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 LE SIEGE D'ALESIA

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MessageSujet: LE SIEGE D'ALESIA   Sam 25 Fév - 14:53

LE SIÈGE D'ALESIA

Vercingétorix, le chef charismatique des Gaulois ne commande pas – loin de là - en chef incontesté, car les Gaulois sont divisés en tribus de traditions disparates qui ont un semblant d’unité grâce au corps des druides dont le savoir oral, maintien une cohésion de pensée contre l’envahisseur romain. Le druide Diviciacos mène la faction de la collaboration avec les romains qu’il connaît mieux que personne. Il a été reçu à Rome, il connaît Cicéron, et a même été l’hôte du Sénat romain.

Mais pourquoi les Romains s’intéressent-ils tant à ce pays ? La Gaule, c’est le pays de l’abondance. Une terre fertile exploitée avec ingéniosité, avec une science sans égale dans le monde d’alors. Le Gaulois fait figure d’un technicien averti, que même Pline l’ancien cite en modèle. Ils se servent d’une charrue qui retourne la terre, au lieu de la fendre uniquement, comme l’araire romaine démodée. Ils savent amender leurs terres, ils savent engraisser les porcs et les oies. Ils sont passés maîtres en fabrication de salaisons. Ils acclimatent les ceps de vigne italiens, pour produire bientôt un vin que les gastronomes romains paieront à prix d’or pour leurs banquets. Pays du bon vivre et du bien manger, la Gaule, n’est pas seulement cela. Leurs ateliers de verrerie produisent gobelets, flacons, vases à parfums (1). A Bibracte, on forge des épées, des boucliers et des poignées d’épées, qui sont de véritables œuvres d’art. Ils savent plaquer l’étain, ou même l’argent sur le cuivre. Leurs bijoux sont de très belle facture. Ils ne sont pas seulement artisans, mais mineurs de fer, de cuivre et d’or. Ils ne connaissent pas l’écriture ni la musique, et encore moins les arts plastiques.

On comprend que les Romains aient flairés une proie facile, d’autant que ces gaulois – qui est un terme générique – sont constitués aux yeux de ceux-ci, qui viennent d’un état centralisé, où le moindre légionnaire a son numéro matricule, où le moindre champ est porté sur le cadastre, d’un chaos de clans et de peuplades qui constitue la Gaule « chevelue ». Rien de stable, rien d’unifié entre cette soixantaine de peuples. Si ce n’était que ça, ce serait négligeable, mais les rapports entre eux sont complexes. Ils dépendent d’un réseau de liens, où parenté et clientèles s’enchevêtrent ; où la femme gauloise joue un rôle qui paraît inouï aux romains (2). Rien de plus tumultueux que ces assemblées qui réunissent les hommes libres de la Gaule. Braillards et fiers à bras, dépourvus de sang froid, les orateurs se succèdent. Un succès leur monte à la tête, un revers les abat. Vercingétorix doit calmer les rodomontades des uns, et regonfler les énergies défaillantes des autres.

La pénétration de l’armée romaine se produit aux environs de 58 avant J.C. Une armée de quarante mille hommes, avec une cavalerie peu fournie va batailler, gagner et perdre des affrontements, sous le commandement de Jules César son généralissime. Jusqu’à ce quelle isole l’armée gauloise qui est sous les ordres du fédérateur Vercingétorix (de son vrai nom Dago). Deux cent quarante mille fantassins et huit mille cavaliers sont refoulés sur l’oppidum d’Alésia en 52 avant J.C. ; (non loin de l’actuel village d’Alise Sainte Reine). César qui a perdu sept cents hommes à Gergovie qu’il n’a pu conquérir, veut se venger. Il fait creuser tout autour de l’oppidum une double circonvallation, l’une tournée vers les assiégés pour leur interdire toute sortie, l’autre pour se défendre d’une attaque éventuelle de l’armée de secours, qui est en gestation. Des fossés accueillent cinq rangées de cippes, qui sont des pieux très aiguisés qui ne dépassent que de 10 centimètres le bord de la tranchée. Il y a aussi huit rangs de pieux durcis au feu enterrés et quasiment invisibles pour un assaillant. Ce dispositif est complété par des lis, un crochet de fer aiguisé enfoui dans le sol. Il oblige l’armée à se munir de blé et de fourrage pour trente jours. Avant que ces travaux ne soient finis, le chef gaulois fait partir sa cavalerie, – qui a déjà été sévèrement étrillée par la cavalerie germaine de César – qui ne lui sert à rien dans cette guerre de position. L’armée romaine, ces travaux finis, n’a plus qu’à attendre tranquillement que la faim, la soif et le découragement se saisissent des Gaulois.

A l’appel de Vercingétorix, les cités gauloises vont fournir des contingents pour l’armée de secours, qui doit desserrer l’étau romain autour d’Alésia. Parmi celles-ci on remarque que les Eduens, Ségisiaves, Aulerques, Branovices, fournissent trente cinq mille hommes, Les Arvernes trente cinq mille hommes, les Eleutètes, les Cadurques, les Gabales, Sénon, Bituriges, Santons, Rutènes et Carnutes douze mille hommes. Les Pictons huit mille hommes, les Parisii, les Helvètes, les Ambiens, les Mediomatrices, les Morins, les Nitobroges cinq mille hommes. Les Atrébates quatre mille, les Véliocasses trois mille, les peuples armoricains fournissent vingt mille hommes. Les Bellovaques avec leurs dix mille guerriers, ne fournissent rien, car ils prétendent faire la guerre à César à leur convenance, et n’obéir aux ordres de personne. Nous avons donc une armée d’environ quatre-vingt mille hommes enfermée à Alésia plus une armée de secours d’environ cent cinquante mille hommes qui converge vers le même point. Les Romains à ce moment ne sont guère plus de soixante-dix mille, César est assiégeant certes, mais aussi assiégé ; le rapport de force est de 1 contre 3 en faveur des Gaulois.

Si l’armée gauloise assiégée va se retrouver peu à peu en proie à la famine, les Romains doivent pour trouver des vivres et du fourrage, aller de plus en plus loin, et se heurter aux patrouilles gauloises. Ils vont être aussi d’ici peu, à la portion congrue. L’armée de secours est commandée par Comm l’Atrébate, Viridomare et Eporédorix les Eduens, Vercassivellaunos l’Arverne (qui n’est autre que le cousin de Vercingétorix). Sur l’oppidum assiégé, la situation est débattue en conseil. Le discours de Critognatos nous est parvenu via les Commentaires de César (preuve qu’il y avait des fuites). Il fait une analyse de la situation ; il préconise une sortie guerrière, même si elle est suicidaire, plutôt que de se laisser mourir de faim, et égorger par les légionnaires. Un Gaulois ne meurt pas de faim, mais au combat !! L’assemblée décide d’expulser d’Alésia toutes les bouches inutiles en premier lieu.

Les épouses des soldats avec leurs enfants, les esclaves, les habitants de la ville avec les vieillards et les malades sont poussés hors des palissades ; envoyés vers les Romains. Beaucoup meurent dans les pièges, et ceux qui arrivent devant les retranchements sont abattus par les archers. De toute façon, les Romains n’ont pas de quoi les nourrir. Ces malheureux mangent de l’herbe, et disparaissent les uns après les autres, leurs plaintes s’éteignent peu à peu. Un silence, troublé par les croassements des corbeaux qui eux, font bombance, s’établit sur les lieux. Sur ces entrefaites, la troupe de secours arrive et se poste à mille pas des fortifications romaines. Le lendemain, vers midi, les troupes gauloises de secours s’établissent sur les collines avoisinantes ; leur cavalerie couvre la plaine des Laumes. Les assiégés jettent des passerelles sur les fossés ou les comblent, puis s’apprêtent à passer à l’attaque. Sous les clameurs, les deux armées s’affrontent dans cette plaine jusqu’au soir, sans que la victoire penche d’un côté ou de l’autre. C’est alors que la cavalerie germaine de César intervient, et balaie les Gaulois fatigués. Les assiégés font demi tour, et retournent dans Alésia dont la situation n’a guère changé.

Le lendemain, l’armée de secours organise une attaque nocturne en faisant beaucoup de bruit pour inviter les assiégés à faire de même. Le problème est que de nuit les assaillants ne peuvent déceler les cippes et les lis ; ils s’y empalent par centaines. Approchant des palissades ils sont décimés par les javelots de siège. Les assiégés prennent du retard pour sortir de leurs enceintes, et au lever du jour, le terrain des deux côtés des palissades romaines, est jonché de morts et d’agonisants. Les Gaulois ne se tiennent pas pour battus, car ils ont éliminé un bon millier de romains. Vercassivellaunos prend la tête de soixante mille hommes, puis à la faveur de la nuit suivante se porte sur le point faible des défenses de César. Là, il fait reposer ses troupes, puis vers midi il s’approche du camp mal fortifié des romains, tandis que la cavalerie fait une diversion devant les palissades déjà attaquées. Vercingétorix fait une sortie, et la bataille devient générale. Cette bataille doit conclure la guerre ; les Gaulois doivent percer les défenses de Rome, et les Romains doivent l’emporter, pour voir la fin de la campagne. César envoie son légat Caïus Fabius avec trente neuf cohortes qui prend à revers les troupes de Vercassivellaunos, et les met en déroute. Le Lémovice Sédullus est tué, tandis que le cousin de Vercingétorix est pris vivant. Les troupes assiégées qui combattent sous les palissades – qu’elles n’ont pas réussi à franchir – voyant ce désastre, s’enfuient, et retournent à Alésia. Les troupes de secours en proie à la panique, se débandent aussi, pour en fin de compte rentrer dans leurs foyers.

Le lendemain, Vercingétorix convoque un conseil de guerre ; il déclare aux chefs présents, qu’il n’a pas déclenché cette guerre pour des motifs personnels, mais conquérir la liberté de tous. Il s’offre à eux pour être livré à Jules César, et ainsi apaiser son courroux. La députation gauloise revient avec les conditions de César : Toutes les armes seront remises, les chefs de guerre devront se rendre en amenant leur général. César s’installe sur son siège devant le camp ; les chefs gaulois s’avancent avec Vercingétorix muni de ses plus belles armes. Ce dernier ne peut s’empêcher une dernière bravade devant César en jetant ses armes, puis en prenant une posture jugée orgueilleuse et déplacée par César. Il est courbé de force, chargé de chaînes, et envoyé à Rome pour figurer dans le triomphe qui attend le général romain.

Les soldats gaulois sont distribués comme esclaves à chacun des légionnaires, à l’exception de vingt mille Eduens et Arvernes, qu’il renvoie dans leurs foyers afin de se concilier les bonnes grâces de leurs peuples.

Camille Jullian devait dire : « Ils allaient à la liberté comme à une magnifique aventure ».

Deducta Gallia, la Gaule est tombée !!

Voir la biographie de Jules César

Notes :

(1) Ils utilisent le « sapo » pour se laver, qui est l’ancêtre de notre savon. Le procédé de fabrication s’appelle de nos jours la saponification.
(2) Depuis l’enlèvement des sabines, la matrone romaine ne veut pas mettre les pieds dans sa cuisine, laissant ce soin aux esclaves.

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