ARCHE DES COMBATTANTS


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 DES HOMMES D'HONNEUR

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BUFFY1
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MessageSujet: DES HOMMES D'HONNEUR    Lun 27 Fév - 12:19

Ci-dessous les hommes et les femmes qui prouvèrent que la France ce n'était pas seulement la lâcheté et le déshonneur

Lieutenant  RABAH KHELIFF
Commandant la 4ème Cie du 30éme BPC, a emmené sans ordres ses hommes en camion jusqu'à la Préfecture d'Oran, le 5 juillet 1962, et libéré des centaines de civils européens prisonniers du FLN, promis à une mort certaine. (Devenu Capitaine). (Source Web)
Colonel LALLEMAND
Commandant le 22éme  R.I à TENES, en juin 1962, a pris sous sa responsabilité de faire embarquer tous ses harkis (qui ne voulaient pas rester en Algérie) avec femmes et enfants, sur un navire affrété à ses frais. Un de ses fils, Lieutenant a menacé et fait mettre en joue avec les F.M de sa Cie, les gendarmes mobiles qui ne voulaient pas que les harkis prennent le bateau (source Ténès info)
Sous-Lieutenant  Maurice de KERVONAËL
Du 28ème Dragons, avait 108 hommes sous ses ordres, dont 78 musulmans, en a rapatrié 30 avec leurs familles (volontaires) transportés par taxis d'AFFREVILLE vers ALGER (interdit de se servir de moyens militaires) « à ALGER, les gendarmes ont été formidables et nous ont aidé à mettre tout le monde dans un bateau. Sa sœur et son beau-frère, propriétaires d'un domaine dans le Minervois ont accueilli tous ces rescapés. (Livre Harkis, soldats abandonnés)
Lieutenant François MEYER du 23ème Spahis,
A rapatrié environ 350 harkis, familles comprises, en France et il s'est occupé de leur insertion (devenu Général). (Source : idem ci-haut)
Lieutenant Armand BENESSIS de ROTROU, ancien du Commando Georges, puis au 81ème RIA à Djidjelli,
Avec l'aide du Capitaine Georges MARCE, rapatrié 250 harkis avec leurs familles par bateau. Se sont occupés de leur hébergement dans l'Est de la France.  (Devenu Lt-Colonel) (Source : livre Commando Georges et l'Algérie d'après)
Capitaine Maurice FAIVRE, commandant  escadron du 20ème Dragons
S'est occupé de rapatrier 53 familles, et fait des démarches en France pour l'insertion de ses harkis (devenu général).
André WORMSER, banquier de profession, officier de réserve en poste à SAÏDA,
A tout fait pour faire rapatrier des harkis du commando Georges (une partie seulement), ensuite il s'est occupé de les recaser en France dans des propriétés familiales.
Général CASENAVE commandant la 9ème D.I en 1960 (Orléansville)
A fait tout ce qu'il a pu pour évacuer ses commandos de chasse en liaison avec le Colonel Lallemand, par bateau à partir de TENES. (Livre Harkis, soldats abandonnés) «J'ai suivant les ordres que je recevais, multiplié les efforts pour engager les éléments musulmans à nos côtés et leur donner les garanties touchant la protection que leur assurerait, en toute hypothèse, La France. Le 3 juillet, tout ce que j'avais ainsi dit s'est trouvé définitivement bafoué ou renié. Il m'en reste une blessure qui m'a enlevé le repos.» Général CASENAVE.
Marine Nationale
Vice-Amiral d'Escadre  Jean BARTHELEMY Cdt la base de MERSEL-KEBIR,
A mobilisé le Porte-avions LAFAYETTE et les BDC « Cheliff, Trieux, Blavet et Argens » pour évacuer tous les harkis (qui le désiraient) de la DBFM, avec femmes, enfants et bagages, voitures.....> 1000 personnes également des civils européens et musulmans (19300 personnes entre le 1er juin et le 31 juillet 62). Il a eu un entretien téléphonique orageux avec le Général KATZ Cdt la place d'ORAN le 5 juillet, ce dernier laissant faire les massacres de français par le FLN, il a envoyé des fusiliers-marins en camion à ORAN pour sauver ce qui pouvait encore l'être.
Tous ces officiers  DBFM ont contribué à la protection, le transfert vers la base aéronavale de MERS-EL-KEBIR, l'embarquement pour la France et l'installation sur place et en particulier à LARGENTIERE. (Grades en 1962).
Chefs de Corps :
Capitaine de Vaisseau PONCHARDIER, VIVIER Capitaine de Frégate  DE JOYBERT Capitaine de Vaisseau GUILLON, MERLET, ROURE, FLICHY, CAZALIS de FONDOUCE.
Sur le terrain (frontière Algéro-Marocaine) 1er, 2ème et 3ème Bataillons
Capitaine de Corvette COULONDRES, SERVEN, FRAIN de la GAULAYRIE, Capitaine de Vaisseau DELAYEN, Chef du Commando « Yatagan » Lieutenant de Vaisseau RUYNEAU de SAINT GEORGES, Chef du Commando « Tempête » Capitaine de Frégate SANGUINETTI, Chef du Bataillon d'intervention. Capitaine de Corvette DEMAY Enseigne de Vaisseau Dominique ROSE (source site DBFM) nb : tous ces officiers avaient déjà prévu le repli de leurs supplétifs avant le 19 mars 62 et fondé une association....!
Lieutenant-Colonel Michel MANY,
Commandant le 159ème BIA (1961-62) Bataillon d'Infanterie Alpine, issu du 159ème RIA de Briançon et créé spécialement pour la guerre d'Algérie. Composé de 10% d'européens et de 90% de musulmans, basé à BOGHNI en Grande Kabylie. Après le 19 mars 62, a rapatrié un certain nombre de ses supplétifs désirant partir en métropole.  * devenu Général. (Source : famille du JUSTE avec l'aide du Médecin Gal. HC Guénoun).
Lieutenant Yves DURAND, Chef de la SAS de THIERS près de Palestro en mars 1959, son épouse crée un foyer féminin.
Il crée ensuite 2 autres SAS : Maala El Isseri et Ouled Gassam. Au début de 1962, rassemble tous ses harkis et leurs familles, et les faits transporter par camions à la ferme Begenen près d'Alger. Il fait partir par bateau plus de 2500 personnes et attendit que tout le monde soit embarqué pour en faire autant le 30 juin avec sa femme et sa fille. De 1962 à 1968, il devient inspecteur du service des français musulmans au sein du Ministère des Rapatriés et reclasse tout son monde dans différents villages construits près d'Antibes, Cannes et Manosque ; également à Onglet (Alpes de Haute Provence) et Sallerans (Hautes Alpes). (Source : Mirages et Djebels)
Lieutenant Daniel ABOVILIER Chef de SAS en Kabylie,
Président National de l'Association des anciens SAS. « En mars 62, pour moi abandonner mes hommes, c'était impensable, il me fallait les sauver à tout prix, ma seule question c'était comment ? » « Avec l'aide de fonctionnaires, le Sous-Préfet d'Akbou a été très bien et m'a fourni de vrais faux-papiers, et mon ancienne entreprise des certificats de travail, j'ai donc pu rapatrier en métropole mes 50 moghzanis et leurs familles » (source site harki Ajir) nb : il faut savoir qu'après le 19 mars tous les harkis devaient être désarmés.  
Clara LANZI, Présidente fondatrice de Secours de France,
Le 15.08.61. Objectif : secourir toutes les victimes de leur foi en la patrie et particulièrement les harkis rescapés des massacres, parqués au début dans des camps insalubres ; Clara s'est occupé d'eux sans relâche avec l'aide et le soutien entre-autres du Bachaga BOUALAM des maitres TIXIER et ISORNI, Georges BIDAULT, Jacques SOUSTELLE, le colonel CHATEAU-JOBERT, Hélie DENOIX de SAINT MARC etc.......c'est une femme d'honneur...... (Source AJIR)
Capitaine Léopold AYGUEPERSE, Commandant la SAS de TOUDJA,
Il a désobéi aux ordres officiels pour obéir à l'impulsion de son cœur et rapatrié 196 personnes (harkis et leurs familles) en juin 62. Ce capitaine de SAS s'inscrit parmi les hommes d'exception et poursuivi son idéal humaniste. (Source AJIR).
Lieutenant Bernard MOINET, Cdt de SAS,
Muté comme beaucoup d'entre eux, en métropole avant le 19 mars 1962. «  Lorsque j'ai appris la liquidation de ma harka, j'étais furieux et écœuré par la lâcheté criminelle du gouvernement et des officiers disciplinés. Je ne voulais plus porter l'uniforme, j'ai donc renvoyé ma Légion d'Honneur et démissionné de l'armée le même jour. » Depuis, il n'a cessé de se battre contre la falsification de l'histoire des harkis, pour lui comme beaucoup d'autres, il était possible de faire respecter les accords d'Evian, de rapatrier les supplétifs menacés. Il aurait suffi de faire sortir des casernes des commandos et des blindés, l'ALN ne faisant pas le poids. Il a œuvré pour aider à l'installation des harkis en France. (Source AJIR)
Lieutenant SENAT, officier SAS près d'AFFREVILLE,
A aidé le   Sous-Lieutenant KERVONAEL à évacuer ses harkis jusqu'au port d'Alger, en France devenu Capitaine, il œuvre pour recaser et loger les harkis en Auvergne (tout le monde ne pouvait être accueilli dans le domaine familial de la sœur de KERVONAEL). (Source  livre Harkis soldats abandonnés)
Lieutenant d'AGESCY
A aidé le Lieutenant MEYER à évacuer ses harkis de Geryville à Oran le 9 juillet 62, par la route. Le Colonel FRESSON Cdt le 23ème  Spahis a fourni une escorte blindée commandée par le Chef d'Escadron de COLSTOUN, avec consigne d'ouverture de feu sur l'ALN en cas de barrage routier ! Les commandos Marine avaient dit à Meyer « on ne te laissera pas tomber », effectivement tout le monde a été hébergé puis embarqué à Mers el Kebir, le 13 juillet.
Nb : à l'arrivée à ORAN, les autorités militaires voulaient bien héberger les Spahis, mais pas leurs femmes et enfants. (Source idem)
Sous-Lieutenant Alain de la MORANDAIS, chef de la SAS de BOU ALAM
A rapatrié ses hommes et s'est occupé de les recaser en France, il a aidé MEYER a recaser les siens. (Source idem)
Capitaine CROGUENNEC, Cdt la 2ème  Cie du 2ème  Zouaves à ORAN, le 5 juillet 62,
Il porte secours et fait libérer 400 civils retenus au Commissariat Central par les fells; Il les accueille dans son cantonnement sis à l'école Jules Ferry, les sauvant d'une mort certaine...... (Source web)
Capitaine Roger-Pierre MENARDAIS (lettre de son neveu)
« Comme promis je vous envoie les deux dernières citations de mon Oncle qui permettent de déterminer les régiments d'appartenance des deux commandos de chasse qu'il a commandés. Jusqu'en août 1961 son commando 292, relevait du 3 RIA (régiment d'infanterie alpine) puis le commando qu'il a ramené en métropole devait être rattaché au 93ème régiment d'infanterie et correspondait au commando en charge de la zone Nord Oranie (ZNO). Ce commando a pu être ramené légalement, car en une nuit mon Oncle a transformé illégalement les contrats de supplétifs en contrats d'engagés de l'armée régulière. La ventilation de ces faux et nouveaux soldats dans d'autres régiments dès leur arrivée en France a permis  de limiter la supercherie à seulement quelques chefs traumatisés par le massacre en cours des Harkis. De même, il a réussi à sauver quelques Harkis du commando Georges abandonnés par son chef et à récupérer en France ADDA (dit le docteur) toujours en relation avec lui (2014). »
(Source : Neveu du Juste)
Colonel Guy LEBORGNE Commandant le 3ème RPIMa (ex 3ème RPC de Bigeard jusqu'en 58.
C'est le seul régiment para de la 10ème DP, resté légaliste pendant le Putsch d'avril 61. Après le 19 mars 1962, le 3ème  RPIMa fait du maintien de l'ordre dans la plaine de la Mitidja et ALGER.
Rappel : Selon les accords d'Evian, il était interdit à l'armée française de faire usage de ses armes, de fouiller les individus et les maisons.
Le 15 juin 62, la Cie du sergent Alain SAICHE
De passage à DAOUDA en convoi perçoit des voix plaintives, provenant d'une mechta au bord de la route, les paras investissent le bâtiment et trouvent deux civils  européens pieds et poings liés, prisonniers des fells, et promis à une mort certaine, ils sont libérés sans coups de feu.
Sur renseignements, la Cie portée du Capitaine LANGLOIS reçoit pour mission de voler au secours de civils européens, enlevés et maintenus prisonniers dans une villa proche de Staoueli, sous pression l'ALN libère les prisonniers.........
L'honneur du Colonel Guy LEBORGNE et de son régiment,
Fut à l'heure du départ de la base de SIDI-FERRUCH, le 20 juillet, de ramener en France sa « Katiba » (tous les harkis de la 5ème Cie). Harkis courageux qui avaient fait le choix de rester français (environ une centaine, pas de précision pour les familles). (Sources : Médecin Général Germain DUPEYRON, Médecin Général. Henri-Claude GUENOU et livre « 3ème RPIMa Contre-Insurrection Algérie 1960-62» du Général D.ROUDEILLAC)
Capitaine (sans nom pour l'instant) Commandant une Harka près de Béni Saf (Oranie)
Sur le port, dans un entrepôt, les Harkis ont déroulé leurs tapis sur le sol et tendu des couvertures qui isolent chaque famille. Ils sont 90 en tout : hommes, femmes et enfants, les hommes servaient dans une harka près de BENI-SAF en Oranie.
Quand le FLN après le cessez-le-feu du 19 mars, à commencé un peu partout en Algérie, les égorgements, ils ont écrit à leur Capitaine de SAS muté en Métropole depuis 9 mois.(il faut savoir qu'une bonne partie des 800 chefs de SAS avaient été mutés en France par le Pouvoir en Algérie et remplacés par des officiers, nouvellement arrivés. Ceux-ci n'auraient pas ou peu d'états d'âmes à désarmer les Harkis) ndlr: CdG, JOXE, MESSMER et TRICOT avaient semble-t-il tout prévu !
Mon interlocuteur, Harki de 25 ans, un visage ouvert, a combattu 4 ans dans l'armée française. Je lui demande:
«Que lui avez-vous écrit ?»
«Nous l'avons supplié de faire quelque chose, il était notre seul espoir!»
«On dit que l'ALN se borne seulement à exiger une rançon des Harkis ?»
«Là-bas chez nous, ils sont plus de 500 qui mourront si on les laisse......»
Son regard me faisait mal, désemparé je lui ai demandé s'il avait été content d'aller en France ? Il m'a dit:
«Je ne vais pas en France, je reste en France»
J'ai donc assisté aux retrouvailles du Capitaine de SAS et de ses Harkis. Face à face ils se regardaient sans parler. Le Capitaine en civil hochait doucement la tête. Puis il a serré leurs mains......
«Mon Capitaine, qu'allez-vous en faire ?»
«Je ne sais pas, le principal c'était de les sortir de là-bas, après on verra»
«Où les emmenez-vous ?»
«Chez moi et je ne peux pas vous donner l'adresse»
«C'est une initiative personnelle ?»
«Oui !»
Je les ai alors, suivis jusqu'à la gare, j'aurais voulu les accompagner jusqu'au bout, mais le Capitaine m'a supplié de n'en rien faire; il craignait une publicité qui aurait mis le FLN sur leurs traces.
Déjà il lui fallait écarter des musulmans surgis de je ne sais où et qui rôdaient autour. J'ai insisté.
Le Capitaine m'a empoigné rudement par le bras et m'a tiré à l'écart.
« Ecoutez, il n'y a pas seulement le FLN, tout ceci se passe en fraude des autorités officielles, une harka a déjà été amenée en Métropole dans les mêmes conditions. Averties, les autorités l'ont fait rembarquer pour l'Algérie ! Comprenez-vous maintenant?
Synthèse Guy août 2015, du livre «l'Algérie d'Evian» de Maurice ALLAIS Ed. L’esprit Nouveau 1962
Cette liste n'est pas terminée et ne le sera jamais............
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BUFFY1
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MessageSujet: l'ignomiinie du 19 mars   Ven 17 Mar - 19:55

La page noire de cette belle France !!!
"Que les pieds-noirs aillent se réadapter ailleurs" déclare Gaston Defferre, sénateur-maire de Marseille à Paris-Presse l'Intransigeant, le 26 juillet 1962.
L'histoire s'achève pour eux quand, accoudés au bastingage du paquebot ou les yeux collés aux hublots de l'avion, ils voient s'effacer leur ville. Un dernier regard jeté à la colline de Santa Cruz, à cette baie d'Alger et puis l'étendue de la mer ou du ciel. L'exil commence là, dans cette absence de repères, dans cet inconnu vers lequel ils se dirigent.
J'ai 16 ans et je me souviens de tout, de la beauté d'Alger dans le petit matin de juin, du silence gêné des Algériens que l'on croise sur le quai des Messageries Maritimes, des gens qui pleurent, des enfants qui ont emporté avec eux leurs cages d'oiseaux, des vieilles femmes dans des chaises roulantes, de ces valises achetées en hâte sur les trottoirs de la ville, et dans lesquelles on a fourré le minimum. On ne connaît rien de la France, on sait seulement qu'il y fait plus froid que chez nous.
On part pour la France parce qu'on est Français, et que l'on se sent plus Français que les Français, mais on sait aussi que la France ne nous aime pas, ni à gauche ni à droite. Le cliché du pied-noir nabab roulant en Cadillac, comme le dit Camus, a la peau dure. Il est faux comme tous les clichés mais il reste ancré dans l'inconscient collectif des métropolitains.
La vérité est tout autre: on revient en France comme nos ancêtres, après la conquête, sont arrivés en Algérie: sans fortune, utopistes et courageux, croyant naïvement aux "bienfaits de la civilisation". Mais cette fois-ci, le voyage est funeste et douloureux: on est les vaincus de l'Histoire. Sur le pont des paquebots, en pleine mer, les hommes la refont. Ils essaient de comprendre l'engrenage de la haine, les pièges de la violence tendus par la rébellion, les promesses et les trahisons, l'impossible réconciliation, mais aussi l'impensable idée de partir de cette terre occupée par leurs aïeux depuis plus de 5 générations.
Pour l'heure, ils fuient leur pays natal, "bessif", comme on dit en Algérie, par force. Leur humour légendaire n'est pas tout à fait mort: ils disent : "Regardez-nous, on part une main devant, une main derrière"... autant dire avec rien. Ils croient que le pire est derrière eux. Pas si sûr. Pas pour certains d'entre eux, pas encore partis et qui, malgré les accords conclus entre les deux parties, seront assassinés: 3000 disparus, des centaines massacrés le 5 juillet à Oran, jetés dans des puits, abandonnés dans des poubelles, kidnappés, torturés, vidés volontairement de leur sang...
Silence d'Etat, silence radio des autorités algériennes encore à ce jour... Qui rendra jamais compte de ces Français tués dans l'indifférence totale et dans la liesse de l'Indépendance? Arrivés en France, l'accueil réservé aux rapatriés (ils se disent plutôt expatriés!), est surréaliste. Bricolée en toute hâte devant l'afflux de plus en plus massif des arrivants, l'aide est dérisoire. La première image que j'aie de la France à mon arrivée à Marseille est une banderole de syndicalistes du port de la ville, déployée sous nos yeux médusés : "Retournez d'où vous venez !"
Seules quelques associations catholiques et protestantes, quelques services de l'Etat et de la Ville de Marseille nous attendent au débarcadère. Personne ici ne mesure l'ampleur du drame. Traités de fascistes, d'extrêmistes dangereux, de colonialistes enrichis sur le dos de la France et des Algériens, tenus responsables de la mort des jeunes appelés du contingent, nous sommes voués à l'opprobre collective.
Gaullistes, communistes, socialistes, intellectuels attisés par Sartre et ses amis, scellent une alliance sacrée, tous se rejoignent pour nous accuser. Les pieds-noirs baissent la tête, font la queue pour avoir un bol de soupe chaude distribuée par des associations caritatives! Depuis le début de l'année 1962, des indices pouvaient déjà rendre compte de l'état d'esprit du pays. La Croix avait donné le ton en février. Ciblant les jeunes pieds-noirs, il recommande "d'éviter de laisser notre jeunesse se contaminer au contact de garçons qui ont pris l'habitude de la violence poussée jusqu'au crime..."
Pour cela, et devant l'ampleur de l'exode, de Gaulle préconise la "dilution" des familles dans tous les départements afin d'éviter toute concentration. Francois Billoux, député communiste, sonne la charge: "Ne laissons pas les repliés d'Algérie devenir une réserve du fascisme". Notons au passage le terme de "repliés": le mot même de rapatriés nous est refusé! Cette idée tenace que nous sommes de dangereux fascistes persiste jusque dans les plus hautes sphères de l'Etat: Louis Joxe, au conseil des ministres du 18 juillet 1962, déclare: "Les Pieds-Noirs vont inoculer le fascisme en France. Dans beaucoup de cas, il n'est pas souhaitable qu'ils retournent en Algérie ni qu'ils s'installent en France. Il vaudrait mieux qu'ils aillent en Argentine ou au Brésil." De Gaulle et ses ministres approuvent.
Toute la classe politique tient le même discours: au même conseil des ministres, de Gaulle ajoute à l'observation de Joxe: " Il faut les obliger à se disperser sur l'ensemble du territoire." Qui sait comment "la mauvaise graine" peut fructifier, insiste Joxe. Boulin, courtisan, veut apaiser l'inquiétude latente de de Gaulle: " Ce sont des vacanciers, il n'y a pas d'exode, contrairement à ce que dit la presse", déclare-t-il au conseil de ministres du 30 mai 1962. Même propos au conseil des ministres du 17 juin: "Ce sont bien des vacanciers jusqu'à ce que la preuve du contraire soit apportée".
Gaston Defferre, le bouillonnant sénateur-maire de Marseille, accorde une interview, demeurée fameuse, à Paris-Presse l'Intransigeant, le 26 juillet; il s'emporte et dérape: "Que les pieds-noirs aillent se réadapter ailleurs", déclare-t-il à la une du journal. Les pieds-noirs apprécient... Le journaliste insiste: "Et les enfants?" Defferre répond: "Ici, pas question de les inscrire à l'école, car il n'y a déjà pas assez de place pour les petits Marseillais"! L'Humanité n'est pas en reste, ironise sur le look des exilés: "Ils ont une drôle d'allure, ces passagers en provenance d'Algérie". Pas un mot de compassion.
De leur côté, des employés du port de Marseille font de l'activisme. Les cadres de déménagement qui sont débarqués des soutes des paquebots sont pour certains jetés à la mer, ou bien ouverts et pillés. "Au moins le tiers de ces coffres était éventré, raconte Serge Groussard. Leur contenu gisait, épars, sur le sol... Des hommes rôdaient parmi ces choses. Tous avaient les bras chargés de butin." Une fois reconnu l'ampleur de ce désastre humanitaire, de Gaulle ne faiblit pas.
Le 22 octobre, Peyrefitte raconte qu'il lui "expose le spectacle de ces rapatriés hagards, de ces enfants dont les yeux reflètent encore l'épouvante des violences auxquelles ils ont assisté, de ces vieilles personnes qui ont perdu leurs repères, de ces harkis agglomérés sous des tentes, qui restent hébétés..." Mais de Gaulle est intraitable: "N'essayez pas de m'apitoyer", répond-t-il!
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