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 DE GAULLE ET LE VATICAN

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BUFFY1
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MessageSujet: DE GAULLE ET LE VATICAN   Dim 26 Fév - 23:35

DE GAULLE ET LE VATICAN

Le 30 juin 1944, tôt dans la matinée le général Charles de Gaulle – accompagné de ses collaborateurs immédiats -, introduit dans le jeu diplomatique par le cardinal Tisserant (1) entre au Vatican pour rencontrer en audience privée le Pape Pie XII. Celui que le Protocole appelle encore « Son Excellence le général Charles de Gaulle », un général catholique qui se dit « chef du gouvernement provisoire de la République Française », va rencontrer le Pape pour présenter ses compliments, et entamer plus tard le règlement des questions graves touchant au sort des prélats collaborateurs en France.

Dès le 5 juin 1944, alors que les troupes alliées entrent dans Rome, le cardinal Tisserant remet à la Secrétairerie d’Etat une lettre du général de Gaulle adressée à Pie XII. Dans cette lettre, de Gaulle assure le Saint Père de « l’attachement filial du peuple français au Siège apostolique ». Il s’engage à protéger dans la mesure du possible les monuments religieux au cours des opérations à venir « souvenirs de notre foi chrétienne ». Le pape plutôt satisfait des termes de cette lettre, charge Mgr Tardini, chef de la section extérieure de la Secrétairerie d’Etat, de lui préparer une réponse conséquente, que Jacques Besson (démissionnaire de l’Ambassade de France à Rome) acheminera à Alger le 16juin.

Le 30 juin le général de Gaulle est reçu en audience par le pape. Ayant présenté ses collaborateurs au pape, le général se fait conduire à la chapelle Sixtine, où il se recueille longuement. L’Osservatore Romano publie le programme de la visite de de Gaulle au souverain Pontife : « Entrée par le grand portail en cortège, encadré par les chanoines, et mené par le camérier du pape ». Ce programme réservé à l’accueil d’un prince héritier soulève une vague de protestations de la France de Vichy, et notamment celle de son représentant à Rome, l’ambassadeur Léon Bérard (2). Sortant de l’audience pontificale, le général se rend chez le secrétaire d’Etat, le cardinal Maglione qui souhaite que le changement de régime se passe sans secousses pour l’Eglise de France. Le général rassure son interlocuteur en ajoutant toutefois cette phrase prémonitoire : « …..bien que certains milieux ecclésiastiques français aient pris à mon endroit une attitude, qui demain ne facilitera pas les choses… »

Le 25 septembre 1944 (Paris a été libéré ce jour), le nonce apostolique Mgr Valerio Valeri quitte définitivement Vichy pour se rendre à Paris. Mgr Valeri a suggéré aux autorités vaticanes d’envoyer à Paris un observateur officieux du Saint Siège auprès du Gouvernement provisoire de la République française (3).

Le 26 septembre, le nonce est reçu par l’ambassadeur Raymond Brugère, secrétaire général du Quai d’Orsay. Là il apprend avec surprise qu’il est reçu à titre privé car le général a décidé de n’agréer aucun diplomate ayant suivi Pétain à Vichy, et cela sans exception (4). Pour le nonce Valeri la pilule est amère car il a déployé des efforts non négligeables pour adoucir les rigueurs de l’occupation au peuple français, et il se voit bien mal récompensé (5). En effet Mgr Valeri s’est heurté au maréchal lors des mesures antisémites décidées par l’Etat français le 2 juin 1941. Il s’accroche sévèrement avec Pierre Laval après la rafle du Vel’ d’hiv’ en juillet 1942.

Rien n’y fait, aussi Pie XII est furieux, il charge Mgr Tardini de faire savoir à Paris que le renvoi de Mgr Valeri sera considérée par le Saint Siège comme « un précédent fâcheux et un acte inamical », et que cela ne va pas faciliter la reconnaissance du gouvernement de de Gaulle par celui-ci. Le général reste inflexible. Le 4 novembre un télégramme de Mgr Tardini prévient Mgr Valeri qu’il va devoir rentrer à Rome. Le cardinal Tisserant arrive à Paris le 7 novembre, et il multiplie les contacts avec les membres du gouvernement provisoire. Il rencontre le général de Gaulle le 15 novembre qui lui confirme qu’il veut le renvoi d’un certain nombre de prélats ayant collaboré de manière un peu trop voyante avec Vichy.

Qui nommer Nonce apostolique en France ? La secrétairerie pense à Mgr Fietta qui est présentement en Argentine, mais malade du cœur il ne peut prendre l’avion. On pense à Mgr Roncalli  délégué apostolique en Turquie (6). Mgr Roncalli arrive à Paris après un voyage très éprouvant (7), le 1er Janvier 1945, il prononce à Paris, en qualité de doyen du corps diplomatique, à l’Hôtel de Brienne les vœux de nouvelle année devant le général de Gaulle et ses ministres. Les ambassadeurs applaudissent leur nouveau doyen. Toutefois, il ne sait que le gouvernement provisoire a nommé depuis le 12 novembre 1944, un jeune professeur de 43 ans,  qui s’appelle André Latreille, ami du dominicain père Maydieu et d’Adrien Tixier (Cool. Ce dernier a été chargé par le général d’une tâche à laquelle il n’y connaît rien : l’épuration des évêques français ayant collaboré. Cette liste – en fait deux listes nommées A et A bis - établie par Georges Bidault comporte vingt-quatre noms (9). Ce malheureux Latreille se met au travail pour enquêter, et faire la part des dénonciations calomnieuses. Il étudie de près le cas des Mgr Suhard et Beaussart, Archevêque de Paris et évêque auxiliaire de Paris écartés manu militari des cérémonies à l’Hôtel de ville de paris, et au Te Deum célébré à Notre Dame de Paris.

Mgr Roncalli reçoit longuement les futurs expulsés ainsi que les « bienvenus ». Il sait déjà que la liste s’est allongée à trente-cinq noms. Toutefois Mgr Tisserant, proche de de Gaulle rentre d’une inspection de tous les diocèses de France (10) et apprend au général que cette « chasse aux sorcières » n’est pas bien perçue par les fidèles Français. Le général est perplexe car la réconciliation des français ne passe-t-elle pas par autre chose qu’une chasse désordonnée - et sujette à caution - des évêques ?

Latreille est reçu par le général le 30 janvier et trouve celui-ci moins virulent que les gens du CNR et les communistes. Les éditos vengeurs de l’Humanité et les criailleries des réunions mouvementées du MRP, ne sont pas pris en compte par le général qui désire que tout cela se passe discrètement. Le 11 avril Mgr Roncalli rencontre Bidault. La discussion animée ne mène à rien. Il commence à s’agacer de ces relents de haine et de vengeance qui agitent certains milieux (11). Le 11 mai le nonce prend connaissance enfin de cette fameuse liste. Stupéfaction, cette liste ne comprend que sept noms. Il est temps de conclure. Le pape accepte le principe du départ de quelques évêques. Lesquels ? La Secrétairerie d’Etat décidera directement avec le cabinet du général de Gaulle. La contrepartie ? Le Saint Siège va nommer des prélats Français présentés par le Gouvernement provisoire.

Mgr La Villerabel (Aix), Auvity (Mende), Dutoit (Arras), Beaussart (Paris) présenteront leur démission. Sont promus, Mgr Saliège (Toulouse), Petit de Julleville (Rouen), Roques (Rennes),

Notes

(1) Le cardinal Tisserant, hostile convaincu aux nazis et à Pétain, est alors secrétaire de la congrégation pour les Eglises orientales. Dans la curie, il est surnommé « cardinal de Gaulle ». Depuis avril 1943, il fait discrètement le lien entre le Vatican et le chef de la France libre. A noter que c’est Mgr Jullien, doyen de la Rote qui est en charge de cette relation encore officieuse. Deux autres ecclésiastiques participent aussi à ces échanges : Mgr Fontenelle, correspondant du journal « La Croix », et l’abbé Martin, camérier secret du pape et futur préfet de la Maison pontificale.
(2) Mgr Tardini fait l’étonné et en reporte la responsabilité sur le journal. Léon Bérard sait qu’il n’est plus là pour longtemps, car le débarquement allié en France a réussi.
(3) A noter que le gouvernement d’Alger avait déjà accrédité Mr Hubert Guérin, conseiller d’ambassade auprès du Vatican.
(4) Rencontrant Georges Bidault, celui-ci lui confirmera que le doyen du corps diplomatique ne saurait être un homme ayant été accrédité à Vichy aux mêmes fonctions, pendant toute la guerre.
(5) Mgr Valeri a été accrédité en 1936 auprès du gouvernement de Léon Blum, il a suivi le gouvernement de Paul Reynaud à Bordeaux, puis il a rejoint le maréchal Pétain à Vichy. A Vichy il a déployé une activité constante pour soulager via le Vatican, les difficultés d’alimentation du peuple français. En mars 1942, il a transmis – sans succès - une proposition du maréchal Pétain au Vatican, de constituer une flotte vaticane à but humanitaire.
(6) « Roncalli ? Mais c’est une vieille baderne !! » dira un journaliste de l’Agence France Presse. Néanmoins Angelo Guiseppe Roncalli, cette « vieille baderne », deviendra pape sous le nom de Jean XXIII.
(7) Ankara, Beyrouth, Le Caire, Benghazi, Naples, Rome Paris. Il part d’Ankara le 27 décembre et arrive à Rome le 28.
(Cool socialiste pur sucre et gaulliste inconditionnel.
(9) Dans ces listes on est surpris de trouver des noms comme ceux de Mgr Delay (Marseille) qui a protesté publiquement contre le traitement fait aux Juifs, ou Mgr Piguet  (Clermont) qui est encore détenu à Dachau. Cette liste est suspecte, car pour certains le dossier d’accusation est vide.
(10) Avec une voiture procurée par le général lui-même.
(11) Mgr Torricella – très proche de Mgr Roncalli - vient d’être tué par des « maquisards » d’Agen qui le considéraient comme un fasciste.

©️ VAE VICTIS - LH GALEA - 2010
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