ARCHE DES COMBATTANTS


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 LE SIEGE DE PORT ARTHUR

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BUFFY1
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MessageSujet: LE SIEGE DE PORT ARTHUR   Lun 27 Fév - 0:20

LE SIÈGE DE PORT ARTHUR

Dès 1860, les Russes choisissent une baie bien protégée à l’extrême est de leur immense pays, afin d’y construire une base maritime offrant un débouché en eau libre, à leur commerce. Ce sera Vladivostok (2), reliée au reste du pays par le transsibérien. Des négociations en 1893 avec l’état Chinois obtiennent l’autorisation de traverser la Mandchourie, suivi d’un bail de vingt-cinq ans sur la presqu’île de Liao-Tang et Port-Arthur que les Japonais ont évacué.

Toutefois, les Japonais qui ne l’entendent pas de cette oreille, considèrent cette installation comme une provocation. C’est un affront, et surtout un danger pour leur sécurité en mer Jaune. « Nous ne voulons pas voir flotter le drapeau blanc à croix de Saint André sur la mer jaune ».

Le 6 février 1906, le vice-roi de Port-Arthur (3), l’amiral Eugène Alexieff fils naturel du tsar Alexandre II qui vit comme un satrape, reçoit le vice-amiral Stark qui le prévient qu’un navire vient d’évacuer tous les Japonais qui vivaient encore à Port-Arthur. Il demande instamment à Alexieff la permission de mettre les torpilleurs sous pression, et d’installer le filet pare torpilles. Il est éconduit grossièrement. De retour sur son navire, l’amiral Stark fait ce qu’il peut, à savoir rappeler les permissionnaires, et rompre toutes les relations avec la terre jusqu’à l’aube. Il affecte le cuirassé Retvizane et le croiseur Pallada à la garde de la passe.

Vers minuit par une nuit d’encre, il convoque le commandant du Petropavlosk, son navire amiral, et lui enjoint de faire appareiller la canonnière Giliak. Celle-ci étant en panne de machine, le Bobr appareille. Il attend des nouvelles de ses éclaireurs qui croisent mer Jaune, le Bestraschny et le Rastoropny. Or ceux-ci qui ont aperçu des navires japonais, foncent à toute vapeur vers Port-Arthur pour prévenir du danger. Ils n’utilisent pas leurs moyens radio qui sont de faible portée, et de plus en mauvais état.

A minuit précis, une flottille de torpilleurs nippons avance à moins de quatre cents mètres du mouillage de l’escadre russe et lance ses torpilles en trois vagues successives. Le Pallada, croiseur de 1ère classe construit en Russie en 1902 est frappé en plein centre, dans les chaudières, et prend immédiatement une gîte de dix degrés. Le Cesarevitch (cuirassé construit en France en 1901) touché à l’arrière, voit son appareil à gouverner mis hors service. Le Retvizane, cuirassé construit en Amérique en 1900, qui montre une déchirure à l’avant, embarque des tonnes d’eau.

En une demi-heure, trois navires de ligne ont été mis hors service. Les quelques coups de canon tirés à l’aveuglette, n’inquiètent pas les Japonais qui sont déjà loin. Aux premières lueurs du jour, le vice-roi découvre dans ses jumelles un spectacle qui le fait frémir. Jusqu’à l’horizon, la flotte japonaise de l’amiral Tôgô couvre la mer. L’amiral japonais a mis sa marque sur le cuirassé Mikasa (4), qui est à l’époque l’unité la plus aboutie en matière de modernisme naval.  Le vice-roi va d’apoplexie  en crises de rage, car il apprend que les Japonais viennent de débarquer tranquillement à Chemulpo – port neutre voisin de Séoul -, où sont embossés le croiseur Varyag, et une vieille canonnière, le Koreietz.

Le 9 mars, l’amiral japonais Uryû, adresse un message au capitaine de vaisseau Rudneff qui commande le Varyag : « sortez du port et venez combattre, ou je viens vous déloger ». Il est impossible de mener un combat naval dans un port neutre encombré de navires de toutes nationalités, aussi Rudneff fait chanter à ses équipages l’hymne national, puis franchit la passe avec ses deux navires sous grand pavois. En face, à sept mille mètres, la flotte japonaise composée de neuf unités (dont le cuirassé Asama), l’attend. Deux heures après, ce sont deux épaves hors de combat qui rentrent dans le port de Chemulpo pour s’y saborder. Si ce n’était que ça, mais le lendemain, le poseur de mines Ienissei touche un de ses propres engins, et sombre en quinze minutes. Pis encore, le Boyarin envoyé à son secours saute lui aussi sur une mine. En deux jours de guerre la flotte russe a perdu sept navires. D’ailleurs, on parle de guerre, mais les Japonais ne l’ont même pas déclarée cette guerre.

L’amiral Starck est relevé par l’amiral Makarov, ce qui est immédiatement connu des services de renseignements japonais. Sur terre, la guerre continue au fil des retraites précipitées des Russes, à chaque fois que les Japonais font mine de les encercler. Sous l’impulsion de Makarov, la flotte du Tsar reprend vigueur et mordant. Le 10 mars, deux torpilleurs russes se heurtent à la première escadrille de torpilleurs japonais de l’amiral Deva. Le sémaphore de la Montagne d’Or lui ayant signalé le début du combat, l’amiral Makarov fait appareiller les croiseurs Askod et Novik. Ils arrivent pour voir sombrer le Steregustchy, tandis que le torpilleur japonais Akebono réduit à l’état de ferraille flottante, rejoint à grand-peine l’escadre nippone.

Quelques heures plus tard, les 305 mm du Yashima (marque amiral Tôgô) expédient une volée par-dessus les collines de Liao-Tchen. Les obus de marine explosent dans l’enceinte du port. Les navires russes sont tous groupés dans le port en eau profonde, mais ne peuvent en sortir, car on est à marée basse. Rongeant son frein, Makarov prépare néanmoins une sortie rapide. Dès que la marée le lui permet, il fait appareiller une vingtaine de bâtiments. Le 22 mars, lorsque les cuirassés Fuji et Yashima veulent recommencer leur bombardement, ils trouvent devant eux le Pobieda et le Retvizane qui ouvrent le feu. Le Fuji reçoit une bordée qui allume des incendies. Le Yashima  et l’éclopé fuient, encadrés par les gerbes des navires russes.

Le 12 avril 1904, l’amiral Tôgô envoie le Koryu Maru mouiller des mines devant le chenal d’accès du port ennemi. Makarov de son côté, envoie les torpilleurs Strachny et Smalny en reconnaissance. Ils tombent en plein brouillard sur la flotte nippone qui ouvre le feu immédiatement, et envoie par le fond le Strachny en cinq minutes. C’est alors que le Bayan alerté par le Smalny arrive sur les lieux. Il ouvre un feu d’enfer sur les torpilleurs nippons de l’amiral Deva, qui se retirent. Sur la ligne d’horizon apparaît la flotte de Tôgô, tandis qu’en face à toute vapeur arrive l’Amiral Makarov à bord du Petropavlovsk, suivi du Poltava, de l’Askold, du Diana et du Novik.

Vitesse de combat !! Ordonnent les deux amiraux. La flotte russe fait demi-tour pour se mettre sous la couverture des batteries de côtes. Tôgô à bord du Mikasa ne tire pas, et se contente de repousser la flotte russe vers son port. Le Peverest, le Pobieda et le Sebastopol rallient Makarov. Quatre grosses détonations retentissent ; le Petropavlovsk se désintègre en sombrant sur le champ. Il a touché une mine qui a fait sauter ses chaudières, les dix-huit mines qui se trouvaient à bord, et une soute à munitions. Il entraîne dans la mort six cents hommes, trente et un officiers ainsi que l’Amiral Makarov. Le Pobieda saute également sur une mine. Le Grand-duc Boris s’évanouit à la vue de ce désastre.

Makarov est remplacé par l’amiral Witheft (5), l’incapable Alexieff est muté à Moukden le 5 mai. Il est remplacé par le général Stoessel qui va devoir se mesurer au général Nogi qui avance toujours. Ce dernier arrive au contact des défenses extérieures de la Montagne Haute. Lorsque une redoute est prise, les Russes la font sauter, et contre attaquent. Chaque mètre de terrain fut couvert de sang. La conquête de la position du Loup Blanc, coûta à elle seule aux Japonais dix mille hommes. Comme les troupes nippones se font écraser par les lourds obus de marine tirés depuis le port intérieur, Tôgô – à la demande de Nogi - décide de provoquer la sortie de l’armada russe pour tenter de la détruire, et ainsi de soulager l’infanterie. Le 10 août, enfin l’escadre russe embouque le chenal de sortie. En tête les dragueurs de mines, protégés par deux canonnières, deux divisions de torpilleurs, le croiseur Novik, le Cesarevitch (navire amiral), plus six cuirassés et trois grands croiseurs.

Les deux formations se canonnent furieusement. Le Mikasa a plusieurs pièces réduites au silence lors du premier échange d’artillerie. Tôgô ordonne « tir rapide », à ses équipages bien entraînés. Les Russes sont rapidement asphyxiés par ces obus (6) qui explosant en une pluie d’éclats incandescents, mettent le feu aux navires. En peu de temps, le Sebastopol, le Peverest, le Revitzane et le Cesarevitch sont dévastés, cheminées éventrées, et incendiés. Alors que le Mikasa tire ses derniers obus, deux d’entre eux font mouche sur le Cesarevitch. Un sur la passerelle de commandement tuant tous les occupants y compris l’amiral (le commandement passe à l’amiral Prince Oukhtomsky); l’autre dans le blockhaus, tuant les occupants, en provoquant une avarie de barre. Le navire hors de contrôle fonce sur le Peverest qui arrive à l’éviter de justesse. Seuls celui-ci, le Pobieda et le Retvizane arrivent à se replier sur Port Arthur, d’où ils n’en bougeront plus. Le Cesarevitch arrive à s’échouer dans la baie de Chiao-Chou où les Allemands le désarment.

A terre, la situation n’est guère meilleure. Du 14 au 22 septembre, Nogi essaie de conquérir la Montagne Haute au prix de onze mille tués dans ses rangs. Les défenseurs ont perdu vingt mille hommes. Nogi pilonne le port avec des obusiers de 280 millimètres. La forteresse va sur sa fin faute d’eau potable, et de vivres. Le 6 décembre, les Japonais enlèvent de haute lutte la Montagne Haute. Nogi fait hisser ses obusiers au sommet, et de là exécute les restes de la flotte russe blottie à ses pieds. Tous les rescapés des batailles précédentes sont coulés, sauf deux torpilleurs qui forcent le blocus en emportant les drapeaux de la garnison de Port Arthur, ainsi que le trésor.

Le 2 Janvier 1905, les Russes déposent les armes. Les officiers peuvent garder leurs armes, mais pas leurs chevaux (dont une bonne partie a déjà été mangée). Trente-quatre mille Russes sont tombés, ainsi que cinquante-huit mille Japonais.

Notes :

(1) Fils d’un officier marinier promu officier. Alors qu’il est enseigne de vaisseau, invente un paillet pour obstruer les voies d’eau qui sera adopté par toutes les marines. Il invente un caisson qui permet de réparer les navires sans passer par les docks. Il invente la coiffe qui augmente la force de pénétration des projectiles. Il publie plusieurs ouvrages traitant de l’océanographie, de l’artillerie, de la formation du personnel et des navires brise-glace.
(2) « Maîtrise de l’Orient »
(3) Un oukase du 12 août 1903, lui avait conféré ce titre de vice-roi.
(4) Classe Katori. 15.300 tonnes, 19 nœuds, 2x2 305 mm, 14x1 152 mm, 4 tubes lance-torpilles de 400 mm.
(5) L’amiral est un savant, mais comme il le reconnaît lui-même : « je n’ai rien d’un chef d’escadre ».
(6) Les Japonais ont mis au point un nouvel explosif baptisé Shimosa. Leurs obus ne sont pas des obus de rupture, car ils détonent au moindre contact.

Bibliographie :

Bernard Crochet et Gérard Piouffre, La guerre russo-japonaise 1904-1905, Antony, ETAI,‎ 2010,

Jean Mabire & Yves Bréhéret, Les Samouraïs,  Balland, 1972

Au service du Pavillon de Saint André, Plotto, 2000


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