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 CARTHAGE DE SA NAISSANCE A SA DESTRUCTION

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MessageSujet: CARTHAGE DE SA NAISSANCE A SA DESTRUCTION   Sam 25 Fév - 14:55

CARTHAGE DE SA NAISSANCE A SA DESTRUCTION

Une riche documentation existe également sur la troisième guerre punique et sa fin, avec la destruction de Carthage. Les dates indiquées sont avant Jésus Christ.

L’histoire de Qart Hadasht (ville neuve), aînée de Rome d’environ cinquante ans, commence à Tyr. Elle naquit un jour d’été en 814. Si pour Rome c’est une louve montrant ses crocs, qui a présidé à sa naissance ; pour Carthage c’est une jolie princesse qui entoure son berceau.

A Tyr en ce temps là, Mutto son roi, meurt et laisse son royaume à Pygmalion son fils, ainsi qu’à Elissa sa fille. Le peuple remet le gouvernement à Pygmalion, et Elissa se marie avec un prêtre d’Hercule, Acherbas, un homme très riche. Espérant mettre la main sur la fortune de son beau-frère (et neveu), Pygmalion le fait assassiner. Selon Trogue Pompée, Elissa pleine d’horreur pour le meurtrier, prépare secrètement son départ avec une centaine de ses proches. Les serviteurs la suivent, et ils font voile vers la haute mer. Sa première escale est Chypre, où le prêtre de Junon (Astarté chez les Phéniciens), avec femme et enfants décide de la suivre, à la seule condition que lui et ses descendants, gardent le monopole de ce sacerdoce, arrivés à destination. Sur le rivage, une centaine de jeunes filles se prostituent selon la coutume, pour réunir l’argent de leur dot ; Elissa en fait enlever quatre-vingt, pour assurer des femmes à ses jeunes compagnons, et garantir ainsi le peuplement de la future ville.

Arrivée dans un golfe d’Afrique, elle est accueillie avec sympathie par les indigènes du cru, qui voient là une occasion de commercer avec de riches étrangers. Selon Justin, elle leur achète « autant de terrain qu’en pourrait couvrir une peau de bœuf », puis elle fait découper la peau en fines lanières et délimite ainsi son territoire. De là, vient le nom de la colline de Carthage (appelée encore ainsi aujourd’hui) Byrsa (peau de bœuf). Carthage vient de naître.

Tyr possède déjà d’importants comptoirs sur les rives de la Méditerranée, tels Utique, Hadrumète, Leptis, Hippo et même Gades en Ibérie. Il est à noter que les émigrants préfèrent fonder leur propre ville, au lieu de s’insérer dans une colonie déjà existante. Carthage est fondée dans un lieu parfait. Au fond d’un golfe qui s’ouvre entre les promontoires d’Hermès (Cap Bon) et celui d’Apollon (cap Farina), se trouve une presqu’île reliée au continent par un isthme large de cinq kilomètres. Cette langue de terre se trouve entre le lac de Tunis, et un autre lac aujourd’hui desséché.

Carthage commence son essor. Ses habitants sont de hardis navigateurs et des commerçants avisés, énergiques ; des hommes de guerre courageux et d’authentiques hommes d’état. Grâce à sa position stratégique, Carthage va s’établir à Malte, en Sicile puis en Sardaigne et ruiner Utique qui va s’étioler lentement, en attendant une hypothétique revanche. De guerres perdues en guerres gagnées, elle devient une puissance impérialiste et provoque l’envie d’abord, la haine ensuite de la nouvelle puissance qui monte : Rome. Les opérations militaires sont sanglantes, pour affermir l’autorité de Carthage sur ses possessions de Sicile qui est le grenier à blé méditerranéen. Nombre de villes, sont d’origine grecque mais ont rompu avec la métropole. Elles vont être avalées l’une après l’autre par l’ogre carthaginois. Mais la jeune république, qui a mis au pas les Etrusques et les Bruttiens, lorgne la Sicile qui est pour le sénat romain, la naturelle continuation de l’Italie.

Reste à trouver un casus belli, pour chasser les carthaginois de ces riches terres. Ce sera Messine. Des soldats transformés en bandits, ont occupé Messine, et chassés les Carthaginois. Quand ces derniers viennent mettre le siège devant la ville, les rebelles appellent Rome à leur secours. Le consul Appius Claudius débarque en Sicile. Hiéron de Syracuse, allié des Carthaginois, travaillé par la propagande romaine, tourne casaque, et s’allie aux Romains. Ces derniers et les Carthaginois envoient de plus en plus de troupes en Sicile.

La première guerre punique commence

De batailles en massacres, de victoires en défaites, Carthage assiégée, est battue, sur terre comme sur mer – ce qui est un comble -. Les conditions du vainqueur sont sévères : paiement d’une indemnité de guerre, ainsi que d’un tribut annuel ; la restitution des prisonniers romains, une rançon pour les prisonniers carthaginois ; l’évacuation de la Sicile et de la Sardaigne, la livraison de la flotte sauf un navire, de plus Carthage n’aura le droit de déclarer une guerre ou de signer la paix qu’avec l’autorisation de Rome. Carthage paie les indemnités astronomiques demandées, et cherche en Ibérie, à exploiter une nouvelle richesse, grâce aux mines d’argent.

Dès que Carthage relève la tête, les Romains comprennent que la cité va de nouveau prospérer grâce à ses nouvelles colonies d’Espagne. Ils vont se renseigner sur place, pour proposer un traité à Hasdrubal. Ce sera le traité de l’Ebre, accordant à Carthage la mainmise des territoires au Sud du fleuve, et aux Romains vers le nord à partir du même fleuve. Au sud de l’Ebre une ville, Sagonte, refuse le protectorat carthaginois, et travaillée en sous-main par Rome demande l’appui de celle-ci. Nous assistons là, à la réédition du casus belli de Messine. Hasdrubal ayant disparu, c’est Hannibal qui réduit la ville, massacre ses habitants et réduit les survivants en esclavage. Les Romains mobilisent, Hannibal décide d’aller les corriger chez eux, sur leur territoire.

La deuxième guerre punique débute

Hannibal – en Italie - va en être le principal acteur d’un bout à l’autre. Il « usera à la tâche » une quantité de généraux romains. Sa campagne en Italie part très bien, il remporte de nombreuses batailles, puis elle s’enlise, jusqu’à son départ d’Italie sans tambour ni trompette. De 215 à 213, la guerre se déplace en Espagne et en Sicile, où les Romains prennent Sagonte. En Tunisie, l’allié de Rome Syphax, se confronte à l’allié de Carthage Massinissa. Syphax perd le combat et trente mille hommes. C’est au cours de la prise de Syracuse par les Romains en 211, qu’Archimède est tué par un soldat, qui ne sait pas qui il abat. Avec beaucoup de sueur, de larmes et de massacres, L’Espagne avec Carthagène (prise par Scipion), tombe dans l’escarcelle romaine en 208. Pendant que la guerre continue en Italie, M. Valérius aborde en Afrique et débarque à l’improviste près d’Utique. L’Espagne vidée des Carthaginois, Scipion se rend à Rome avec des prisonniers de haut rang, pour annoncer la victoire de ses enseignes. Il se rend chez Syphax le roi des Masaesyles, qui est basé en face de Carthagène, sur le versant africain des Colonnes d’Hercule (Nord du Maroc). Il arrive chez Syphax et chose étonnante, Asdrubal rentre au port avec le restant de son armée. Il se retrouve invité à dîner avec Scipion par Syphax. Ce dernier signe un accord avec Scipion, et devient allié de Rome.

Scipion convainc le Sénat de porter la guerre en Afrique et de détruire Carthage. Il envoie C. Laelius son lieutenant qui aborde de nuit près d’Hippo Régius, et commence sans désemparer à piller le territoire. Carthage se bat à présent sur deux fronts : en Italie, qu’Hannibal occupe toujours, et sur son propre territoire. Scipion et son immense armée quittent le port de Lilybée (Marsala) en Sicile pour l’Afrique. En abordant, il a l’heureuse surprise de trouver Massinissa (Syphax, amoureux de Sophonisbe, fille d’Hasdrubal, alors en Espagne, est tombé dans l’alliance avec Carthage) qui lui offre son aide.

Carthage mobilise en catastrophe, et accueille les populations de ses campagnes qui viennent se réfugier dans ses murs. Hannibal est battu à Crotone, mais les Romains se bornent à le contenir dans le sud de l’Italie pour porter leurs forces en Afrique. Syphax est mis en demeure par Scipion de quitter l’alliance carthaginoise ou d’avoir la guerre avec Rome. Il répond par la négative et son camp est incendié ; celui d’Asdrubal subit le même sort. Quarante mille hommes sont tués et cinq mille faits prisonniers. Au printemps 203, Scipion bat Asdrubal et Syphax, dans la bataille des Grandes Plaines. Le sénat de Carthage rappelle Hannibal à Utique pour détruire l’escadre romaine qui l’assiège ; Scipion n’attend pas son retour pour prendre Tunis. Les Carthaginois en proie aux alarmes les plus vives, ne croient plus, n’espèrent plus qu’en Hannibal.

Syphax battu est fait prisonnier, et sa belle épouse carthaginoise passe aux mains de Massinissa. Scipion ne l’entend pas de cette oreille. Pensant que grâce à ses charmes, Sophonisbe va entraîner son nouveau mari dans le camp carthaginois, il force Massinissa à empoisonner Sophonisbe, puis il console le veuf. Les Carthaginois atterrés se prosternent aux pieds de Scipion, et le supplient de dicter ses conditions. « Restitution des prisonniers, des transfuges et des déserteurs, évacuation des armées carthaginoises qui stationnent encore en Italie et en Gaule, renoncement à l’Espagne, évacuation de toutes les îles qui se situent entre l’Italie et l’Afrique, livraison de tous les vaisseaux de haut bord, cinq cent mille boisseaux de blé et trois cent mille d’orge ainsi qu’une indemnité de cinq mille talents. Carthage accepte et envoie une ambassade à Rome pour demander la paix – en réalité pour laisser le temps à Hannibal de rentrer en Afrique -. La Curie les écoute, puis décide de les renvoyer sans réponse à Scipion qui devra décider lui-même du sort de Carthage. Caton qui a l’habitude de conclure chaque discours par son sempiternel « Ceterum ego censeo Carthaginem delendam esse » « et il me paraît bon que Carthage cesse d’exister » - ce à quoi son collègue P. Cornélius Scipion répond invariablement : « Et moi, j’estime que Carthage ne doit pas être détruite », se réjouit de la tournure que prennent les évènements. Au début 202, Hannibal débarque à Leptis ; plutôt alarmé par les avancées de Scipion vers Carthage, il ne laisse pas ses soldats se reposer de leur traversée et se dirige vers Hadrumète. Hannibal et Scipion se dirigent vers Zama ; ils se rencontrent après une escarmouche, où Hannibal perd douze mille hommes et mille sept cents prisonniers. Il demande à Scipion sa clémence. L’entrevue très protocolaire n’aboutit à rien ; Scipion prononce les mots de la fin : « Préparez vous à la guerre, puisque vous n’avez pu supporter la paix ».

Le 19 Octobre 202, les troupes sont face à face dans la plaine de Zama. Nous assistons à une réédition de la bataille de Cannes, mais cette fois, c’est la cavalerie de Massinissa qui enveloppe les ailes, et emporte la victoire. Les Carthaginois laissent vingt mille morts sur le terrain, environ le même chiffre de prisonniers et onze éléphants. Sur les conseils d’Hannibal, Carthage envoie des ambassadeurs à Scipion pour implorer une nouvelle fois sa clémence, et lui demander ses conditions. Elles sont plus lourdes que les précédentes : remettre aux Romains les prisonniers, transfuges et déserteurs, livrer tous leurs vaisseaux sauf dix trirèmes, livrer tous leurs éléphants et ne plus en dompter d’autres, interdiction de faire la guerre à qui que ce soit sans l’aval de Rome, payer un tribut de dix mille talents d’argent en cinquante ans, remettre cent otages, restitution des navires romains pillés ainsi que leurs cargaisons. Carthage envoie une députation à Rome pour faire entériner ces conditions. La paix est signée au cours de l’été 201. Scipion prend le nom d’Africain lors de son triomphe à Rome, sans son prisonnier Syphax, qui a disparu entre-temps.

Nous sommes en 152. Voilà quarante-neuf ans que Carthage vit en paix, où plutôt essaie de vivre en paix avec un voisin remuant. Massinissa avec ses Numides qui razzient, volent et tuent au mépris des conditions de paix. Carthage se plaint à Rome qui envoie une commission d’enquête menée par Caton l’Ancien – il a 82 ans – et Nasica un lointain cousin de Scipion. La commission rentre à Rome et son avis est de détruire Carthage qui a repris un essor inquiétant. L’excuse est toute trouvée, le différend armé de Carthage avec Massinissa, allié de Rome. Mais surtout Rome a peur que Massinissa ne prenne Carthage, et ne devienne trop puissant. Il vaut mieux détruire cette ville, qui est source de problèmes sans fin, rapidement. Les sénateurs romains qui se déplacent en Afrique pour juger de la situation et écouter les deux parties, ont pour mission de déclarer la guerre. Les entrevues successives ne débouchent sur aucun accord ; Utique (à onze kilomètres de Carthage) rejoint le camp romain. Le sénat romain déclare la guerre aux Carthaginois, sans que ceux-ci aient une responsabilité quelconque dans cette décision arbitraire. Caton l’Ancien jubile ; pour emporter la décision, il a laissé tomber négligemment des figues sur le sol de la Curie. Comme ses collègues en admirent la beauté, la grosseur et la fraîcheur, il leur déclare : « La terre qui les porte n’est distante de Rome que de trois jours de navigation, tant l’ennemi est près de nos murs ».

La troisième guerre punique est déclarée

A Carthage c’est la panique, et l’on envoie une ambassade à Rome pour demander ce qu’il faut faire pour avoir enfin la paix. Le Sénat leur répond de « donner satisfaction au peuple romain ». Ils retournent à Carthage avec cette réponse sibylline. Comble de malheur, Utique qui a rejoint le camp romain, lui offre le port dont ils ont besoin pour leurs futures opérations. Les Carthaginois retournent à Rome et déclarent à la Curie « que Carthage se rend à la discrétion du peuple romain ». Les sénateurs prennent acte de cette déclaration, mais demandent la livraison de trois cents otages, qui seront choisis parmi des membres du Sénat, et du Conseil des Cent ; ils devront se soumettre aux ordres donnés par les consuls romains sur place. Ils reviennent à Carthage la mine basse, pour faire presser le départ des otages. Cet embarquement donne lieu à des scènes déchirantes ; certaines mères s’attachent aux ancres, d’autres suivent les navires à la nage, d’autres encore maudissent le gouvernement pour cet acte qui ne sert à rien. Les consuls romains à Lilybaeum en prennent livraison avant la date prévue, et disent aux Carthaginois de prendre leurs ordres au quartier général romain à Utique. Ils comparaissent devant les troupes en grande tenue de combat ; les consuls sur une estrade les contemplent un instant, puis M. Manilius prend la parole, il les félicite d’avoir rempli la première condition, puis il leur annonce la suite : « Les Carthaginois devront remettre aux Romains, sans fraude ni ruse, toutes leurs armes, toute leur artillerie et toutes leurs munitions de guerre. Les envoyés rentrent chez eux accompagnés de la commission romaine chargée d’enlever le matériel. Celle-ci ramène assez de dards, de javelots et de flèches pour équiper deux cent mille hommes, ainsi que deux cents catapultes. Une députation très importante composée de prêtres, de magistrats, d’officiers supérieurs accompagne cette livraison, car on veut savoir si l’on va pouvoir enfin vivre tranquillement, à présent, alors que satisfaction a été donnée aux Romains.

Selon le même cérémonial que précédemment, ils sont reçus, et cette fois, c’est L. Marcius Censorinus qui prend la parole ; il leur dit froidement « Point n’est besoin de longs discours là où la nécessité presse. Ecoutez avec patience les ordres du Sénat : quittez la ville de Carthage, transférez vos habitations en quelque lieu que vous voudrez de votre territoire, pourvu que ce soit à quatre-vingt stades de la mer, car nous sommes résolus à détruire votre ville ». Un long cri d’épouvante lui répond. Les Carthaginois prostrés, lancent des invocations à leurs dieux ; une lamentation lugubre plane au milieu des troupes romaines silencieuses. Censorinus qui en a assez, les invite à se retirer « tant qu’ils sont considérés comme des députés ». Ils s’en retournent tristement vers leur patrie sauf certains, qui redoutant l’accueil de leurs concitoyens, préfèrent prendre le large.

Le peuple, anxieux, massé sur les murailles les attend ; certains, impatients, vont au-devant d’eux, mais ils parleront en premier au sénat. La foule massée devant les portes fermées, les enfonce en entendant le hurlement de terreur des sénateurs, à l’énoncé de la condition finale. Les sénateurs connus pour leur désir de paix sont assommés, les députés sont traînés hors du Sénat, battus et lapidés. Le désordre devient général dans Carthage ; les mères dont les enfants sont otages sont folles de rage. On fait appel à Hasdrubal, ramené de son exil pour organiser la défense de la ville. Les temples et autres locaux spacieux, sont transformés en ateliers publics, où hommes et femmes travaillent sans relâche, jour et nuit, à fabriquer armes et munitions. Chaque jour, sortent des ateliers cent boucliers, trois cents épées, mille traits, cinq cents dards et javelots et autant d’arbalètes. Quand les fibres manquent, les femmes se coupent les cheveux pour en faire des cordes. Hasdrubal met sur pied une armée de quatre-vingt mille hommes.

Censorinus qui occupe une région marécageuse – où ses soldats contractent des fièvres –, met en œuvre deux énormes béliers qui commencent à battre les murailles. Il fait transporter ses malades sur des bateaux pour les remettre sur pied, mais les Carthaginois y mettent le feu. Il perd sa flotte. Il abandonne son commandement afin de rentrer à Rome pour les élections. On ne le reverra plus en Afrique. Reste Manilius qui assiège Carthage ; d’ailleurs, on peut se demander qui assiège qui, car il est pris entre Hasdrubal qui écume le terrain sur ses arrières, et l’armée de Carthage devant lui. Un jeune officier se fait remarquer par sa valeur ; il commande une légion et s’appelle Scipion Emilien. Il est convoqué à Rome sur les instances d’une commission d’enquête du Sénat sur la stagnation des opérations contre Carthage. Il est félicité, et repart pour l’Afrique commander sa légion, avec deux nouveaux consuls : L. Calpurnius Piso et L. Hostilius Mancinus.

Les généraux tentent une attaque contre Hadrumète, mais se font étriller par Hasdrubal. Ils n’insistent pas, et retournent à Utique prendre leurs quartiers d’hiver. Ce petit succès monte à la tête d’Hasdrubal qui est déjà vaniteux et fanfaron de son naturel. Il veut se débarrasser de son homonyme qui commande dans Carthage ; pour ce faire, il fait courir des bruits sur sa loyauté – il est petit fils de Massinissa -. Surpris par cette accusation perfide, l’autre qui ne sait se défendre, est mis à mort. Hasdrubal devient donc une sorte de dictateur, aux pouvoirs illimités ; il fait une déclaration grandiloquente en jurant solennellement de ne pas déposer les armes tant qu’il restera un Romain sur le sol de Carthage. Puis Scipion Emilien est élu consul, et va prendre le commandement de l’armée d’Afrique. Son armée, aux mains des consuls précédents aussi incapables l’un que l’autre, n’est plus qu’un ramassis de voleurs, de pillards et de fainéants. Il y met bon ordre ; il termine son discours aux troupes par cette déclaration : « L’obéissance sera amplement récompensée, l’insubordination sévèrement punie ».

Puis il passe aux opérations militaires. Il occupe le faubourg de Mégara de nuit. Quand Hasdrubal s’en aperçoit, il est trop tard. Furieux, il fait infliger à ses prisonniers romains les plus horribles supplices, à la vue des soldats qui campent devant les murs de Carthage. Les sénateurs carthaginois qui protestent contre ces actes de barbarie, sont mis à mort, et la ville plie sous un régime de terreur. L’apocalypse est proche.

Scipion Emilien, protège ses positions de l’intérieur comme de l’extérieur, afin de couper totalement les approvisionnements de la ville, puis il commence à s’occuper de la voie maritime toujours utilisée par les Carthaginois pour s’approvisionner. Il entreprend de bloquer le port en faisant construire une digue composée d’énormes pierres. Ce travail prend plusieurs mois et occupe plusieurs milliers de bras. Leur port est fermé, mais les Carthaginois percent les fortifications qui plongent en eau profonde, et créent une nouvelle sortie pour leur flotte qui vient d’être reconstruite. Cent vingt navires – dont cinquante trirèmes – sortent par la nouvelle issue, ce qui plonge les Romains dans la consternation. Deux jours après, ils ressortent et une bataille navale se déroule durant toute une journée, sans résultat. Scipion veut s’emparer du débarcadère, ce qui lui permettra d’investir la ville. Il y met plusieurs mois, mais perd quatre mille hommes dans l’entreprise. Carthage continue à s’approvisionner facilement grâce à sa flotte, et surtout grâce à sa base arrière de Néphéris. Cette dernière abrite une armée carthaginoise – qui est numériquement supérieure – commandée par Diogenès. Après vingt-deux jours de siège, la ville est enlevée par des légionnaires romains déchaînés qui pillent, massacrent, et réduisent cinquante mille habitants en esclavage. Carthage perd de ce fait ses sources d’approvisionnement ; la famine s’empare de la ville, où seuls les défenseurs reçoivent à présent une ration de nourriture.

Le siège dure depuis un an déjà, mais Carthage tient toujours. Le printemps revenu, Scipion décide d’en finir. La ville doit être prise d’assaut, et la résistance de ses défenseurs brisée. Nous sommes au printemps 146.

Devant son armée réunie, il invite les dieux à abandonner la ville ; le peuple à déserter la ville, les temples et les lieux sacrés, de rejoindre son armée. Puis il prononce les mots effroyables de la devotio qui voue Carthage et ses habitants aux divinités de l’enfer. Les soldats savent qu’il s’agit là de la destruction totale de cette ville, et qu’il y aura par conséquent un pillage fructueux. L’attaque est lancée à partir de la plate-forme déjà conquise huit mois auparavant. Les Romains ne rencontrent qu’une faible résistance, car Hasdrubal – piètre général – n’a pas su organiser sérieusement la résistance ; par ailleurs, ses défenseurs sont affamés et démoralisés.

Dès l’aube du lendemain, un bataillon de choc entre dans la ville ; devant les yeux étonnés des légionnaires, personne dans les rues, un silence pesant. Ils investissent le temple d’Apollon et le pillent, puis se remettent en route dans ces rues étroites, escarpées, toutes en pente, bordées de maisons à plusieurs étages. Dès qu’ils s’y engagent, une pluie de projectiles de toute sorte part des toits et des fenêtres. Impossible d’avancer ; ils doivent s’attaquer à chaque maison, avancer d’appartement en appartement, d’escalier en escalier et de toit en toit, sous les avalanches d’eau bouillante. Des toits et des fenêtres tombent des corps sur les lances, ou les épées qui les embrochent. Quand enfin les troupes arrivent à la citadelle, le feu est mis aux maisons. Carthage s’embrase. Les pionniers détruisent ce que le feu n’a pas consumé, traînent les corps – morts et encore en vie - avec des crocs en fer vers les citernes où ils les jettent, afin de faire de la place à l’armée en marche.

La citadelle résiste six jours puis se rend. Vingt-cinq mille hommes et trente mille femmes, sont conduits dans un camp de prisonniers hors de la ville. Il reste Hasdrubal, son épouse, ses enfants ainsi que neuf cents déserteurs romains. Hasdrubal le fier à bras, ne veut pas mourir en héros ; de nuit il se rend à Scipion. Celui-ci le fait asseoir à ses côtés pour suivre les opérations. Les assiégés l’aperçoivent, et demandent une trêve. Le combat cesse, le calme s’établit ; c’est alors qu’un flot d’insultes, et de malédictions à l’adresse d’Hasdrubal, est hurlé par neuf cents gosiers. Puis le silence retombe, les rangs s’écartent, et l’épouse d’Hasdrubal avec ses enfants, paraît. Elle appelle son mari ; elle lui rappelle son serment, puis avant de se jeter avec ses enfants dans le feu qui vient d’être allumé, lui hurle son dégoût : « Scélérat, perfide, le plus lâche de tous les hommes, ce feu va m’ensevelir, mais toi, quel supplice ne te fera point souffrir celui aux pieds duquel je te vois maintenant ». Alors, avec elle, les déserteurs se jettent également dans le brasier. Carthage brûle pendant dix jours, puis on passe symboliquement la charrue sur les ruines fumantes, et on arrose de sel sa terre. Sept siècles de civilisation partent en fumée. Ce coin de terre est maudit à jamais.

Voir la biographie de Scipion l'Africain

© Vae Victis, Lulu Press Inc. 2010

Bibliographie :

Carthage et Hannibal, Belles Lettres, 2007
Histoire de Rome, Dion Cassius, Lacus Curtius
Histoires, Livres I & III, Polybe, PUF 1971
La destruction de Carthage, Gérard Walter, Albin Michel, 1947
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