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 LA BATAILLE DE CANNES

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Date d'inscription : 25/02/2017

MessageSujet: LA BATAILLE DE CANNES   Sam 25 Fév - 14:49

BATAILLE DE CANNES (-216)

Trasimène laisse un butin considérable, des troupes carthaginoises gonflées à bloc, et un général optimiste pour la suite des évènements. Deux batailles, La Trébie et Trasimène, deux victoires écrasantes !! Hannibal se dirige vers l’Adriatique afin de procurer à ses soldats un lieu confortable pour se reposer des souffrances endurées, et soigner ses chevaux.

Rome encaisse la tragédie de Trasimène, puis nomme un dictateur ; c’est Q. Fabius Maximus, un sénateur bigot et irascible ; homme d’état intègre - mais piètre général -, heureusement secondé par Marcus Valerius, qui est nommé maître de la cavalerie. Il procède à des sacrifices religieux, prend le commandement de ses troupes, et établit son campement face à celui des carthaginois.

Hannibal soigne ses chevaux en les baignant dans du vin vieux, pour les débarrasser de leur gale et de leur cachexie (apparemment, il ne manque pas de vin), puis dévaste consciencieusement les terres alentours, sous l’œil prudent de Fabius. L’Apulie est razziée. C’en est trop, Fabius offre des sacrifices aux dieux, réunit ses troupes, avance avec quatre légions et campe à Aecae à neuf km de ses ennemis.

Le général carthaginois fait une sortie, range son armée en bataille devant le camp ennemi pour offrir le combat. Aucune réaction !! Comme personne ne bouge chez les romains, il se retire et retourne à son camp en traitant les romains de poltrons. Fabius explique à ses officiers outrés, que ces carthaginois se battent depuis l’enfance, qu’ils ont déjà gagné deux batailles, et qu’il vaut mieux jouer à coup sûr le sort d’une confrontation en attendant la bonne occasion. Pour l’instant il se contente de le suivre, et de compter les points. Son adjoint Marcus, se ralliant à l’avis de la troupe, juge Fabius paresseux et lâche. Il faut noter qu’à cette époque aucune ville romaine n’est passée du côté des carthaginois, malgré les appels à la liberté de son général. Ce dernier se dirige vers la riche plaine de Capoue, toujours suivi par Fabius, qui attend son heure.

L’armée carthaginoise s’engage dans un goulet à peu près semblable à celui de Trasimène non loin de Falerne ; Fabius jubile. Il va pouvoir coincer ce pillard, pour ce faire, il poste quatre mille hommes sur les collines ; ils devront tous foncer au signal, et massacrer les carthaginois qui campent sans se soucier de rien. Hannibal, bien renseigné par ses éclaireurs, convoque Asdrubal (Asdrubal le Beau, frère d’Hannibal), lui donne l’ordre de fabriquer des fagots de bois sec, ainsi que le plus possible de torches, de réunir deux mille bœufs vigoureux, et de rassembler tout cela devant le camp. Il réunit ses hommes, puis leur explique ce qu’ils devront faire en pleine nuit ; pousser les bœufs dont les cornes seront chargées de fagots enflammés et de torches allumées vers les défilés en direction des hauteurs. Ceci fait il fait passer l’ordre de dîner, et de dormir de bonne heure.

A la troisième veille (vers 3 heures du matin), les sapeurs allument les fagots et les torches, puis poussent les bœufs affolés vers les romains ; les lanciers courent sur les côtés de la meute pour maintenir sa cohésion. Hannibal range en avant les fantassins lourds, le butin et en arrière des troupes, les Ibères et les Celtes, puis il s’avance vers les défilés qui ferment la vallée. Les romains, voyant tous ces feux qui courent, pensent que l’armée carthaginoise est en train de faire une sortie ; ils dégarnissent les goulets pour se porter vers les crêtes. Là, ils se retrouvent face à des animaux enragés, et des fantassins qui les massacrent par surprise. Ils se retranchent sur les hauteurs pour attendre d’y voir plus clair. Le jour se lève, et l’armée carthaginoise a disparu ; un millier de romains gisent sur le sol.

La coupe est pleine, les officiers traitent ouvertement leur général d’incapable, de lâche, de poltron. Fabius, sous prétexte de sacrifices, rend ses insignes, investit Marcus du commandement, et part pour Rome. Hannibal est tranquille à présent ; il se rend à Gerounion pour hiverner au sein d’une région très riche. Marcus l’ambitieux, livre une guérilla fructueuse contre Hannibal, ce qui le contraint à la défensive. Il en déduit (ingénument), qu’Hannibal à une réputation très surfaite, et que lui Marcus peut le vaincre. A Rome, ces nouvelles prouvent que ce n’est pas la lâcheté de la troupe, mais bien la pusillanimité de son chef qui a empêché une victoire, et on nomme Marcus second dictateur – c’est une nouveauté -. Fabius revient vers son armée, nullement changé dans ses idées ; il doit partager le commandement avec Marcus. Hannibal est au courant de la nouvelle donne ; il estime que cela joue pour lui. D’escarmouches en escarmouches, les élections arrivent à Rome, les deux dictateurs remettent leur commandement à leurs remplaçants, Lucius Aemilius et Caius Terentius. Sont nommés proconsuls, Cnaeus Seruilius et Marcus Regulus, qui reçoivent l’autorisation d’Aemilius, d’utiliser les troupes à leur convenance. Rome lève de nouvelles légions, et aligne face à Hannibal qui vient de prendre la ville de Cannes, quatre-vingt six mille hommes.

Toutefois il y a un problème de taille, les deux généraux ne s’entendent pas ; ils décident que le commandement changera tous les jours. Un jour l’un, le lendemain pour l’autre. A charge pour celui qui ne commande pas, de se ranger à l’avis de l’autre. Lucius plus professionnel, déconseille le combat dans la plaine de Cannes, car les lieux favorisent la cavalerie d’Hannibal. Caius, inexpérimenté, est bien sûr d’avis contraire, puis comme c’est son jour de commander, il lève le camp et malgré les protestations de Lucius, se dirige vers la bataille. Hannibal tombe sur ses cohortes en marche, avec des fantassins légers et des cavaliers qui les secouent, mais sans résultat notable.

Les romains établissent leur camp au bord du fleuve Aufide, et y passent la nuit. Le lendemain c’est à Lucius de commander. Il ne veut pas de bataille à cet endroit, mais il ne peut se retirer à présent compte tenu de la proximité de l’ennemi. Puis c’est à Caius de commander ; Hannibal harangue ses troupes (ses propos ont été notés en intégralité, par les historiens carthaginois Sôsylos et Silénos), il leur montre la campagne environnante, le terrain qui va leur donner une supériorité écrasante, que cette bataille va leur livrer la maîtrise de l’Italie, et de ses richesses. Que dire de plus à une armée de mercenaires.

Au lever du soleil, Caius fait sortir son armée et la dispose en ordre de bataille. Les cavaliers le long du fleuve, tout contre eux les fantassins, en serrant les unités plus que d’ordinaire. Les manipules ont ainsi plus de profondeur que de front. Il dispose la cavalerie alliée et auxiliaire à l’aile gauche ; puis en avant de toute l’armée, il place les fantassins légers. L’armée romaine aligne ce jour là quatre-vingt mille hommes, plus environ six mille cavaliers. Hannibal fait passer ses frondeurs baléares et ses lanciers au-delà du fleuve pour protéger la manœuvre. Il place les cavaliers ibères et celtes face aux cavaliers romains ; tout contre eux les fantassins lourds africains, à leur suite les Ibères, les Celtes et le reste des Africains. A l’aile, il place sa cavalerie numide. Il prend avec lui, les unités ibères et celtes du centre qu’il fait avancer, puis place les unités africaines à leur contact. Ses troupes forment ainsi un croissant très affiné au centre. Les Africains sont armés à la romaine, après récupération des armes laissées sur les champs batailles précédents. Hannibal aligne quarante mille fantassins et dix mille cavaliers.

Les avant-postes engagent le combat, et tant que seuls les fantassins sont aux prises, la partie reste égale. Mais lorsque les cavaliers ibères et celtes arrivent au contact, la physionomie du combat prend un aspect plus sauvage. Ils massacrent les romains, qui se battent avec vaillance, et les repoussent le long du fleuve. Les infanteries lourdes se jettent l’une contre l’autre, les Ibères et les Celtes tiennent, puis peu à peu, écrasés sous le poids des armes, reculent et résorbent la courbure du croissant. Les manipules romains qui se rabattent des ailes vers le centre, les poursuivent, et rompent les lignes des Celtes. Emportés par leur élan ils se retrouvent avec les fantassins lourds africains sur leurs flancs découverts. Là, le génie tactique fait le reste : les fantassins lourds africains de l’aile droite font un quart de tour à gauche et chargent par la droite ; ceux de l’aile gauche font un quart de tour à droite et chargent par la gauche. Les Romains au centre, sont cernés par les Africains, tandis qu’ils poursuivent les Celtes. Le combat est général. Lucius avec ses troupes gagne le centre, alors qu’Hannibal fait de même. Les Numides tombent sur l’aile droite des cavaliers romains rangés à l’aile gauche sans effet de part ni d’autre, mais ils les neutralisent. Lorsque les hommes d’Hasdrubal ont fini d’exterminer les cavaliers le long du fleuve, ils les rejoignent ; les Romains sous la pression battent en retraite. Les troupes d’Hannibal tombent sur les légions, les chargent plusieurs fois, les frappant d’épouvante. Lucius Aemilius tombe les armes à la main, les Rmains encerclés tombent les uns après les autres, Marcus et Cnaeus tombent aussi. Aemilius Paulus charge avec un corps de troupe, malgré une blessure grave, mais donne l’ordre à ses cavaliers de mettre pied à terre pour ne pas aggraver le chaos. Hannibal s’écrie : « Mieux vaudrait, qu’il me les livrent enchaînés ».

Les pertes sont saisissantes : soixante-dix mille romains tués, dix mille prisonniers et seulement trois mille trois cent soixante-dix rescapés. Les Carthaginois perdent sept mille sept cents hommes.

Hannibal, épuisé, reçoit les compliments de ses généraux, mais élude le départ de l’armée pour Rome. Maharbal lui dit alors ces mots fameux : « Les Dieux, ce n’est pas étonnant, n’ont pas tout donné au même homme ; tu sais vaincre, Hannibal ; mais tu ne sais profiter de la victoire ».

Cette hésitation va sauver Rome et son empire, et condamne Carthage à la destruction.

Voir la biographie d'Hannibal


Bibliographie :

Carthage et Hannibal, Belles Lettres, 2007
Histoire de Rome, Dion Cassius, Lacus Curtius
Histoires, Livres I & III, Polybe, PUF 1971
La destruction de Carthage, Gérard Walter, Albin Michel, 1947
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