalerie, A. Chaffanjon, Paris, 1970
Les Chevaliers de Malte, Prosper Jardin, Librairie Académique Perrin, 1974
Les Chevaliers de Malte, Armel de Wismes, France-Empire, 1998


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