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 4.- ORGANISATION DE L ARME AERIENNE

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BUFFY1
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MessageSujet: 4.- ORGANISATION DE L ARME AERIENNE   Sam 3 Juin - 19:47

4.- ORGANISATION DE L’ARME AÉRIENNE
" VIGILANCE PERPÉTUELLE "

Le général Curtis Le May fut l’homme qui créa de toutes pièces le parapluie aérien qui protégea les Etats-Unis – et l’Europe, à l’époque bien incapable de prendre sa propre défense en main -. Grand visionnaire et disciple de Georges Patton, il eut fort à faire avec le Président-général Eisenhower, pour arriver à ses fins. Infatigable chasseur de prototypes, de nouvelles technologies, de peaufinage de qualité des équipages navigants ou rampants, il mit au point les procédures, qui encore de nos jours sont en vigueur, ou encore améliorées. Toujours aux aguets des progrès de son ennemi de toujours, il parvint à lui opposer des barrages sans cesse améliorés. Ils eurent raison des velléités agressives du bloc communiste, qui ne put suivre financièrement, les progrès technologiques de l’Ouest.

Le SAC à sa création dans l’urgence, n’avait pas de gros porteur vraiment dévolu au transport, et au largage de la bombe atomique qui était à l’époque, un monstre d’une vingtaine de tonnes. Le B29 utilisé pour détruire Nagasaki et Hiroshima, n’a pas l’autonomie pour pénétrer sur le territoire russe, ni l’armement nécessaire pour affronter la chasse russe qui sort d’un conflit qui l’a parfaitement entraînée. Les probabilités d’arriver sur le but, compte tenu de la distance à parcourir sont nulles. Heureusement la firme Convair a étudié dès les années 46, le B36 (1), un bombardier géant qui pourra atteindre Moscou, et d’autres villes importantes en Union Soviétique grâce à ses 5.500 kms d’autonomie, mais il faudra qu’il décolle quasiment du cercle arctique. Cet appareil a en effet un grave défaut, on ne peut le ravitailler en vol. Ce voyage, qui si il réussit, est un « one way ticket ». L’équipage ne pourra rentrer, et devra se parachuter en pays ennemi. Les équipages sont munis de roubles, de plaquettes d’or, et même d’une ampoule de cyanure, pour ceux qui veulent échapper aux délices des goulags en Sibérie, s’ils arrivent vivants au sol, et qui n’auront pas été exécuté sur le champ par les gens du KGB.

Aussi, alors que le B36 est en cours d’intégration, et peine à faire l’unanimité au sein des équipages, les ingénieurs de Boeing planchent sur ce qui va être l’avion du siècle : le B52. (2) Le cahier des charges qui sera respecté, en fait un bombardier stratégique ravitaillable en vol,  pouvant emporter plusieurs bombes atomiques qui entre-temps ont été miniaturisées. Parallèlement, Boeing – dont les moyens sont gigantesques – va développer le ravitailleur qui va former la paire, et l’épine dorsale de la dissuasion aérienne. Ce sera le KC135 (3).

Ecumant les bureaux du personnel, le général Le May parvint à constituer des escadrilles de bombardiers avec des personnels d’active, et très souvent de réservistes de la guerre de Corée, voire de la 2ème guerre mondiale (pour une période de 21 mois). Il mit au point des exercices grandeur réelle représentant toutes les situations que pourraient rencontrer les équipages, ou les rampants en cas de guerre atomique. La solde est ridicule, des conditions de vie spartiates pour les familles, une pression morale journalière, n’appelle pas un enthousiasme délirant pour cette nouvelle unité, aussi au fil du temps le SAC mettra un point d’honneur à « chouchouter » son personnel.

Manquant de pilotes masculins, il va faire appel aux héritières des glorieuses WASP (4). Ce sera la seule arme qui comptera jusqu’à 15% d’équipages féminins (5) qui piloteront de jour comme de nuit, et par tous les temps, les gros strato-tankers KC135. A l’heure actuelle, c’est quasiment toujours une chasse gardée des pilotes féminines.

S’appuyant sur les débuts balbutiants de la psychiatrie militaire, il va mettre au point des programmes très affinés de gestion d’un personnel confronté à la perspective d’une destruction massive d’êtres humains, pour des raisons idéologiques, qui ont encore cours de nos jours (6). S’appuyant sur les expériences de la 2ème guerre mondiale et des progrès en psychiatrie, les postes à risques seront doublés dans les bombardiers, dans les silos et à bord des SNLE. Les deux acteurs principaux du lancement détenant les clés (qu’ils doivent tourner ensemble pour lancer le vecteur) sont armés d’un Colt 45, et sont autorisés à abattre celui qui refusera de faire son devoir, ou qui essaierait de lancer le vecteur de sa propre initiative. Cette configuration est toujours utilisée de nos jours dans les silos aux USA, et à bord des SNLE de toutes nationalités.

Se faisant communiquer tous les rapports des reconnaissances à haute altitude, et des études des savants, il va mettre au point des règles intangibles à l’usage des navigants qu’ils soient à bord de ravitailleurs, de bombardiers ou de chasseurs de protection (7). Les kilotonnages augmentant sans cesse, les tactiques d’attaque et de contre-attaque se diversifiant, le commandement va devoir adapter ses protections et ses ripostes en fonction des possibilités sans cesse accrues de l’ennemi (Cool. Les silos n’étant pas à l’abri d’une destruction, il va mettre au point les procédures de riposte en fonction de l’importance de l’attaque. De fait, la plupart des grandes bases aériennes (à l’exception des silos) sont à côté de grandes villes, et donc il va être pris en compte la destruction de la base mais aussi les milliers – ou millions – de morts des agglomérations environnantes. Lors du début de l’alerte les trajectoires des missiles ennemis sont calculées et le point de détonation connu, les données sont insérées dans RSIOP qui va entrer en guerre avec SIOP qui lui, va déterminer le nombre de millions d’ennemis à annihiler, et par conséquent, le nombre de bases et de villes à vitrifier en représailles. Les conclusions de SIOP sont transmises à tous les exécutants, mais le Président peut modifier telle ou telle cible avec telle ou telle ogive de l’arsenal. Arrivé à ce stade les choses sont simples, mais la doctrine prend en compte qu’un certain nombre d’ICBM ne vont pas détoner ou vont s’entretuer (explosions fratricides), et qu’une seconde salve doit être tirée sur les objectifs déjà frappés, ainsi que sur un certain nombre de nouveaux. Cette seconde salve peut être le fait des bombardiers stratosphériques qui ont réussi à pénétrer le dispositif de défense ennemi déjà désorganisé par les destructions multiples, et des sous marins en plongée (les silos à terre sont soit déjà vides soit détruits).

Il est pris en compte qu’à ce stade les SS-18 soviétiques ont détruit toutes les installations au sol y compris les silos vides ou non (9), que l’exécutif est réfugié dans le Miroir (Looking Glass) (10) ou mort, qu’au sol le pays est détruit à 40%, et qu’il convient que les équipages qui sont déjà en vol pour bombarder l’ennemi, et à supposer qu’ils s’en sortent, puissent rentrer dans leur chez eux, à condition qu’il ne soit pas déjà vitrifié. Tout tourne autour des ravitailleurs en vol, qui vont devoir orbiter au dessus d’un pays dévasté et en flammes, jusqu’à la dernière goutte de leur carburant pour ravitailler un bombardier ou un chasseur sur le chemin du retour, ou tout simplement le Miroir. Ces femmes et ces hommes ont tous des parents, une épouse ou un époux, des enfants, qui ont toutes les chances d’être morts, et il convient qu’ils tiennent jusqu’au bout de leur mission sans craquer. Les alertes et les exercices de plus en plus sophistiqués, vont donner cet arrière goût de fin du monde à ces soldats. Les entraînements des personnels navigants sont très durs, et la théorie va les mettre en contact avec les vitesses d’évasion après lancement de la bombe, les dégâts qu’ils pourront subir tant des rayons gamma, des rayons X, de l’éclair, de l’EMP (11), de l’ionisation et de bien d’autres phénomènes. Ils peuvent résister à ce stress particulier jusqu’à l’age de 40ans, puis usés nerveusement, ils sont mutés dans des formations ordinaires, ou tout simplement démobilisés et versés dans la réserve (12). La sirène et les klaxons d’alerte peuvent aussi bien retentir pour une alerte d’entraînement ordinaire, que pour un engagement réel.

Les procédures mises au point pour un décollage en opération, sont très pointilleuses en ce qui concerne les bombardiers. Lors d’une alerte, l’équipage a 5 minutes pour amener son avion sur le runway prêt à décoller. Les avions d’alerte ont les moteurs réchauffés en permanence, centrale inertielle calée, pleins faits et check up technique sol effectué à intervalles réguliers, à noter que les bombes nucléaires sont toujours à bord, gardées 24h sur 24 par des Fusiliers de l’air. Le commandant de bord va mettre en route ses moteurs, contacter la tour de contrôle qui va lui dicter une séquence de chiffres et de lettres, son copilote va préparer l’avion au roulage ; en roulant, deux membres de l’équipage vont tourner chacun simultanément leur clé, et ouvrir un coffre qui va livrer deux jeux de codes qu’ils devront lire au pilote, qui va les comparer avec ceux de la tour. Ces codes vont déterminer s’il s’agit d’un exercice normal avec retour au parking, d’un exercice renforcé avec décollage pour une destination qui ne sera connue que plus tard, ou d’un décollage de guerre imminente. Dans ce dernier cas, il va recevoir sur un canal crypté une séquence de codes qui va l’autoriser à armer les bombes. Elles ne peuvent encore être lancées, car il faudra les programmer en fonction d’instructions ultérieures, lorsque l’appareil recevra ses ordres de destination.

La nouvelle technique des missiles balistiques, délivrés par des SNLE, utilisant une trajectoire surbaissée va réduire considérablement le temps de réaction, et donner la préférence à ces derniers, qui sont à même de détruire de fond en comble le pays agresseur, à eux seuls.

Les bombardiers subsoniques vont perdre peu à peu de leur importance stratégique avec la multiplication des SNLE. Ces derniers sont quasiment indestructibles, à l’abri sous l’eau appliquant la devise « vigilance perpétuelle » dans son intégralité. Ils vont être versés dans les unités de bombardement ordinaires de l’Air Force lorsque le Strategic Air Command sera dissous. Les héros silencieux, et sans visage du SAC deviendront une légende de la guerre froide ; les chevaliers « sans peur et sans reproches » de la chevalerie française.

L’Air Force va reprendre le flambeau avec de nouveaux appareils surnommés « les bidules fumants de l’Air Force » (13), qui n’auront pas les contingences qui ont si durement éprouvés leurs prédécesseurs.

Notes

(1) Bombardier lourd étudié pendant la 2ème guerre mondiale par Convair, pour remplacer le B29. Premier appareil pouvant emporter la charge atomique Mark 14 de 19 tonnes. Masse maxi au décollage 142 tonnes, équipé de six moteurs Pratt & Whitney, propulsifs de 28 cylindres en 4 étoiles de 3250 cv unitaire. Un pod de deux réacteurs J47 de General Electric sur chaque aile, donne de la puissance supplémentaire au décollage, et en phase finale d’attaque. Plafond de 15.000 mètres et vitesse de 750 kmh, 15 à 22 hommes d’équipage. Appareil non ravitaillable en vol, déjà obsolète à son lancement, du fait de l’évolution technologique des chasseurs à réaction soviétiques. Cet appareil fut sujet à des incendies dus à des fuites de carburant jamais complètement éradiquées. Retiré du service en février 1959. Un film de propagande (Strategic Air Command) fut tourné en 1955 avec James Stewart et June Allyson.

(2) Le B52 qui vole encore de nos jours, surnommé BUFF (Big Ugly Fat Fellow : grand salaud gros et laid en français), est une machine de 229 tonnes, volant à 1015 km/h, et surtout de 20.150 kms de rayon d’action. Equipé de 8 réacteurs, il a été construit à 744 exemplaires dont 300 volent encore.

(3) Le KC135 qui lui aussi vole encore de nos jours (après une remotorisation avec des CFM56), est l’avion de base qui devint par la suite le Boeing 707 civil.

(4) Women Air Force Services Pilots, dont nous honorons le courage dans nos pages.

(5) Curieusement, la majorité des équipages féminins se trouvaient à bord des ravitailleurs en vol. Ces engins étaient cordialement détestés par les pilotes masculins car au début, c’était un métier considéré comme très dangereux, et faisant appel à un grand sang froid (certains ravitailleurs ont explosé en vol lors de ravitaillement de nuit). Apparemment les femmes s’en tiraient mieux que les hommes. Il n’était pas rare de trouver un colonel féminin, commandant de bord d’un KC135, et c’est toujours valable à l’heure actuelle.

(6) Il s’agit du PFP ou PRP : Programme de fiabilité du personnel ou Personnel Reliability Program. C’est un ensemble d’instructions sans cesse peaufinées, permettant de contrôler l’état de préparation physique et psychologique des personnels militaires affectés à la défense stratégique nucléaire (navigants et rampants). Ce programme permettait d’évaluer régulièrement leur niveau de fiabilité et la qualité de leur conditionnement. Il concernait absolument tous les acteurs de la dissuasion atomique, du général au 2ème classe vigile.

(7) Lors d’un décollage en alerte standard ou renforcée, le commandant de bord et son copilote assujettissent un bandeau noir sur un œil, et une fois l’avion « arraché », ils doivent tirer des rideaux anti-aveuglement, d’où un pilotage aux instruments pendant la phase de montée. Ceci a été changé grâce à l’introduction des casques avec différentes visières rabattables. La doctrine est d’arroser les pistes de décollage des bombardiers lourds ennemis de têtes nucléaires dont la détonation est réglée à 1.000 mètres. L’éclair plus puissant que 10.000 soleils va brûler la rétine des yeux non protégés de jour, et à fortiori de nuit.

(Cool Les premiers vecteurs atomiques sont des monstres pourvus d’une seule tête nucléaire qui ne peut être programmée qu’avant son lancement en Ground burst ou Air burst (détonation nucléaire au sol ou détonation en altitude) nudet pour nuclear detonation. Les détonations au sol de gros megatonnage sont destinées à « déterrer » les installations, ou à annihiler les sites des silos de lancement. Les détonations en altitude de plus faible kilotonnage sont destinées à neutraliser des escadrilles entières après décollage. Il est à noter que la fiabilité des ICBM américains ou soviétiques n’est que de 15%, aussi plusieurs missiles sont lancé sur un même objectif. C’est alors qu’on s’aperçut que les missiles pouvaient être fratricides, en se faisant exploser les uns les autres. La parade fut les têtes multiples ou MIRV (Multiple Independently Retargeted Vehicle), contenant jusqu’à 10 têtes mégatonnique. Les soviétiques peuvent lancer des ogives de 20 mégatonnes qui raseront tout dans un cercle de 200 km.

(9) L’arsenal soviétique aligne le SS-17/SS-19 équipé d’une tête de 5 mégatonnes ou de 4 à 6 têtes de 600 kilotonnes. Portée 10.000 km. Le SS-17 est éjecté du silo par une charge de gaz (comme dans les SNLE) puis mis à feu ; alors que le SS-19 est mis à feu dans le silo. Le SS-18 le plus puissant du monde, d’une portée de 12.000 km équipé d’une charge unique de 30 mégatonnes ou de 10 têtes de 500 kilotonnes. Le SS-20 déployé aux frontières de l’URSS destiné à frapper l’Europe de l’Ouest, la Corée, la Chine et le Japon. 5.000 km de portée équipé de têtes mirvées de 3x150 kilotonnes.

(10) LOOKING GLASS (le Miroir) : Boeing E6 Mercury, 4 réacteurs CFM56, 154 tonnes, vitesse de 970 km/h, rayon d’action 12.100 km, 23 hommes/femmes d’équipage, pilote et copilote. 16 unités en service. Basé à OFFUTT AFB.

(11) EMP : Electro Magnetic pulse. Impulsion électromagnétique provoquée par une explosion nucléaire à environ 500 km au dessus du territoire américain et 300 km pour l’Europe. L’impulsion est captée par tous les conducteurs au sol, et va griller tous les appareils électroniques et électriques non durcis. C’est une explosion très discrète contre laquelle il est difficile de se prémunir. Seuls les appareils fonctionnant avec des fibres optiques ou fonctionnant sur batteries sont préservés. Faute d’essai grandeur nature, on ne sait exactement à quoi s’attendre dans ce domaine.

(12) Le stress permanent, les heures de vol de nuit en conditions de guerre finissent par user nerveusement les organismes.

(13) Tel le SR 71 appareil étudié dès l’année 1965, atteignant facilement mach 3.5 et volant à la limite de la stratosphère. Ses réservoirs n’ont jamais pu être étanches. L’envol d’un SR71 est spectaculaire car l’avion traîne une gerbe de carburant enflammé de 50 mètres de long. Il a été retiré du service en 1998, et remplacé par la « chauve souris » Northrop B2 Spirit. Cette machine d’un prix unitaire colossal de 2.5 milliards de $ peut lancer une panoplie invraisemblable d’engins, dont 4 bombes H B83 de 1.2 MT. Construit à 22 exemplaires. Très fragile, il ne peut rester sur le tarmac, car son enveloppe anti-écho radar se détériore rapidement. Le shelter air conditionné et pressurisé (2.5 M$ unitaire) inventé pour le protéger, nécessite 29 rotations de C130, pour sa mise en œuvre.

© ARMES & ARMEES - 2010 - LH GALEA
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